dimanche 13 mars 2016

À cause de l'émission Enquête, je parle encore d'argent!

Quand on prend le temps de s'informer, on peut éviter certains pièges.

 

L'émission Enquête de jeudi dernier a dérangé ben du monde. Je ne vais pas ici démolir ou encenser l'émission. Les abus qu'on y a dénoncés sont répugnants (particulièrement la magouille de Marcel Broquet à l'endroit de Christine Labrecque, une jeune auteure qui a perdu près de 12 000$ dans cette histoire* ). Par chance, c'est pas tout le monde qui fraye avec le côté obscur de la Force!


* Précision ajoutée le 23 mars: Toutes mes excuses. M. Broquet a avisé une blogueuse qui a relayé mon billet que Radio-Canada a diffusé des informations erronées. Christine Labrecque n'aurait pas perdu 12 000$ dans cette histoire. Elle aurait accepté d'acheter 400 livres. M. Broquet aurait un contrat pour le prouver. Il affirme qu'en vendant ses livres, Mme Labrecque aurait réalisé un bénéfice de 40%.

Vous trouverez ici le communiqué de presse émis le 17 mars par l'éditeur Marcel Broquet.

La question que je me pose, maintenant, c'est : Mme Labrecque savait-elle, en acceptant d'acheter 400 (300 +100) livres, qu'elle achetait plus de 80% des stocks? (puisque l'éditeur n'en a imprimé que 565, selon le relevé que nous a présenté l'émission Enquête.)

Rendu là, ça ressemble beaucoup à du compte d'auteur. Si c'est le cas, pourquoi M. Broquet parle-t-il de redevances à l'auteure (800$ de droits)? 

 

C'est vrai qu'on trouve dans notre milieu des escrocs sans scrupules. Le monde est plein de cabochons. Pourquoi il n'y en aurait pas chez les éditeurs? Sauf que, dans le milieu du livre, il y a aussi et surtout des gens extraordinaires. Je connais des éditeurs qui prennent des risques, qui en arrachent, surtout en ce moment où le livre se porte mal. J'en connais des paresseux à qui on a envie de botter le derrière. Et j'en connais qui se dévouent et se démènent.

 

La différence entre les bons éditeurs et les crosseurs n'est pas toujours facile à voir étant donné que la relation entre un auteur et son éditeur repose sur la confiance. Il y a quand même des pièges faciles à éviter. Aujourd'hui, je vais parler des pièges en relation avec l'argent.

 

Sachez tout d'abord qu'un piège n'est pas un piège si on sait exactement dans quoi on s'embarque. Ça s'appelle plutôt une entente. Une entente qu'on peut regretter plus tard, c'est vrai, mais une entente quand même. L'important, donc, ce n'est pas tellement les conditions du contrat comme le fait d'avoir lu et compris ledit contrat avant de le signer. (Il n'y a rien de pire pour détruire une relation avec un éditeur que de découvrir que l'éditeur a abusé ou nous a menti, même par omission.)

 

Côté psychologique, il importe aussi de se rappeler que l'éditeur est un homme ou une femme d'affaires. Il est donc là pour faire de l'argent. De l'autre côté, la personne qui essaie de faire publier un premier roman vit dans un rêve. Ça la rend vulnérable. Quand elle reçoit tout à coup une offre d'un éditeur, son rêve prend de l'expansion au point qu'elle est prête à bien des choses pour voir ce rêve se réaliser.

 

Aussi, il faut savoir que l'auteur, qui commence et qui rêve, a zéro pouvoir de négociation. ZÉRO. Il est à la merci de l'éditeur, comme J. K. Rowling l'était avant d'être J. K. Rowling. Et son rêve, loin de l'aider, crée une brume qui l'empêche souvent de voir au-delà.

 

Première chose à savoir: Un éditeur agréé N'A PAS LE DROIT d'exiger de l'argent pour publier votre livre.

 

Les seuls «éditeurs» qui peuvent vous demander de l'argent sont ceux qui vous aident à vous publier à compte d'auteur, dans lequel cas, vous gardez tous les droits sur vos oeuvres. Et, puisque vous les vendrez vous-mêmes, vous garderez 100% du produit des ventes.  (Ajout: L'éditeur Luc Roberge me signale dans les commentaires que les éditeurs agréés peuvent aussi publier un livre à compte d'auteur. Ils le font dans les mêmes circonstances que ceux qui se consacrent exclusivement au compte d'auteur. Vous devrez payer, mais vous gardez vos droits... et vos livres ou bien vous vous entendrez sur des modalités de diffusion.)

 

Il y a aussi de petites maisons d'édition qui commencent et qui ne sont pas subventionnées (qui ne sont donc pas agréées.) Il est possible que l'éditeur d'une de ces petites maisons vous demande de participer à la publication de votre livre. Dans ce cas, évidemment, vos redevances seront plus élevées puisque vous aurez investi dans le projet et pris une part du risque financier. Ça devient un arrangement entre deux investisseurs. Sachez que ce genre d'arrangement n'est pas couvert par les deux lois qui régissent le milieu du livre. Il faut donc bien voir à vos affaires.

 

L'important à retenir, c'est que si l'éditeur est agréé (toutes les grandes maisons d'édition le sont!), il reçoit des subventions pour lui permettre de publier votre livre. Il doit non seulement prendre TOUS les risques financiers sans vous demander une cenne, mais surtout, il doit vous payer des redevances et vous fournir un relevé des ventes une fois par année. C'est OBLIGATOIRE.  

 

Voici donc quelques petites choses à vérifier et à comprendre avant de signer un contrat chez un éditeur. (Je me restreins ici aux ventes au Canada en français.)

 

On retrouve bien des manières d'exprimer la clause de redevances dans un contrat au Québec. Voici les principales:

 

10% du prix de détail suggéré:  C'est la meilleure clause possible. Ça veut dire que, peu importe le détaillant (librairie, Coscto, Walmart, etc), l'auteur recevra toujours le même montant pour chaque livre vendu. Mettons que le livre se vend habituellement 30$ en librairie. L'auteur recevra 3$. Même si le livre a été vendu à 25$ chez Coscto. Le relevé est ultra facile à lire. 500 livres à 3$ chacun = 1500$.  Et c'est vraiment écrit aussi clairement que ça sur le relevé.

 

10% du prix de vente: Ici, ça devient plus compliqué. Et le relevé  des ventes devient difficile à lire parce que le montant des redevances fluctue au gré des détaillants selon que le livre s'est vendu 30$, 27.50$, 25$, etc. C'est la clause que j'avais à La courte échelle, dans le temps. Sur mon relevé (quand je réussissais à en obtenir un), il y avait des livres qui me rapportaient 0.25$. D'autres 0.50$. D'autre 1$ et d'autres 1.50$. Des fois, il y avait aussi des chiffres pas rapport que personne, même à La courte échelle, ne pouvait m'expliquer. Ce n'est donc pas une très bonne clause, mais c'est pas la pire.

 

10% des ventes nettes: Ça, c'est le piège à cons universel. Ça laisse croire à l'auteur qu'il recevra 10% du prix de vente du livre, alors qu'il n'en est rien. Il recevra 10% ...  moins les dépenses. Quelles sont ces dépenses? Dieu seul le sait (et peut-être l'éditeur, mais pas toujours). Dans les faits, ça revient le plus souvent à 5%.  Si l'auteur comprend bien de quoi il s'agit, cette clause peut-être très honnête, surtout si elle est offerte par une petite maison d'édition avec peu de moyens, mais beaucoup de bonne volonté. Sauf qu'il faut que l'auteur soit au courant! Malheureusement, je connais une éditrice qui utilise cette clause sans l'expliquer à ses auteurs. Quand ceux-ci découvrent le pot aux roses (souvent après avoir reçu la moitié des redevances auxquelles ils s'attendaient), l'éditrice en question prétend que c'est partout comme ça dans le milieu. Ce qui est totalement faux.

 

Il se peut aussi qu'un auteur, qui veut absolument être publié chez un éditeur, accepte une redevance moindre (genre 5%). La plupart du temps, c'est parce que l'éditeur avait refusé le manuscrit et que l'auteur s'accroche. L'éditeur juge que le risque est trop grand pour ses moyens. L'auteur se soucie moins de ses redevances que du fait d'être publié. Dans ces cas-là, le 5% devient acceptable parce que ça devient une entente. Et on imagine que si ce premier livre se vend, le livre suivant rapportera 10% à son auteur.

 

Quelle que soit cependant la clause des redevances, le paiement ne doit jamais se faire en exemplaires de livres, comme le prétend Victor-Lévy Beaulieu, aux éditions Trois-Pistoles, dans le reportage d'Enquête. On peut d'ailleurs se demander comment il paierait son épicerie si ses éditeurs l'avaient toujours payé en exemplaires de livres. La vérité, c'est qu'il a écrit surtout pour la télévision et que les auteurs de télé, de cinéma et de radio ont des ententes conventionnées. Ils sont donc toujours bien payés et payés en argent via leur association, la SARTEC. (Je le sais, j'en fais partie!)

 

Si votre éditeur insiste pour vous payer en exemplaires de livre, contactez l'Uneq et/ou portez plainte à la Sodec. Il n'a pas le droit d'agir ainsi. Pour obtenir ses subventions, votre éditeur doit vous payer en argent. Comme le disait Francine Allard dans le reportage d'Enquête, si tu travailles chez Kraft, on n'imagine pas que la compagnie te paiera en macaroni au fromage. C'est la même chose dans le milieu du livre.

 

En cas de doute, si vous en êtes à votre premier roman, vous pouvez faire affaire avec une agence littéraire pour lire et vous expliquer votre contrat. Ça vous coûtera quelque chose, mais pas autant qu'un contrat mal compris.

 

Si vous en êtes à votre deuxième roman et que vous êtes membres de l'Uneq, vous avez droit à une heure gratis avec un avocat de l'Uneq. Ce ne serait pas une mauvaise idée de lui faire analyser votre deuxième contrat. 


mercredi 9 mars 2016

L'auteur Bruno Hébert est-il un imbécile? Je ne pense pas.


Lundi, paraît-il, l'auteur Bruno Hébert s'est fait voler son ordinateur dans sa maison d'écriture à Contrecoeur. (Tous les détails ici.)

Ledit ordinateur contenait un roman sur lequel Bruno Hébert travaillait depuis quatre ans. Le pauvre s'en veut; il n'avait pas fait de back-up. Ça me rassure. Le fait qu'il soit capable de nous dire qu'il n'avait pas de back-up prouve qu'il connaissait l'existence des copies... même s'il n'a jamais pensé en faire lui-même.

Le problème, c'est que je ne le crois pas.

Un auteur qui travaille pendant quatre ans sur un vieil ordinateur, qui n'imprime pas le texte, qui ne le copie pas sur une clé USB ou qui ne se l'envoie pas par courriel est un imbécile. Car le premier danger qui guette son roman n'est pas le vol (même s'il ne verrouille pas les portes de sa maison!). Le premier danger qui le guette, c'est un bris sur l'ordinateur. Le deuxième, un virus. Le troisième, un incendie. Et enfin, si l'auteur est vraiment mal chanceux, quelqu'un entrera chez lui et volera sa vieille machine dont il ne pourra, paraît-il, pas tirer 200$. Bref, le tremblement de terre en Haïti aurait eu plus de chance d'emporter le roman de Bruno Hébert qu'un voleur qui aurait pénétré chez lui même pas par effraction.

Voyez-vous, j'aurais plutôt tendance à voir dans cette sortie médiatique deux raisons qui ont beaucoup plus de bon sens à mon avis.  

La première raison, c'est le coup médiatique, justement. Il y a quelques années, Éric Lapointe a fait quelque chose du genre en se faisant arrêter par la police la veille de la sortie de son nouvel album. Par un heureux «hasard», l'album en question s'intitulait Coupable.  Les médias en ont en masse parlé.

Bruno Hébert prétend que son roman devait sortir au printemps ou à l'automne. Dans un cas comme dans l'autre, on ne peut pas imaginer que son éditeur n'ait pas vu de quoi il s'agissait. Au moins un peu.  Même que si ledit roman devait sortir au printemps, il me semble certain que l'éditeur l'aurait eu entre les mains depuis longtemps. On ne parle pas des Éditeurs réunis, ici, le roman ne serait pas sorti en moins de deux mois! Et le printemps, je vous le signale, il commence dans deux semaines.

L'autre raison me vient de mon expérience d'enseignante. Quand j'étais prof, au moins une fois par année, un élève qui n'avait pas fait un travail important me servait l'excuse:  «Mon chien a mangé ma copie.».  Si un de ces élèves, devenu auteur aujourd'hui, devait remettre un manuscrit à son éditeur et que ledit manuscrit n'était pas encore prêt, on pourrait imaginer qu'il prétendrait s'être fait voler son ordinateur.  Surtout si son éditeur lui avait déjà versé un gros à-valoir pour lui permettre d'écrire à son aise.

En tout cas, la dernière chose qu'on pourrait me faire croire, c'est que Bruno Hébert est un imbécile qui vit dans son petit monde personnel où les virus n'existent pas. Ni les bris chez les vieux ordinateurs. Ni les incendies.

Je n'ai cependant pas besoin de vous dire ce que je pense qu'il pense de nous.

mardi 1 mars 2016

La bouffe de salon



Gens du livre, j'ai besoin d'aide.

À l'automne, après mes quatre salons du livre et ma série de trois conférences aux Îles-de-la-Madeleine (tout cela en 6 semaines!), il m'avait pris un vif dégoût pour la bouffe de restaurant. Tellement que mon chum et moi, on n'a pas fêté notre anniversaire de mariage, comme on aurait dû, à la fin de novembre. Je ne pouvais juste pas m'imaginer aller ENCORE au restaurant. Ce n'aurait pas été une célébration, mais une corvée. Alors on s'est dit qu'on attendrait après les fêtes parce que, avec les fêtes, on sait bien , on mange trop pis on mange souvent ailleurs que chez nous.

Ça fait qu'il y a deux semaines, on a dîné au Bouchon, un excellent restaurant du centre-ville de Sherbrooke. Jusque-là, ça allait pas si mal. Même que j'ai trouvé ça bon.

Puis est arrivé le Salon du livre de l'Outaouais.

Je suis partie vendredi matin avec la Sorcière et la p'tite jeune, Charlène, une auteure qu'on est en train de débaucher. C'était pas si mal en montant. On s'est arrêté au McDo de Casselman. Tsé, des fois, le McDo, c'est beau, bon, pas cher pis rapide. Quand il faut que tu sois en signatures à 15h pis que tu as cinq heures de route à faire, le McDo, ça fait la job. Et à Casselman, des fois, je rencontre d'autres auteurs. Parfois même des éditeurs. Mais cette fois, il n'y en avait pas.

Vendredi soir, il y a eu le souper au thaï, pas loin de l'hôtel. Le lendemain matin, le déjeuner à l'hôtel où il a fallu que j'argumente pour qu'on accepte de me servir à la carte. Le serveur n'arrêtait pas de me renvoyer au buffet, sauf que moi, je me sentais tout bonnement incapable d'entrer dans le racoin du buffet avec ses odeurs de saucisses et de fèves au lard. Je voulais des fruits frais, un bol de fromage cottage pis des toasts. À force d'insister, j'ai eu mon assiette.

 Je suis ensuite allée au musée voir l'exposition sur les Vikings (excellente exposition, soit dit en passant). Comme je signais à midi, je n'avais pas le temps de dîner, alors j'ai bu une bouteille d'Ensure.) J'en traîne depuis deux ans dans les salons. Ça m'évite de stresser quand mes séances de signatures sont trop rapprochées.)

Samedi soir, évidemment, je suis retournée souper au thaï avec des amies auteures. Pis le lendemain, j'ai déjeuné à l'hôtel où il a encore fallu que je m'obstine pour avoir mon déjeuner à la carte. Plus tard, je devais dîner avec une copine à la foire alimentaire, au rez-de-chaussée du Centre des congrès, sauf qu'en arrivant sur place, le mal de coeur m'a pris. J'ai balayé la salle des yeux pis j'ai ouvert ma deuxième bouteille d'Ensure.

À 15h, la Sorcière, la p'tite jeune pis moi, on a repris la route.

C'est en arrivant à Bromont que j'ai réalisé que j'avais atteint un seuil de non retour. On s'est assises toutes les trois au bar du East-Side Mario's. J'ai ouvert mon menu. Pis là, j'étais incapable de me décider. Tout  me levait le coeur. TOUT. Toutes les images, mais aussi tous les plats décrits. Si j'avais été plus proche de chez moi, j'aurais refermé le menu. Mais il était quasiment 19h et il nous restait encore une heure de route à faire. J'ai opté pour l'assiette qui me donnait le moins la nausée et j'en ai laissé presque la moitié.  

Là, j'en suis rendue à craindre Québec, mon prochain salon.  Parce que la semaine suivante, je m'en vais au Salon d'Edmundston. Comment est-ce que je vais faire?

Avez-vous des trucs?