lundi 10 mars 2014

Mon ordinateur, les Francos, le NOUS et moi

Je pars pour le Yukon dans quelques jours. Trois semaines d'immersion yukonnaise. Entrevues, camping, mushing, une couple de bières au Pit à Dawson, quelques présentations dans les écoles aussi — faut bien rentabiliser le voyage!

Pour l'occasion, je me suis racheté un mini-portable. Quelque chose de léger et qui ne prend pas de place. Une belle petite bombe que j'ai passé deux jours à configuer. J'y ai mis les logiciels importants, les photos et les plans de mes ateliers au cas où je perdrais ma clé USB. Il est fin prêt, ce beau petit ordi. Depuis une semaine, il monte la garde à côté de la valise que je remplis au compte-gouttes. Puis hier, j'ai décidé qu'il resterait à la maison.

Que s'est-il passé hier pour que je prenne une telle décision? J'ai lu ce texte de Mario Roy sur la recherche de notre identité québécoise.

Ceux qui me connaissent vous le diront — et je ne m'en cache pas —, je ne suis pas séparatiste. Je l'ai déjà été, autrefois, quand je croyais ce qu'on m'avait enseigné à l'école secondaire, c'est-à-dire qu'il n'y avait pas de francophones en dehors du Québec, sauf quelques-uns en Acadie et quelques autres en Louisiane.
Depuis, j'ai voyagé au Canada.

C'est vrai qu'il y a des Anglos détestables. J'en ai rencontré beaucoup. Le pire d'entre eux était un Canadien anglophone d'origine hollandaise à qui j'aurais volontiers payé un billet d'avion aller simple vers les Pays-Bas. Mais la bêtise n'est pas le propre d'une langue, d'une nationalité, d'une origine. Pas besoin d'aller loin pour s'en rendre compte. Juste dans mon quartier, à quelques rues de chez moi, habitent des Québécois détestables à qui je préfère — et de loin! — mes amis anglophones d'Edmonton.

Je me méfie de l'acharnement qu'on met à montrer à quel point l'Autre est différent de nous. Et je déteste le nationalisme, qu'il soit québécois, montréalais, américain, allemand, russe et même quand il se transfigure en religion. Il a, de tout temps, donné naissance aux pires atrocités. Moi, c'est la Terre que j'ai tatouée sur le cœur. Un gros tatoo qui ressemble à ça:



Je suis citoyenne du Monde. Ce qui me touche et ce que j'aime profondément, c'est la survivance des peuples, c'est leur adaptation, leur résilience, leur attachement à vivre leur culture. Et ça, ça dépasse largement une frontière physique décidée à la signature d'un traité.

J'ai rencontré des Francos partout au Canada. Si ça vous tente de savoir comment ils nous perçoivent, je vous recommande le roman de Janis Locas, La maudite québécoise



Au fil de mes voyages, je suis arrivée aux mêmes conclusions que les personnages du roman : la survivance des francophones hors Québec dépend beaucoup du maintient du Québec dans la confédération. Notre poids démographique oblige le fédéral à tenir compte des minorités francophones de toutes les provinces. Il faut être drôlement naïf pour penser que, advenant la séparation, une quelconque entente entre le Québec et le Canada les préserverait de l'assimilation.

Quand ils ont fondé leur association, les différentes communautés francos lui ont donné le nom de Fédération des francophones hors-Québec. Ça veut tout dire! Depuis 1991, ce groupe porte le nom de Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada. C'est moins douloureux, mais l'idée générale demeure: ces gens-là ne sont pas les dead ducks dont parlait René Lévesque. Même si nous travaillons fort à ignorer leur existence, ils sont là, ils se battent pour conserver le droit de parler et de vivre en français.

Pierre-Luc Lafrance, l'écrivain québécois qui dirige maintenant le journal l'Aurore boréale, à Whitehorse, nous a fait part d'une réflexion intéressante dans son éditorial de cette semaine: «Ce que j'ai découvert au Yukon, et que je ne pouvais pas voir au Québec dans un milieu où le français est majoritaire, c'est que le français est plus qu'une langue. C'est une identité. »

Nous ne sommes ni français ni américains. Nous sommes des francophones d'Amérique. Nos ancêtres ont été des conquérants avant d'être eux-mêmes conquis. Nous avons essaimé d'un océan à l'autre et pour peu qu'on fouille, on se trouvera des cousins et des cousines jusqu'en Alberta!

Quel est le lien, vous demandez-vous, entre cette crise de nerfs contre notre obsession de l'identité québécoise et mon nouvel ordinateur? Réponse: la campagne électorale. Et le besoin que j'ai d'apprécier le monde, le vrai monde avec sa vraie vie, au-delà des frontières et loin des entourloupettes des politiciens, peu importe le parti.

Si je veux apprécier le Yukon, le sentir vibrer jusqu'en dedans de moi, me sentir connectée à sa terre et à son peuple, je ne peux pas partir avec une laisse autour du cou. Je ne peux pas m'en aller en traînant sous mon bras un écran qui me ramènera constamment à la politique de la province où je réside, mais dont mon cœur et mon corps seront séparés pendant trois petites semaines.

Je mettrai des photos d'aurores boréales sur Facebook avec mon téléphone, mais ne vous attendez pas à ce que je commente. Je serai loin. Dans tous les sens du terme. Et en bonne citoyenne qui veut garder son droit de chialer, je serai de retour à temps pour voter.

9 commentaires:

  1. Juste te dire : merci pour ce billet!

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    1. De rien. Il a été écrit avec le coeur.

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  2. Mais un ordInateur peut servir à tellement autre chose. Personnellement, quand je suis ailleurs, en Europe, aux États-Unis, je ne regarde pas plus, même moins les nouvelles que chez moi. Et puis, tu n'es pas obligée de te brancher à Internet.
    Quant à la survie de la francophonie, elle est menacée partout: en France, au Canada... ET au Québec.

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  3. Ça me rappelle le livre "Voyages et rencontres en Franco-Amérique" de Dean Louder.
    http://www.hamac.qc.ca/collection-hamac-carnet/voyages-rencontres-franco-amerique-668.html

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    1. Wow! Je ne connaissais pas. Merci!

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    2. Je viens de regarder le lien. Tu peux être certaine que la madame va ramasser ça au SILQ.

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  4. Et moi j'ai obtenu ''La maudite Québécoise'' le temps de quelques clics à la BANQ. Merci.

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    1. Avertissement: La structure est spéciale, mais le contenu vaut de l'or.

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  5. C'est pas la structure du livre qui me rebute, mais le vocabulaire. Si tu ne l'avais pas présenté comme étant écrit par une auteure ''hors-Québec'', je n'aurais pas franchi la dixième page tellement je me suis dit: quel éditeur a accepté ces tournures de phrases et ces choix de mots. Une petite présentation ou préface m'aurait fait comprendre. Dès lors que je l'ai su, l'originalité tient justement dans cette différence. Ainsi donc, c'est comme ça qu'on parle dans cette région. Je poursuis donc.

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