jeudi 18 décembre 2014

Laska, viens mettre ta laisse, on va travailler!


Crédit photo: Sabrina Carrier


Comme je l'ai déjà dit sur ce blogue, si j'ai adopté sir Lancelot il y a douze ans, c'était que je trouvais difficile de me motiver pour sortir marcher l'hiver.  La marche est pourtant essentielle pour l'écrivain. Pour l'écrivaine que je suis, en tout cas! Je peux quitter la maison sans savoir sur quoi j'écrirai à mon retour, mais au fil des kilomètres les idées viennent. Et quand je rentre, je m'assois pour travailler trois ou quatre heures. Tout est là, né de la marche et du grand air.

Quand j'ai adopté Lancelot, j'avais choisi exprès un gros chien qui avait de l'énergie. Vous savez, quand le chien ne tient plus en place dans la maison, son maître (sa maîtresse, dans le cas présent) comprend qu'il faut sortir marcher.

Vous le savez sans doute, sir Lancelot est mort au début de septembre. Il a laissé dans ma vie un vide tellement grand qu'aucune activité n'arrivait le combler. Alors j'ai fouillé sur internet, j'ai fait des téléphones et puis... Voilà!

Princesse Laska est arrivée chez nous il y a un mois. Baptisée ainsi en l'honneur de la chienne de Lévine, mon personnage préféré dans Anna Karénine, Princesse Laska porte une robe particolore (noir, blanc, gris et un peu de brun). C'est un caniche royal qui a de l'énergie quelque chose de terrible. Elle devrait rejoindre Lancelot, côté poids, une fois adulte, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais par-dessus tout, elle est juste craquante. Tout le monde aime Laska. Les passants croisés dans la rue se penchent pour la caresser. Les automobilistes s'arrêtent pour me demander la race de mon chien. La visite ne tarit pas d'éloges, les voisins non plus.

Bon. Elle aime mâchouiller les chaussures et déchiqueter les papiers. Mais comme elle adore marcher, on lui pardonne ces deux petits défauts. (Comprendre ici qu'on range nos bottes dans le garde-robe et qu'on évite de laisser traîner le courrier.) 

Vous savez, Laska partait avec deux prises étant donné le lien extraordinaire que j'avais développé avec Lancelot. Elle a pourtant réussi à gagner mon affection en quelques jours. Je l'adore! Et mon chum n'en revient pas de voir que notre relation, pourtant toute nouvelle, se développe avec autant de complicité.  

C'est donc avec Laska que j'écrirai mes prochains romans. Je vous laisse nous imaginer, tapant à deux mains et deux pattes sur le clavier. (Parce que ça arrive pour de vrai!)

Je profite de ce dernier billet de l'année pour vous souhaiter, en mon nom et en celui de la Sorcière, un très joyeux Noël et une année 2015 remplie de lectures et d'écriture.

32 194 fois merci pour vos visites!


jeudi 20 novembre 2014

En fin de semaine, j'achète un livre de La courte échelle au Salon du livre de Montréal





Vous ne me verrez pas souvent relayer une info venue de l'Uneq puisque, comme chacun le sait, je ne suis plus membre.

De plus, vous ne me verrez pas souvent faire la promotion du magasinage de cadeaux de Noël parce que je suis contre.

Mais en fin de semaine, je vais m'arrêter au kiosque 279 du Salon du livre et je vais y acheter des livres publiés par La courte échelle pour donner en cadeaux de Noël. Pourquoi je ferai ça? Parce que les auteurs et illustrateurs de La courte échelle recevront leurs redevances sur les livres vendus pendant le Salon du livre de Montréal. Juste au Salon du livre de Montréal!

Si vous avez à coeur la rémunération des auteurs et des illustrateurs, v'là votre chance de poser un geste significatif.

N'hésitez donc pas à partager cette info. Je sais pas vous, mais moi, je trouve ça pas mal plus efficace que de cliquer J'aime sur une page Facebook.

Source: http://www.uneq.qc.ca/nouvelles-communiques/des-auteurs-et-illustrateurs-de-la-courte-echelle-seront-presents-au-salon-du-livre-de-montreal/

Des auteurs et illustrateurs de La courte échelle seront présents au Salon du livre de Montréal


Montréal, le 14 novembre 2014 - L’Union des écrivaines et des écrivains québécois lance une initiative, en partenariat avec Illustration Québec, pour soutenir les auteurs et les illustrateurs de La courte échelle durement éprouvés par la faillite de la maison d’édition. Des ouvrages publiés à La courte échelle seront disponibles à la vente qui se tiendra tambour battant au stand 279
.

Avec plus d’une centaine de milliers de visiteurs chaque année, le Salon du livre de Montréal qui s’ouvre dans quelques jours est une occasion inespérée pour démontrer notre solidarité à l’endroit de ces créateurs qui nous offrent une littérature de grande qualité et qui ont donné à La courte échelle l’essor extraordinaire qu’elle a connu. Nous tenons à souligner que les auteurs recevront leurs redevances pour chaque livre vendu.

C’est donc un rendez-vous au stand 279 pour le grand public et les lecteurs assidus désireux d’exprimer de vive voix leur appréciation pour cette fabuleuse aventure de La courte échelle.

Des séances de signature seront organisées. L’horaire de ces séances sera annoncé sur le site du Salon du livre de Montréal, de l’UNEQ et d’Illustration Québec, et sera relayé sur les réseaux sociaux.

Le stand 279 sera à coup sûr un incontournable du Salon du livre de Montréal cette année, l’épicentre d’un mouvement de sympathie que nous souhaitons à la mesure du talent que La courte échelle nous a donné le plaisir de découvrir.

jeudi 6 novembre 2014

Mes aventures avec La courte échelle



Aujourd'hui, je devais vous parler des toilettes publiques à Tokyo (Oui, oui! J'ai des choses à dire là-dessus pour vrai!). J'ai décidé de reporter ça à la semaine prochaine parce que j'ai lu cet article de La Presse de mercredi sur les déboires financiers de La courte échelle pis que j'ai envie de déchirer ma chemise sur mon blogue. Lecteurs, soyez avertis.

Sachez premièrement que je sais de quoi je parle. J'ai publié à La courte échelle de 2004 à 2009. Grâce à la confusion qui régnait déjà au sein de cette maison d'édition, la responsable a fini par me proposer, après quelques séances de négociation avec mon agent, une licence de 5 ans pour mon roman Mystique. On en demandait une de dix ans. Allez donc comprendre! Je ne me suis pas opposée à cette offre, vous l'imaginez, mais je n'aurais jamais imaginé à quel point la vie venait de me faire un cadeau.

Dès le début c'est mal allé. Non seulement on ne m'a jamais demandé mon avis pour la couverture, mais j'ai vu mon roman pour la première fois dans une librairie. Je ne savais même pas quand il sortait! Je vous laisse imaginer ma surprise quand j'ai lu, à la page 3, la biographie (la mienne!) qu'on avait écrite sans m'en parler. 

On ne m'a pas davantage donné la quantité du premier tirage. Et puis un jour, j'ai réalisé que mon roman avait été réimprimé en comparant la couverture de deux exemplaires. J'ai téléphoné au bureau pour me faire répondre qu'on n'avisait jamais les auteurs quand il y avait des réimpressions. On n'avait pas que ça à faire, quand même!

Il m'était donc impossible de savoir combien de livres étaient en circulation. Impossible, aussi, de vérifier même au pif le contenu de mon relevé de droits d'auteur. Ce relevé, d'ailleurs, était tellement illisible que même mon agent, qui a un MBA, n'y comprenait rien. Et quand il a posé des questions concernant certaines colonnes de chiffres qui n'avaient aucune cohérence, la responsable lui a répondu de ne pas tenir compte de ces colonnes. Parfois, la vente d'un exemplaire me rapportait 1, 50$. Parfois, 0, 25$. La différence était importante, mais jamais justifiée.

Pas une fois pendant les cinq années que j'ai passées à La courte échelle je n'ai été payée à temps. Même que souvent, j'ai dû envoyer des lettres recommandées. Même que j'ai dû demander l'intervention de l'Uneq dont le président à l'époque publiait lui aussi à La courte échelle. Étrangement, pendant trois années consécutives, mes redevances s'élevaient au même montant. À la cenne près!

À force de chialer et d'envoyer des lettres, j'ai reçu des chèques postdatés de trois mois pour un montant de 1000$. Mille dollars! Même moi, qui travaillais à mon compte comme écrivaine, j'étais capable de faire un chèque de mille piastres sans avoir à le postdater!

Finalement, six mois avant la fin de la licence, j'ai envoyé à La courte échelle un avis de non-renouvellement de la licence, et on a mis un terme à notre relation d'affaires.

Je pensais sérieusement que c'était réglé et j'ai pris une entente avec Soulières éditeur. Mais voilà qu'au Salon du livre suivant, La courte échelle vendait encore des exemplaires de mon roman... sans me payer la moindre redevance. Il a fallu une mise en demeure pour que la balance des stocks soit pilonnée et que mon roman soit enfin libre de refaire sa vie ailleurs.

Pourquoi je vous raconte tout ça? Parce que quand mon agent a appris la faillite de La courte échelle, son premier commentaire a été: «Wow! Ça en a pris du temps!»

C'est vrai que La courte échelle est la maison d'édition qui a bercé d'histoires et d'images l'enfance de bien des Québécois. Sauf qu'il s'agissait d'une autre Courte échelle parce que, dans ce temps-là, elle payait son monde.

Toutes mes pensées vont aux auteurs et aux illustrateurs pris dans le litige, ceux qui non seulement ne touchent pas leurs redevances, mais dont les livres sont, en plus, prisonniers de la faillite. Parce que ces auteurs ne possèdent pas les droits de leurs romans. Ces droits appartiendront à l'entreprise qui rachètera La courte échelle, avec sa dette.

Je pense tous les jours à vous, chers collègues, et je me dis, bien égoïstement, il est vrai, que je l'ai échappé belle.

mardi 14 octobre 2014

La lectrice de Twilight

·         C'est l'hygiéniste dentaire qui vous trouve une carie lors d'un détartrage et vous sauve une dent.
·         C'est la préposée aux bénéficiaires qui vous lave les fesses après une opération.
·         C'est l'infirmière qui vous soutient pendant que vous vomissez vos tripes après une anesthésie générale et qui vous masse ensuite la bedaine pour refaire fonctionner vos intestins parce que tant que ça ne marche pas, dans ce coin-là, vous ne pourrez pas quitter l'hôpital.
·         C'est la concierge qui ramasse sans chialer le vomi à vos pieds parce que vous n'avez pas réussi à vous rendre aux toilettes à temps. (Des fois, c'est autre chose qu'elle ramasse et elle le fait également sans chialer parce qu'elle sait que vous êtes malade et que vous ne l'avez pas fait exprès.)
·         C'est la technicienne de laboratoire qui analyse votre biopsie pour savoir si cette nouvelle bosse que vous avez dans le cou cancéreuse ou non.
·         C'est votre voisine, celle qui va appeler la police si des gens entrent par effraction dans votre domicile pendant votre absence.
·         C'est votre cousine, celle qui vous serrera dans ses bras aux funérailles de votre mère.
·         C'est la comptable qui vous fait économiser de l'impôt.
·         C'est votre femme de ménage, celle qui lave votre toilette, vide vos poubelles, frotte votre évier et votre baignoire pour que vous viviez dans un monde propre, propre, propre. 
·         C'est l'éducatrice spécialisée qui s'occupe de votre petit dernier, celui qui a un grave problème d'apprentissage.
·         C'est la femme qui sert le repas à votre mère au foyer pour personnes âgées où vous l'avez installée.  C'est aussi l'autre, celle qui lui change sa couche.
·         C'est l'étudiante en génie civil qui dessinera le futur pont Champlain.
·         C'est la prof du secondaire qui, contente de sa lecture et consciente que le roman est un véritable page turner, le prête à une élève qui déteste lire. (Oui, oui, j'ai déjà fait ce genre de choses avec un roman de Reynald Cantin, interdit à l'école où j'enseignais parce qu'il y avait une scène de viol dedans. Et de la drogue aussi.)
·         C'est l'ado qui déteste lire qui lit le roman au complet. (Parce que pour développer des compétences en lecture, faut lire. Quand la jeune est rendue à 16 ans et qu'elle n'a toujours pas lu un livre au complet, il faut lui donner à lire un roman qui va la toucher, d'une manière ou d'une autre.)
·         C'est aussi l'ado qui lit à reculons et en chialant que c'est jamais bon et qui, cette fois, a lu toute la série et cherche autre chose à se mettre sous la dent. (Parce que pour donner le goût de la lecture à quelqu'un qui ne l'a pas, il faut y aller avec ses goûts, pas avec les nôtres.)

On peut juger un livre sur la qualité de l'écriture et/ou sur le message qu'il véhicule et/ ou sur la présence d'un contenu. Ça dépend de nos goûts, de nos valeurs et de l'opinion qu'on a de nous même, de nos goûts et de nos valeurs. (v. billet précédent)

Mais on ne peut pas juger la personne qui lit ledit livre. Ça la regarde. Elle, et elle seule! Comme la personne avec qui elle couche. Comme ce qu'elle mange pour dîner. Comme le sport qu'elle fait ou pas. Et comme la religion qu'elle pratique ou pas.

Un ado, c'est aussi une personne, et la job du prof de secondaire, ce n'est pas de lui donner une culture classique. Sa job, c'est d'amener chaque jeune à lire et à comprendre ce qu'il lit et, si le prof est doué et chanceux, à lui faire aimer la lecture. Seul le prof peut juger de ce qu'il faut à sa classe.  Le prof d'une école privée ou d'une école favorisée peut aller bien plus loin que le prof d'une école en milieu défavorisé. Et encore là! Chaque classe est différente parce que chaque élève est différent.

Le temps de la mise à l'index est révolu.

P.-S.: J'ai lu Twilight  pendant mon premier hiver au Yukon. La serveuse du seul restaurant ouvert achevait sa lecture et m'a prêté son livre. Ben j'avais hâte de me coucher le soir pour lire parce que Stephenie Meyer sait raconter.  Je vais vous dire, le seul bout où j'ai pogné les nerfs, c'est quand Bella arrive chez son père et que là, le bonhomme s'écrase devant la TV pendant qu'elle va à l'épicerie, fait le souper, fait la vaisselle et le ménage. Pour sa relation avec un vampire, j'ai probablement dû lire pire (ou fait pire, c'est selon) alors je n'ai pas trouvé ça ben ben scandalisant. Mais c'est vrai que j'ai juste lu le premier tome. Peut-être que ça s'aggrave par la suite. Je ne le saurai jamais. Parce que si j'ai assez aimé l'histoire pour finir le tome 1, je ne l'ai pas assez aimée pour lire le tome2.

P.-P.-S.: La lectrice de Twilight, ça peut aussi être la lectrice de 50 nuances de Grey. Sauf que la prof, qui a du jugement, n'en doutez pas, ne prêterait pas ce livre à ses ados à cause de son contenu adulte (quoi que pas assez "adulte" à mon goût à moi. ;-) )

P.-P.-P.-S.: L'auteure que je suis s'incline bien bas devant l'auteure qui a réussi à susciter autant de passion (blogue 1 et blogue 2)  chez ses lectrices. Qu'on aime ou non, Stephenie Meyer a su toucher quelque chose qui nous reste inaccessible à nous, auteurs ordinaires. N'en déplaise à certains.

vendredi 10 octobre 2014

Le mépris des masses




Il existe des chroniqueurs et des écrivains qui ont le don de me faire grimper dans les rideaux. Il y a quelques semaines, c'était le cas de Mathieu Bock-Côté, avec cette chronique du Journal de Montréal. Pour convaincre les gens qu'ils devraient lire, il citait les grands et les plus grands pour montrer comment, lui, il avait lu et lisait encore et toujours et tout le temps. Et mon doux qu'il en avait, du temps pour lire! Se donner en exemple, dans ce cas-là, ma foi, c'était probablement la pire chose à faire pour inciter à lire quelqu'un qui ne lit pas. Quelques jours plus tard, c'était Catherine Mavrikakis, avec ce texte publié sur le site Cousins de personne. Elle y dénonçait, entre autres choses, le fait que les jeunes d'aujourd'hui ne lisent plus de classique.

Pourquoi je grimpe dans les rideaux? Parce que ces lettrés (et bien d'autres!) sont déconnectés de la réalité, qu'ils vivent dans une tour d'ivoire et pensent pouvoir servir des leçons au « pauv' p'tit peup' qui lit pas ou qui lit pas la bonne affaire ». Ils me font le même effet que ces libraires français qui ont refusé de vendre le livre de l'ex-copine du président français. 

Je l'ai déjà dit sur ce blogue, je viens d'un milieu où les gens lisaient peu. Je ne parle pas de chez nous, non! Ma mère, qui faisait figure d'exception dans sa famille, nous a mis des livres dans les mains bien avant de nous donner une brosse à dents. Mais dans l'ensemble, j'ai grandi dans un environnement où les livres étaient vus comme quelque chose d'élitiste.

Ma mère possédait un secondaire 2. Mon père, un secondaire 1. Mon beau-père est allé au cégep quand j'avais déjà 10 ans. Avant, ils avaient tous travaillé à la même usine. Au Québec, dans années 1960, la majorité des jeunes sortaient de l'école tôt pour aller travailler à l'usine. C'était de même. Seuls les riches — et les plus motivés — suivaient leur cours classique. Pour les autres, c'était le marché du travail. Par la suite, au mieux, on lisait le journal. Au pire, on ne lisait plus. Et on survivait très bien.

Je suis née après et j'ai fait mon secondaire à l'école publique au début des années 1980. J'y ai lu Alexandre Dumas et un peu de Nelligan. Ça s'arrêtait pas mal là.

Au cégep, on m'a fait lire des romans du terroir, des histoires que j'ai trouvées tellement plates que ça m'a écoeurée de la littérature québécoise pendant des années. Je préférais de loin les traductions américaines et les romans historiques venus de France. D'ailleurs, autour de moi, ceux qui lisaient lisaient la même chose que moi.  

Quand Noël Audet a publié son Écrire de la fiction au Québec, il a déclaré avec que la littérature québécoise ne rejoignait pas le public québécois. Mon doux que le milieu littéraire québécois était fâché d'entendre un des grands dire une chose pareille! N'empêche qu'il avait raison. Comme j'en ai déjà parlé sur ce blogue, en 1992 et avant, au Québec, on publiait surtout de la littérature « littéraire » pour un public constitué essentiellement de littéraires (ou autres membres de l'élite).

Les rares auteurs québécois qui rejoignaient les gens ordinaires, c'étaient les Arlette Cousture, Francine Ouellette, Yves Beauchemin et Noël Audet de ce monde. Ceux-là, en fait, que la télé nous avait fait connaître avec une série tirée d'un de leurs romans. Même Québec Loisirs boudait les auteurs d'ici (à part ceux que je viens de nommer pour la raison que je viens de donner).

Mais voilà qu'en 1997, le Ministère de l'Éducation a effectué une réforme en profondeur du programme de français. À partir de ce moment-là, les élèves du secondaire devaient lire quatre romans par année. On peut qualifier la décennie qui suivit d'âge d'or de la littérature jeunesse au Québec.

Aujourd'hui, un jeune de 17 ans aura lu une vingtaine de romans le jour de sa graduation. Attention, il ne s'agit pas ici de grands classiques. On parle de romans qui, si on est chanceux, lui auront donné le goût de lire et de continuer à lire. Si on est chanceux. Si le prof est conscient de la fragilité de ce qu'il a entre les mains. Et s'il est conscient que lire, pour la majorité des gens, demande un effort. Pour certains encore plus que pour d'autres.

Chose certaine, les élèves finissent aujourd'hui leur secondaire avec de meilleures aptitudes en lecture et une culture littéraire plus approfondie que les jeunes qui ont gradué avec moi en 1985.
La littératie québécoise se porte-t-elle mieux aujourd'hui qu'autrefois? Absolument. Peut-on faire mieux? Absolument aussi.

Je suis en train de devenir allergique à ces lettrés qui nous répètent ad nauseam comment c'était mieux, dans le temps. C'était quand, ce temps-là? Quand les femmes mettaient au monde des familles de dix ou douze enfants pis que seul celui qui allait devenir curé recevait une instruction sur le sens du monde?

J'adore Bryan Perro et Anne Robillard. Et je pense qu'on devrait les remercier collectivement d'avoir fait lire nos jeunes pour le plaisir. Ces deux auteurs ont prouvé aux ados de la fin des années 90 et des années 2000 que c'était possible de trouver un livre intéressant écrit dans la langue de chez nous (ce qui fait qu'on n'avait pas besoin d'un dictionnaire toutes les trois lignes.)

Pour ceux qui ne le savent pas, je vous annonce que devoir chercher dans le dictionnaire décourage les lecteurs les plus faibles. On aime ça, nous, les auteurs, montrer qu'on a du vocabulaire. On ne réalise pas à quel point on écoeure le lecteur. On se dit « Il n'a qu'à se forcer! ». On n'imagine pas un instant qu'il peut aussi bien refermer le livre et passer à autre chose. Ce qu'il fait souvent d'ailleurs sans même une hésitation.

Si la marche est haute, la mettre encore plus haute ne servira jamais de motivateur. Au contraire! C'est assez pour convaincre bien des gens de dépenser leur argent autrement et de faire autre chose de leur temps libre.

Note à ceux qui écrivent (quel que soit le médium): Rappelez-vous toujours que mépriser le peuple qui ne lit pas ne le fera pas lire. Au mieux, il vous ignorera et vous parlerez dans le vide. Au pire, il vous méprisera et, là, vos propos auront l'effet contraire.  

P.-S.: Au début de ma dernière année d'enseignement, j'avais commencé à donner en dictée un texte de Robert Soulières. Il s'agissait d'une nouvelle de six pages sous forme de lettres que le personnage principal, en fugue, écrivait à sa famille. Il y dressait la liste de ses doléances. Au lendemain de ma deuxième dictée, le directeur m'a convoquée dans son bureau. Un parent s'était plaint du genre de texte que je donnais en dictée à mes élèves (Je vous rappelle que c'était de Robert Soulières!!!). On m'a interdit de lire la suite en classe. J'ai eu beau expliquer quel le personnage, qu'on croyait adolescent, était en fait un vieillard tanné de vivre chez sa fille, ça n'a rien changé. L'école où j'enseignais avait pour devise Le parent a toujours raison, qu'il soit doté ou non de jugement

Douze ans plus tard, c'est encore comme ça à ben des places. Ce texte de Foglia est passé sous mon radar parce qu'il est paru pendant que j'étais au Yukon en mars dernier. Une maudite chance pour lui parce que je lui aurais dédié tout un billet! Si je viens juste de le lire, c'est que ce texte de Foglia a forcé le programme La culture à l'école à réévaluer la pertinence des livres qui font partie du programme. Le livre dénoncé? Un roman de chez Alire qu'on a imposé en lecture obligatoire en 4e secondaire. ALIRE!!! En QUATRIÈME SECONDAIRE. Faut être tata en maudit pour douter de la qualité d'un roman de chez Alire. Et faut avoir la tête dans le sable pour penser qu'un jeune de 16 ans n'a pas vu pire (dans les télé-séries américaines, par exemple). 

Lettrés vertueux amateurs de censure, vous n'aidez pas la cause de la lecture, loin de là!

Ajout: Comme si j'avais pas déjà de quoi m'indigner, v'là une autre lettrée qui en rajoute une couche avec ce texte sur le site de L'actualité. Extrait: «... aucun chemin ne mène de Twilight à Baudelaire… S’il existait un tel raccourci, le pauvre poète se retournerait dans sa tombe !» Que d'arrogance, quand même!

lundi 22 septembre 2014

La vie, la mort, les salons du livre et les liens qu'on y tisse


L'ornithologue Jean Paquin, décédé la semaine dernière

Cette semaine, je devais vous parler de la pédanterie avec laquelle certains chroniqueurs pensent sérieusement donner le goût de lire. J'y reviendrai bientôt. De toute façon, la pédanterie ne disparaîtra pas de sitôt.

C'est un événement survenu mercredi dernier qui est venu bouleverser mes plans. Le genre d'imprévu qui coupe le souffle. Jeudi soir, au retour d'une conférence que je donnais à Valleyfield, je suis tombée sur l'avis de décès de l'ornithologue Jean Paquin. 

Je vous mentirais si je vous disais que je connaissais bien Jean. Si je devais utiliser une mesure empirique de relations humaines, je dirais que je le connaissais à peine. On s'était rencontré à Sept-Îles, au Salon du livre de la Côte-Nord, il y a des années de ça. On était quatre à table lors d'un souper organisé pour nous divertir parce que le soir, en février, le temps peut être long à Sept-Îles (Rassurez-vous, amis auteurs, depuis, le Salon du livre a été déplacé au printemps).

Je disais donc que j'ai fait la connaissance de Jean pendant un souper, un vendredi soir de salon du livre. Il y avait trois hommes et une femme (moi!) à cette table et on a parlé d'andropause. Sérieux. Moi, qui n'y connaissais rien et qui étais trop gênée pour poser des questions, j'écoutais avec une attention exceptionnelle celui de mes compagnons qui racontait comment la chose lui était tombée dessus, comment il l'avait vécue en s'isolant dans une cabane pour réfléchir sur la vie et pour réapprivoiser son corps et la personne qu'il était en train de devenir. Jean écoutait aussi, mais avait précisé qu'il était trop jeune pour connaître ça.

Je le savais plus vieux que moi, Jean. Une dizaine d'années peut-être. (L'avis de décès publié cette semaine m'a prouvé que j'avais vu juste.) J'avais 36 ou 37 ans. Il en avait donc 46 ou 47. Et même s'il disait ne pas avoir vécu encore ce passage typiquement masculin, Jean avait été touché par la confession. Remarquez, nous l'étions tous. On ne se connaissait pas et pourtant, on jasait de choses intimes, de la vie dans ce qu'elle a de plus humain: le vieillissement de notre propre corps.  Le genre de conversation que la majorité des gens oublient, probablement.

Moi, j'étais romancière. Je ne pouvais oublier un moment d'une telle intensité. C'était il y a dix ans et je n'ai qu'à fermer les yeux pour revoir ces trois hommes. Un romancier à son premier roman, un sexologue et Jean, qui était le plus jeune des trois. Et en face, il y avait moi. Vous ne pourriez trouver compagnie plus étrange.

J'ai souvent revu Jean. Toujours dans les Salons du livre. Je m'arrêtais devant son kiosque quand il était en signature. Il s'est arrêté quelques fois devant le mien. On échangeait des banalités, toujours avec un sourire. C'est qu'il restait entre nous le lien créé par cette soirée de confidences, ce vendredi-là, à Sept-Îles.

La vérité, c'est que je ne savais rien d'autre de Jean, à part qu'il était ornithologue et publiait des livres sur les oiseaux. Il n'en savait pas davantage à mon sujet. On n'avait jamais abordé la vie personnelle, la situation conjugale, les enfants, les autres jobs. On ne savait pas si l'autre menait une vie chargée ou si la solitude y creusait des vides. Non, on était des êtres humains qui avaient partagé un souper dans une ville lointaine un soir d'hiver.

Pourtant, apprendre sa mort cette semaine m'a fait tout un choc. Je ne savais même pas qu'il était malade. Vous savez comment ça se passe dans un salon. C'est pas parce qu'une personne n'est pas là qu'elle est malade. C'est souvent juste parce qu'elle n'a pas publié cette année. Ou que son éditeur est moins généreux. Ou que ses finances personnelles ne lui permettent pas de partir trois-quatre jours pour signer des livres loin de la maison. Jamais on ne se dit: « Untel n'est pas au salon en fin de semaine; peut-être qu'il ne va pas bien. »

Comme je l'ai écrit à une auteure qui m'offrait ses sympathies pour la mort d'un homme que je connaissais à peine, il se tisse de drôles de liens dans les salons du livre, et la vie et la mort tricotent au travers et ça crée tout à coup des trous là où on ne s'y attendait pas.

mardi 2 septembre 2014

La mort le Sir Lancelot

Souvenir de 2009 (photo de Marie-Claude Lapointe)
On devait arriver là. On le savait. Ce fut quand même dur.

Ça faisait deux mois déjà qu'il ne se levait plus, mais comme il marchait une fois debout, on se disait qu'on l'aiderait tant qu'on pourrait. Fallait juste pas s'absenter trop longtemps.

Il y a deux semaines, il a commencé à japper quand je n'étais pas dans la même pièce que lui. Deux petits jappements de détresse. Je le comprends! Tu es sourd. Tu peux pas te lever pis tu vois mal. La solitude nous inquiéterait à moins.

Le samedi soir, il est tombé en marchant. Pendant la nuit, il a pleuré pour qu'on l'aide à se retourner. Le dimanche matin, il n'a pas voulu se lever. Il a fallu de la mangue et des fraises pour le convaincre que le jour était arrivé. On s'est vite aperçu qu'il ne marchait plus.

Le lundi non plus il n'a pas voulu se lever. Ce sont les mangues, encore une fois, qui l'en ont persuadé. Plus tard, je l'ai brossé à la carde, ça lui faisait du bien. Après, avec l'aide de mon chum, on lui a donné un bain. Il ronronnait quand je l'ai essoré avec ses serviettes. Et tout à coup, comme si le bain l'avait épuisé, il s'est couché dans les serviettes mouillées et il s'est endormi.

Le lundi soir, au lieu de se rendre au bar laitier, on a fait venir le bar laitier jusque chez nous. Il a mangé sa crème glacée, reçu de la visite. Des amis et des voisins.

Mardi matin,  j'ai téléphoné chez vétérinaire. Ça faisait longtemps qu'il s'y attendait.

J'ai offert à Lancelot le repas du condamné version canine. Une mangue coupée en morceaux, des fraises de mon jardin et du yogourt maison aromatisé à la confiture. Évidemment, il fallait servir le tout dans de la belle vaisselle pour lui donner l'impression qu'il trichait. J'ai ajouté des bleuets, parce qu'il adorait ça, et un sac de cubes de poumon, la gâterie réservée aux heures de bureau. Il a avalé son repas couché, en mangeant dans ma main parce qu'il ne pouvait plus tenir assis.

À 10 h 30, on a quitté la maison. 

Le reste s'est passé comme dans un rêve. Je me souviens qu'il s'est endormi contre moi, la tête dans ma main, presque doucement. Serein comme s'il était juste fatigué. Mort par surdose de barbiturique, a dit le vétérinaire.

J'ai pleuré longtemps, penchée sur lui. Il était lourd comme toutes ces fois où il faisait la roche parce qu'il ne voulait pas se lever. Il était encore chaud, comme quand il dormait. Ne manquait que sa respiration, rendue haletante par les médicaments.

Il aurait eu 12 ans dans trois semaines.

p.s. Je l'ai fait incinérer et je vais l'enterrer dans le jardin, au milieu des plants de fraises. Il en a tellement volé dans sa vie!

jeudi 14 août 2014

Pourquoi je déteste «espoir» et «inertie»

Bout d'allée préparé pour l'événement du 12 août au Archambault de Sherbrooke
(photo de Manon Tremblay)

Le 12 août dernier, on a eu la preuve que l'imagination et l'esprit d'initiative n'étaient pas morts au Québec. Et on a vu que quand on les sollicite et qu'on leur laisse beaucoup de liberté, les lecteurs sont au rendez-vous. 

Patrice Cazeault et Amélie Dubé avaient eu une idée de génie deux semaines plus tôt: créer un événement sur Facebook pour stimuler les ventes de livres québécois. Parce qu'on l'a dit assez souvent merci (sur ce blogue et ailleurs), le livre va mal partout dans le monde, et le Québec n'échappe pas à la tendance. Sauf que comme nous sommes un petit marché — Sur 8 millions d'habitants, combien sont des lecteurs? —, un ralentissement des ventes de livres québécois affecte durement nos créateurs parce qu'ils ont peu ou pas accès aux marchés extérieurs. (Contrairement aux écrivains français. Lire à ce sujet l'analyse de Pierre Caron dans le Huffington Post.)

Voilà pourquoi j'ai levé mon chapeau devant l'initiative d'Amélie et de Patrice. Leur idée était novatrice. Je me suis réjouie de voir que la page Facebook est devenue virale le temps de le dire. Plus de 10 500 personnes se sont engagées à acheter un livre québécois le 12 août. C'est pas rien!  Et à 10 500, on peut être certains que c'était pas juste des auteurs. Autour de midi, le site web leslibaires.ca annonçait sur Facebook que les ventes de livres atteignaient un record. Et le soir, ça faisait chaud au coeur de voir les photos des gens qui posaient fièrement avec leur(s) nouveau(x) livre(s). Il y avait de tout, pour tous les goûts, acheté partout, selon les moyens et les occasions.

Deux incidents cependant sont venus ternir un peu la joie que j'ai ressentie devant ce succès. Il s'agit de deux tentatives de récupération. Vous savez, ceux qui ont voulu détourner l'événement pour lui faire épouser une cause qu'il n'épousait pas. Et ceux qui ont créé un événement identique, mais pour servir une autre cause.

Dans les deux cas, j'appelle ça Surfer sur la vague. Et j'«haïs» ça, les gens qui surfent sur la vague parce que ça leur permet de se conforter dans leur petite misère. Autant Patrice et Amélie ont fait preuve de créativité, autant les autres groupes ont fait preuve d'inertie. Et l'inertie, ça m'énerve.

Un écrivain qui fait preuve d'inertie n'innove pas. Soit il gosse sur le même roman sans jamais en venir à bout, soit il répète la même maudite recette parce que, la première fois, ça a fonctionné.

Dans les listes des malédictions qui peuvent frapper un écrivain, l'inertie arrive tout juste après l'espoir. L'espoir que le livre va se vendre. L'espoir que les lecteurs seront là. L'espoir que l'éditeur va se forcer, et le distributeur et le libraire. L'espoir de devenir célèbre. Quand on a ce genre d'espoir, c'est qu'on attend que la solution vienne de l'extérieur, que quelqu'un, quelque part, fasse le miracle qui va nous sauver, nous servir, nous enrichir.

L'espoir et l'inertie sont deux concepts qui ne s'appliquent pas aux gens qui veulent. Vous savez, le verbe vouloir comme dans l'expression : « En tout cas,  lui, il veut.» Vouloir dans le sens de se forcer, de tout mettre en oeuvre pour atteindre un objectif. Agir partout où on peut agir et ne pas se casser la tête avec les facteurs sur lesquels on n'a pas d'influence. Dans le milieu de la construction, on dit  Se pogner. Par exemple: Ce gars-là, lui, il se pogne. Ça veut dire qu'il travaille fort. (C'est la Sorcière qui m'a expliqué le sens de cette expression. J'avoue que, sur le coup, j'avais pas vraiment compris.)

Revenons au 12 août. Ce jour-là, j'ai jasé avec une libraire, et on était toutes les deux d'accord pour dire que si le milieu du livre québécois veut prendre la part de marché qui lui revient, il doit se forcer. Se forcer pour écrire les meilleurs livres possible (pas juste publier pour publier). Se forcer pour mettre sur les livres des couvertures invitantes (pas des images cheap pigées sur internet parce que c'était gratis). Se forcer pour faire un travail éditorial digne de ce nom afin que le lecteur ne soit pas déçu et ait envie d'acheter un autre roman du même auteur.

Les gens qui ont de l'espoir et/ou qui ont de l'inertie sont des gens qui ne se forcent pas. Faire pitié, supplier, copier et détourner, ça marche juste un temps. Si on veut durer, il faut créer, agir, innover, attirer, séduire, convaincre et conquérir. Et ça ne se fait pas en cultivant l'espoir ni en ayant les deux pieds dans la même bottine. Allez, milieu du livre québécois! On se pogne!

vendredi 1 août 2014

Le 12 août, j'achète un livre québécois




Depuis le temps que je décris sur ce blogue à quel point le monde littéraire en arrache, je me réjouis de voir que deux auteurs d'ici ont décidé d'agir. 

Leur idée? Célébrer la littérature québécoise en stimulant les ventes une journée par année. Ça donne Le 12 août, j'achète un livre québécois

Voici le texte de présentation, histoire de vous mettre en contexte: 

Une amie auteure m'a récemment fait remarquer qu'il serait facile de dynamiser le marché du livre québécois. On lit partout que la situation est précaire, que les éditeurs en arrachent et que les auteurs ne vendent plus. Facile, me confie mon amie, on n'a qu'à acheter plus de l...ivres!

Oh, si ce n'est que ça! Réglons le problème maintenant!
Donc, le 12 août, je me déplace chez mon libraire préféré et j'achète un livre québécois. Si je ne trouve pas celui que je veux? Je le commande. S'ils ne peuvent pas me le commander? Je fais une crise. Ou je l'achète en numérique, tiens.

Parce que, sérieusement, c'est le noeud du problème. Stimulons la demande et observons le résultat...
Il y a des plumes extraordinaires à découvrir au Québec. Des univers à explorer, des mots pour nous faire rêver, pour nous secouer, nous surprendre, nous tirer des larmes ou nous faire éclater de rire. Des mots soigneusement choisis pour nous faire vivre quelque chose de précieux, de différent.
Si un gars peut amasser 50 000$ sur Kickstarter pour préparer un grand bol de salade de patate... je dis qu'on peut transformer le marché du livre, ne serait-ce qu'une journée, grâce à nous tous.
Oh, et si ça fonctionne bien, l'année prochaine, je créerai l'événement «Le 12 août, j'achète DEUX livres québécois».

(Patrice Cazeault et Amélie Dubé, auteurs québécois)


Quand quelqu'un prend les choses en main au lieu de chialer, ça fait toujours plaisir. C'est pourquoi je me suis déjà inscrite. Au moment d'écrire ces lignes, nous étions 4322 personnes à s'être engagées à acheter un livre québécois le 12 août prochain. Êtes-vous du nombre?

P.-S.: Vous voulez préparer votre achat? Rendez-vous sur la page Facebook Nouveautés québécoises., tenue par nulle autre que la Sorcière (et moi-même quand la Sorcière est en vacances). 


mardi 17 juin 2014

Ma relation amour-haine avec Amazon



Anecdote 1: En novembre dernier, une amie a commandé trois livres dans une librairie. Des cadeaux de Noël pour son chum. Comme le libraire ne les avait pas en stock, il lui a dit que ça prendrait deux semaines.

(Veuillez noter que deux semaines est un délai normal dans les librairies du Québec à cause des distributeurs qui ne font pas une livraison spéciale chaque fois qu'on leur commande un livre. )

Bon. Ma copine est repassée à la libraire au bout de deux semaines. Les livres n'étaient toujours pas arrivés. « On va vous appeler dès qu'on les a.» qu'on lui a répondu.

Elle a attendu. Noël a passé. Elle a donné une carte à son chum avec une petite note genre Désolée du retard. Et au début de janvier, elle est repassée à la librairie où elle a appris que deux des trois livres étaient arrivés. Elle a demandé pourquoi personne ne l'avait appelée pour l'avertir. On lui a répondu qu'on attendait que le troisième livre arrive pour ne pas qu'elle se déplace deux fois.

Anecdote 2: Pendant le Salon du livre de Québec, j'ai marché dans le quartier Montcalm. En voyant mon roman dans la vitrine de la librairie Cartier, je suis entrée pour remercier les libraires qui m'avait fait une belle pile devant la porte. Au fond du magasin, une dame voulait un livre X. Le libraire ne l'avait pas en stock alors il lui a dit: « Je peux vous le commander, si vous voulez. Je l'aurais dans deux semaines.» La dame a dit non et, en sortant, je l'ai entendu dire à son mari qu'elle allait commander le livre sur Amazon.  Quelques semaines plus tard, j'apprenais dans les journaux la fermeture de la librairie Cartier.

Anecdote 3:  À  la fin du mois de mai, une amie écrivaine m'a vanté Amazon. Je l'ai écoutée, ahurie. Une écrivaine littéraire qui achète sur Amazon? Qui s'en vante en plus? Dans le contexte actuel?   Ils ont toujours le livre que je cherche, qu'elle m'a dit. Et je le reçois dans ma boîte aux lettres deux jours plus tard.

Anecdote 4: Il y a quelques semaines, je cherchais un livre qu'une amie m'avait recommandé. Comme ce n'était pas un livre récent et qu'il s'agit d'un essai spécialisé, aucune librairie de Sherbrooke ne le tenait stock. J'ai regardé sur Amazon.ca. Le livre était là, mais on annonçait un délai de deux mois. Leslibraires.ca. l'annonçait sans mentionner de délai.  J'y ai donc passé ma commande. (Note: j'ai commandé deux livres pour obtenir la livraison gratuite.)

Dans les cinq minutes qui ont suivi, j'ai reçu un courriel pour me dire que leslibraires.ca n'avait pas les livres en stock, mais qu'on les demandait à l'instant aux fournisseurs. Je m'attendais à devoir attendre deux mois, mais SURPRISE! J'ai reçus mes livres une semaine plus tard, emballés dans un beau papier, avec une petite note manuscrite.  J'étais tellement contente que j'en ai fait un statut Facebook. 




Pourquoi je vous raconte ça? Pour vous parler de la relation bien spéciale que j'entretiens avec Amazon.  Elle est très semblable, en fait, à celle que j'entretiens avec Walmart. Faut savoir que «j'haïs» Walmart! «J'haïs» son attitude antisyndicat, son pouvoir trop grand, sa façon d'assurer des prix très bas en  mettant une pression terrible sur les fournisseurs et sur les fabricants. Sauf que depuis la fermeture du Zellers, c'est Walmart qui a pris sa place au seul centre commercial de mon quartier.  Alors, quand j'ai besoin de quelque chose (des bobettes pour mon chien, mettons), je dois choisir entre traverser la ville en voiture pour aller magasiner au Carrefour (ce qui me bouffe plusieurs heures selon le trafic) ou bien monter la côte jusqu'au Walmart (ce qui prend 5 minutes, trafic pas trafic). Je vous laisse deviner ce que je fais.

Amazon tient beaucoup de Walmart en ce qui a trait aux pratiques abusives. On n'a qu'à voir la pression qu'elle met en ce moment sur Hachette et quelques autres éditeurs. (Voir à ce sujet cet article de Livres Hebdo)

Mais revenons à Amazon.  J'ai passé ma première commande sur Amazon.ca en 2004.  Faut savoir, là aussi, que je ne lis jamais la même affaire que tout le monde parce que je lis beaucoup en anglais et je lis aussi beaucoup pour faire de la recherche. Surtout dans ce temps-là parce que j'écrivais du roman historique. Les livres que je voulais ne se trouvaient tout simplement pas en librairie.

Amazon est devenue une habitude. Je voyais ça comme un façon drôlement pratique, efficace et rapide d'acheter un livre. Aucun libraire ne pouvait rivaliser avec Amazon.  C'était il y a dix ans. Quelqu'un peut-il rivaliser avec Amazon aujourd'hui?

En 2004, pour obtenir la livraison gratuite, il fallait commander pour plus de 40$. Quelques années plus tard, c'est descendu à 25$. Méchante bonne méthode pour créer une dépendance. Un peu comme les pushers qui se tiennent aux abords des écoles et qui donnent aux jeunes leurs premiers joints ou leurs premières pilules de cochonneries.

Depuis deux ou trois ans, on mesure les effets d'Amazon sur les librairies partout dans le monde. Les petits commerces meurent les uns après les autres pendant qu'Amazon étend son empire.  On ne compte plus les reportages qui dénoncent ses abus. Elle s'est même lancée dans l'édition où elle cause autant de dégâts qu'en distribution. (Voici un excellent reportage à ce sujet).

Tout ça parce qu'Amazon s'est installée un jour dans un espace où il n'y avait personne et qu'elle a rendu accro chaque nouveau client en livrant rapidement la grande majorité de ses livres (souvent en seulement deux jours!). Et en offrant tout un tas de produits « complémentaires » (On peut même acheter des armes sur Amazon.com!), livrés aux mêmes conditions.

Or la grosse bête qu'est Amazon commence à en arracher, elle aussi. À cause justement de sa livraison gratuite. Depuis un an, elle offre un service Amazon Prime. Pour environ 70$ par année, elle donne un service spécial. À peu près le même qu'elle offrait jusqu'ici, mais sans commande minimale.  Ça ne doit pas fonctionner très bien puisqu'il y a un mois, au moment où je passais une commande, elle m'a forcé la main. Une fenêtre s'est ouverte pour m'offrir le service Prime gratuit pour un mois. Après ça, si je ne décochais pas la petite case Prime dans mon compte Amazon, Amazon prendrait 70$ sur ma carte de crédit. Il y avait bien un petit bouton où cliquer pour refuser l'offre, mais il ne fonctionnait pas. Le seul bouton qui marchait, c'était celui qui disait ACCEPTER. Furieuse, j'ai cliqué dessus, mais dès ma commande passée, je suis allée dans mon compte pour décocher le service Prime.

Cette manière de ruser avec des clients trahit une soudaine vulnérabilité. Je vous prédis que lorsque toutes les petites librairies auront fermé leurs portes, Amazon exigera des frais de livraison pour les livres acheter en ligne.

Qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter la domination mondiale d'Amazon? Fouillez-moi! Je n'en ai aucune idée. Ma mère aurait dit qu'on combat le feu par le feu.  Au Québec, notre système de distribution de livres est essentiel pour assurer une offre équitable dans toutes les librairies, mais il est lent sans bon sens. Aucune librairie de la province ne peut combattre à armes égales avec Amazon parce qu'Amazon a basé son entreprise sur la vitesse et sur une offre incroyable de livres, récents ou non.

On ne ramènera pas en librairie les gens qui achètent désormais sur internet parce qu'il est impossible de faire reculer la technologie. C'est plate, mais c'est ça! On peut cependant sensibiliser la population et orienter les achats, comme le font les producteurs d'aliments québécois. Mais pour cela, il faudrait offrir des conditions équivalentes.

Mon expérience avec leslibraires.ca m'a convaincue qu'on peut compétitionner avec Amazon quand il s'agit de livre en français. Mais il y a un hic. Mes achats faits sur leslibraires.ca n'ont rien rapporté aux librairies de Sherbrooke. Même chose lorsque j'ai acheté mes livres numériques sur archambault.ca ou renaud-bray.ca.

Peut-être qu'il faudrait réviser notre système et repenser la loi. En tout cas, il faut regarder l'ennemi en face et évaluer ses forces et ses faiblesses. En ce moment, l'ennemi du milieu du livre partout dans le monde, c'est Amazon. Et sa faiblesse semble se trouver dans sa plus grande arme de séduction massive: la livraison rapide et gratuite.

P.-S. Quand j'ai commandé sur leslibraires.ca, je me suis d'abord trompée d'adresse et j'ai tapé lelibraire.ca.  Qui vendait sur lelibaraire.ca? Amazon! J'ai ressayé ce matin avant de publier ce billet, mais la page n'est plus en ligne. Heureusement!

P.-P.-S. Je viens de trouver ce reportage sur les raisons de la vitesse d'Amazon. C'est à tomber en bas de sa chaise. http://www.livreshebdo.fr/article/la-bbc-filme-les-conditions-de-travail-chez-amazon

mercredi 11 juin 2014

Le monde littéraire québécois dans un creux de vague

Je deviens riche en diminuant mes besoins.
(La traduction est de moi)
Les auteurs en parlent depuis un an environ. Les éditeurs, depuis deux sinon trois. Les ventes de livres ont baissé au Québec. Je ne parle pas des ventes de livres en général, quoiqu'on est en droit de se poser la question. Je parle des ventes pour chaque titre. Elles auraient baissé de moitié et même des deux tiers selon le genre. Je vous laisse calculer l'impact sur les revenus des auteurs.

Certains dans le milieu affirment que l'offre dépasse de beaucoup la demande, ce qui veut dire qu'on vit dans une société où il y a trop de livres (Avouez que c'est quand même mieux que dans une société où il n'y en a pas assez!). Autrement dit, la tarte que représentent les lecteurs n'est pas plus grosse, mais comme il y a plus de convives (les auteurs), tout le monde reçoit un morceau plus petit.
D'autres experts accusent aussi les fournisseurs de contenu gratuit (genre Facebook). Autrement dit, non seulement le nombre de convives est plus élevé, mais la tarte en elle-même serait effectivement plus petite. Pas étonnant que les morceaux soient si petits!

Le résultat de cette baisse, c'est que les travailleurs du monde du livre s'appauvrissent. Les libraires, certes (on les a entendus l'hiver dernier), mais aussi les éditeurs et les distributeurs. Or, mis à part les très petits éditeurs et ceux qui font faillite, tout le reste reçoit un salaire régulier, c'est-à-dire à la semaine. Ils ont peur pour leur job, mais peuvent encore payer leurs comptes à la fin du mois. La situation est tout autre pour les auteurs dont le revenu dépend directement des ventes (10% du prix de vente pour chaque livre vendu).

Rassurez-vous, je ne suis pas en train de me plaindre. Je me trouve toujours privilégiée de faire ce métier, même si je ne suis pas épargnée par ces bouleversements.

La semaine dernière, j'ai reçu un chèque de redevances plus petit que d'habitude. BEAUCOUP plus petit que d'habitude. Ça ne me cause pas de problème financier dans l'immédiat parce que je vis très simplement et que j'ai fait comme la fourmi: j'ai mis les surplus de côté quand il y en avait.

Mais quand même, ce fut tout un choc.

J'avais quatre manières de réagir.

1. Je pouvais appeler mon éditeur pour l'engueuler et lui dire qu'il fallait qu'il se force davantage. Après tout, c'est sa job de vendre mes livres. J'y ai pensé pendant cinq minutes au moins. Puis j'ai réalisé qu'un tel geste aurait été inutile puisque mon éditeur me répète depuis des mois que les ventes sont en baisse et que les temps sont difficiles pour tout le monde.

2. Je pouvais me chercher un autre éditeur. La tentation s'est manifestée pendant un gros trois minutes, puis j'ai compris que ça reviendrait juste à changer le mal de place étant donné que les ventes sont partout en baisse. On n'a qu'à lire les statuts des auteurs sur Facebook pour s'en assurer. Et puis si les grandes comme Marie Laberge et Arlette Cousture en sont rendues à vendre elles-mêmes leurs textes numériques sur internet, c'est qu'elles se cherchent, elles aussi, des sources de revenus supplémentaires afin de joindre les deux bouts.

3. Je pouvais penser à me trouver «une vraie job». Ah, ça, j'y ai songé sérieusement pendant une demi-journée. Puis j'ai reçu deux courriels de lectrices, ce qui m'a ramené les pieds sur terre et confirmé que j'étais à ma place.

4. Je pouvais prendre ce chèque réduit comme une leçon d'humilité.

Ça m'a pris 36 heures pour arriver à cette dernière manière de voir la chose, pour accepter que rien n'est jamais acquis dans la vie, mais que j'étais chanceuse de faire ce que j'aimais et que c'était à moi de décider si je voulais continuer ou aller faire plus d'argent... comme enseignante, mettons.

Puis, hier soir, alors que je me relevais tant bien que mal de ce tremblement de terre financier, mon chum m'a fait lire un article de la revue Money Sense. Yep! Il est bon avec l'argent, mon chum. Les chiffres, il connaît ça. Mais il connaît surtout bien des trucs pour arriver à la fin du mois. Le premier, qu'il me répète depuis que je le connais, c'est de vivre en dessous de ses moyens. Pas au-dessus ni selon ses moyens. EN DESSOUS. Et l'article qu'il m'a tendu hier soir racontait l'histoire du pêcheur mexicain et du banquier américain.

Voici l'histoire (J'ai piqué cette version française sur ce site. Elle existe avec plusieurs variantes, mais toutes contiennent la même réflexion.)

Le pêcheur mexicain

Au bord de l’eau dans un petit village côtier mexicain, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs thons. Un Américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les pêcher. Le pêcheur lui répond qu’il lui a fallu peu de temps !

« Mais alors, pourquoi n’êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus? » demande l’Américain.

Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille.

L’Américain demande alors : « Mais que faites-vous le reste du temps? »

« Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir, je vais au village voir mes amis. Nous bavardons, nous rions et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie ! »

L’Américain l’interrompt : « J’ai un MBA de l’université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l’argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu’à ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l’usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut-être New York, d’où vous dirigeriez toutes vos affaires. »

Le Mexicain demande alors : « Combien de temps cela prendrait-il ? »

« 15 à 20 ans ! », répond l’américain.

« Et après ? », demande le mexicain.

L’américain répond en riant :

« Après, c’est là que ça devient intéressant, quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions. »

« Des millions? Mais après ? », demande le mexicain.

« Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos petits-enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme et passer vos soirées à rire et à jouer de la guitare avec vos amis. »
Voilà. Ma conclusion? Je vais continuer de vivre en dessous de mes moyens. La tempête finira bien par passer. Après resteront debout, pas nécessairement les meilleurs auteurs, malheureusement, mais ceux qui auront eu la sagesse du pêcheur mexicain et auront distingué ce qui était essentiel de ce dont ils pouvaient se passer, sinon toujours, du moins pendant un moment. Comme le disait Thoreau, à partir de quand est-ce qu'on en a assez? Veut-on vivre pour travailler ou travailler pour vivre?

Bon, c'est bien beau de jaser philo, mais j'ai un bouquin à écrire alors...  Ciao! Je retourne travailler!

mercredi 4 juin 2014

Un virus sur l'ordinateur d'une écrivaine au milieu de son roman

J'ai partagé récemment sur Facebook la vidéo d'une entrevue où l'auteur George R.R. Martin expliquait qu'il possédait deux ordinateurs. Le premier, pour aller sur internet, le second, pour travailler, c’est-à-dire écrire. Ce dernier, qui n’est pas connecté à internet,  se trouve à l'abri des virus informatiques. En prime, G. R.R. M. est à l’abri de la tentation Facebook pendant les heures de travail (j’extrapole, ici).

J’ai ri en écoutant l’entrevue parce qu’autrefois, je travaillais comme ça, moi aussi. Avec deux ordinateurs, dont l’un dans un condom. Puis j’ai dû changer d’ordi et, tant qu’à avoir une machine puissante, je me suis connectée au reste du monde, même pour travailler.

Tout est bien allé pendant des années. Jusqu'à la semaine dernière. J'étais au beau milieu d'un chapitre sur les chiens de traîneau et il me manquait une information sur la course Yukon Quest. J'ai ouvert internet, tapé quelques mots dans Google, et le site web de la revue Mushing est apparue avec, en couverture, exactement l'information que je cherchais. Mon antivirus, comme souvent, m'a signalé que le contenu de cette page n'était peut-être pas sécuritaire (Je ne me rappelle plus ses mots exactement, mais c'est ce que ça voulait dire.) J'ai quand même accédé au site parce que c'était exactement ce que je cherchais et que mon antivirus est ben capricieux. Si je l’écoutais, je n’irais même pas lire le journal de l’Association des auteures et auteurs de l’Estrie parce qu’il les soupçonne de malveillance.

J’ai donc cliqué OUI, JE LE VEUX! … et j’ai tout juste eu le temps d'imprimer la page. Une minute et demie environ. Ensuite, mon ordinateur s'est mis à parler tout seul. (Comprendre ici qu'il clignotait et faisait beaucoup de bruit.) Pour me rassurer, mon antivirus m'a dit qu'il venait de capturer un bidule extraterrestre et qu'il le mettait en quarantaine, que je n'avais rien d'autre à faire.

Mais voilà! Mon ordinateur continuait de parler. Sans arrêt. J'ai fermé mon document, déconnecté internet et lancé une analyse rapide. Conclusion de mon antivirus : Il n'y avait rien d'anormal sur mon ordinateur.
Comme ça jasait toujours fort, là-dedans, j'ai lancé une analyse complète qui a donné, au bout d’une heure, le même résultat que l’analyse rapide.

J’ai donc rouvert le document où je travaillais pour reprendre là où j’avais laissé mon texte avant cette pseudoinvasion. Pouf! Mon texte avait disparu. À sa place se trouvait un texte crypté. La peur au ventre, j'ai ouvert d'autres documents. Tous étaient cryptés de manière identique.  Même chose pour les photos. Même chose pour les courriels. Il n'y avait plus rien de lisible sur mon ordinateur, sauf ce message laissé ici et là entre mes documents.
 

Le lendemain, une virée chez mon technicien m'a confirmé ce que j'avais deviné. J'avais été victime d'un pirate qui fait de l'extorsion. La page que j'avais visitée pour trouver mon information était une fausse page, un leurre pour m'attirer dans un piège. Si je voulais retrouver mes données, il me fallait payer, ce que le technicien me déconseillait fortement. La seule chose à faire consistait à reformater mon ordinateur. Ce qui voulait dire que je perdais tout ce qui s'y trouvait.
Par prudence, depuis l’abandon de la méthode à deux ordis,  je m'envoyais mon roman par courriel à la fin de chaque journée de travail. J'avais donc, archivé sur Hotmail, quelque part dans les nuages, les versions précédentes de mon roman. J'avais aussi, sur une clé de sauvegarde, le reste de mes documents et photos. Sauf qu'il fallait scanner cette clé minutieusement pour vérifier si elle n'avait pas été infectée par le virus puisqu'elle était branchée au moment de l'attaque.

Quelques centaines de dollars plus tard, quelques pièces d'équipement en plus et quelques problèmes techniques en trop, me voilà de nouveau fonctionnelle.
Comment suis-je installée pour vous écrire? Avec deux ordis. Dont un dans un condom, que je branche à internet seulement pour m'envoyer des documents par courriel. J'ai une belle bebelle appelée KVM, qui me permet de passer d'un ordinateur à l'autre sans changer de clavier, ni de souris, ni d'écran. Et j'ai une bebelle semblable pour l'imprimante.  

Ce que j'ai perdu? Près de cinq cents dollars. Plus de cinq cents mots aussi, dans mon nouveau roman (le travail produit le jour de l'attaque). Une semaine de précieux temps que j'ai finalement consacré au ménage et à la préparation de mon potager.
Ce que j'ai trouvé? Une manière plus sécuritaire de travailler qui va m'enlever un stress énorme. Une façon aussi de me forcer à passer moins de temps sur Facebook. ;-) En prime, mon ordinateur de travail n'a pas besoin d'antivirus. Il est donc très rapide. Et comme il ne fait pas de mise à jour parce qu'il n'est pas connecté, il ne ralentit jamais.  Oh, il faudra peut-être que je me décide à le connecter une heure de temps en temps pour qu'il fasse les mises à jour essentielles, mais...  Je ne suis pas certaine que ça me tente. Tant qu'il ira bien...   

Parole de Doyenne, if it ain't broke, don't fix it!

mardi 6 mai 2014

Game of Thrones et le syndrome de la trame narrative stressante pour rien



Je vais vous le dire tout de go. Le premier tome de la série Songs of Ice and Fire (Le trône de fer), intitulé Game of Thrones, fait partie des cinq meilleurs romans que j'ai lus de ma vie. Sérieux. Ça m'a pris deux mois pour le lire parce que je tenais à le lire en anglais et que c'est une méchante brique. C'était il y a deux ans.  Je peux encore citer des bouts par cœur. Je feuillette les pages de temps en temps, histoire de me remémorer comment je me sentais en lisant tel ou tel passage. Histoire aussi de ressentir encore le plaisir que j'avais de découvrir Tyrion, de rire de ses traits de génie. J'ai même mis un bout du roman en exergue dans mon propre roman Les deux saisons du Faubourg parce que, au début de l'histoire, on voit de haut un homme marche dans la rue Sainte-Claire par une nuit d'hiver. Son corps est  fouetté par le vent, un vent qui, on dirait, essaie de lui arracher ses vêtements comme une amante insatiable. Cette scène m'a été inspirée directement par ce que je considère comme l'une des plus efficaces du roman de George R. R. Martin, quand Tyrion marche sur le Mur et qu'il y vente à écorner les boeufs.

Pourtant, aussi fan que je puisse l'être du roman de Martin, je n'ai regardé que la première saison de la série télévisée Game of Thrones et le premier épisode de la deuxième saison. J'ai ensuite rangé les DVD dans la bibliothèque en disant à mon chum qu'il pouvait regarder le reste s'il le voulait, mais sans moi.

L'an passé, j’ai acheté la première saison de la série américaine Breaking Bad. J'ai regardé deux épisodes et j'ai donné les DVD à ma fille.

Parce que je m'en viens méfiante, j'ai loué le premier disque de Vicking. J'ai regardé un épisode et demi et j'ai rapporté le disque au club vidéo.

Même chose pour les films. Je les loue au club vidéo et souvent — trop souvent! — je les rapporte sans les avoir terminés. Je ne vais presque plus au cinéma. Je refuse d'être immobilisée et agressée pendant deux heures par des scènes d'une violence invraisemblable doublée d'une tension artificielle, inutile et exagérée. J'étais pourtant une grande cinéphile!  

C'est le mal du siècle, cette tension artificielle, inutile et exagérée. On dirait que les producteurs, réalisateurs et scénaristes ne savent plus produire autre chose. Pire, il y a surenchère! C'est à qui va y aller de la série la plus stressante pour rien. Mais on s'entend, ça n'améliore pas l'histoire. Je dirais même que ça lui nuit. Ça attire l'attention ailleurs, ça l'éloigne de ce qui devrait être le vrai propos du film ou de la série, c'est-à-dire de parler de la vie. La plus grande qualité des romans de George R. R.Martin n'est-elle pas justement d'avoir l'air vrais, malgré le monde inventé? Tous ses personnages, du plus vieux au plus jeune, peu importe le sexe, possèdent un réalisme qui décoiffe le lecteur et rend jaloux ses collègues écrivains. 

Ne croyez-vous pas qu'un tel niveau de violence et de tension pourrait servir à détourner notre attention et nous en passer une petite vite de temps en temps?

Anecdote qui m'a jetée à terre: La semaine dernière, je donnais une entrevue au sujet de mon dernier roman. La journaliste, qui l'avait lu, m'a dit qu'elle avait toujours peur que mon personnage rencontre un méchant, qu'il lui arrive un grand malheur (un viol?), parce qu'elle était seule sur la route dans un pays étranger. Faut-tu être rendu assez habitué, en tant que société, pour que notre imagination s'emballe et qu'on cherche le stresse là où il n'y en a pas? Tout simplement parce qu'il y en a partout, parce que c'est devenu… instinctif d'avoir peur quand on regarde un film, une série ou qu'un lit un roman? C'est pourtant pas normal.

(Attention, spoilers!)

Je suis tombée lundi matin sur cet article dans le Courrier international. L'auteure Danielle Henderson s'insurge devant la violence et le sexisme qu'on retrouve dans la série télévisée Game of Thrones. Elle dénonce en particulier des scènes de viol et le fait qu'Alex Graves, l'un des réalisateurs, affirme que la scène de viol (Quand Jaime viole Cersei devant le cercueil de leur fils) était concensuel puisque les deux personnages ont l'habitude de coucher ensemble. Je vous laisse juger par vous-même s'il s'agit ou non d'un viol. La scène se trouve ici.

Toute cette violence gratuite n'est pas sans effet pervers, même au niveau artistique. Voici un article d'une auteure du Guardian qui explique comment la scène de viol vient fausser le personnage de Jaime qui, jusqu'à maintenant, n'était pas totalement méchant. Tous les écrivains vous le diront: ça ne prend pas une grande incohérence pour que le lecteur cesse de croire au personnage.

Avons-nous vraiment besoin de toute cette violence, de toute cette tension, de tout ce stress? Ou bien avons-nous affaire à une dérive qu'on a fini par accepter parce qu'on ne nous présente pas autre chose? Je commence à penser qu'il s'agit de la faiblesse artistique du XXI siècle. Quelque chose qui ressemble à une béquille. Quelque chose qui viendrait de la paresse et du manque d'imagination des auteurs.