vendredi 12 juin 2015

L'avenir appartient... aux Six brumes

Roman de Frédérick Durand inscrit au catalogue 2015 des Six brumes


On l'a appris récemment, le distributeur Prologue a rompu unilatéralement son contrat avec l'éditeur les Six brumes. Cette nouvelle, sortie via Facebook, a eu l'effet d'un tremblement de terre dans le milieu de la SF québécoise.
C'est que, voyez-vous, les Six brumes, c'est un peu le club-école de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique et de l'horreur québécois. Dans la littérature de l'imaginaire, comme chez les Hell's Angels ou chez le Canadien, c'est dans un club-école que les auteurs débutants font leurs armes, apprennent les rudiments du métier et les difficultés du milieu. C'est là aussi qu'ils découvrent la réalité littéraire québécoise et reçoivent des chiffres de vente pour la première fois. Vous savez, ces chiffres qui tuent quand on apprend, un an après la sortie de notre premier roman, qu'on a vendu 80 livres et que les redevances totaliseront environ 100$. C'est de ce genre de réalité dont je parle.
 La perte de leur distributeur signifie qu'à moins d'une entente particulière avec un libraire, les livres des Six brumes ne seront plus disponibles dans les librairies à travers le Québec. Un coup dur pour une maison d'édition de cette taille. Mais cette petite taille, justement, c'est ce qui pourrait sauver les Six brumes.
Petite maison d'édition à saveur artisanale, les Six brumes comptent deux éditeurs: Guillaume Houle et Jonathan Reynolds. François Pierre Bernier agit à titre de directeur artistique et spécialiste du numérique. Ce sont des tripeux qui ne publient pas des livres pour faire de l'argent, ils publient pour le plaisir de produire des livres qu'ils ont envie de lire et de partager avec d'autres tripeux comme eux.
Ils n'ont pas de loyer à payer pour la maison d'édition puisque le travail se fait chez l'un d'entre eux. Pas de frais d'entrepôt puisque les livres sont entreposés chez l'un d'eux. Pas de frais fixes non plus (électricité, chauffage, internet, alouette!), pas d'employés permanents, pas d'avantages sociaux à verser auxdits employés, etc.  Ça leur permet, comme on dit, de se retourner sur un 10 cents et de voir la publication de livres de manière non traditionnelle.
Je jasais avec Guillaume l'autre vendredi, dans sa cuisine. Il me décrivait à peu près ainsi sa vision de l'édition à petite échelle. (Je paraphrase parce que je n'ai pas pris de notes) « Je suis un peu comme ces éditeurs du XIXe siècle qui utilisaient le sociofinancement pour publier leurs livres parce qu'ils n'avaient pas assez d'argent pour la production. » (Ici, j'ai pensé à Victor-Lévy Beaulieu et à son livre sur Nietzsche, pour lequel il a ramassé de l'argent pendant deux ans.)
Les éditeurs des Six brumes disent aux gens: « Vous voulez lire ce livre, payez-le tout de suite et on vous l'envoie dès qu'il est imprimé. »
 Et ça marche! Les gens consultent le catalogue des oeuvres à venir et achètent sur le site des Six brumes. L'argent amassé est investi directement dans la production des livres promis.  Avec le temps, les lecteurs lisent tel auteur de la maison, puis tel autre, puis tel autre dans le même genre.
J'ai trouvé un effet semblable dans cet article sur les livres français. 
L'éditeur de Tristram y dit:  « En fait, nous nous sommes très vite aperçus que, par capillarité, nos lecteurs pouvaient passer d'un auteur à un autre. L'effet de catalogue fonctionnait. Nous étions parvenus à forcer la curiosité. »
Cet article, j'y reviendrai dans un autre billet. Mais l'important, c'est de noter la ressemblance entre la vision du monde des éditeurs des Six brumes et celle des éditeurs de Tristram:  
« Certains (jeunes écrivains) ne croient pas les résultats des ventes, pensant que l'éditeur truque les chiffres pour ne pas payer les droits. Nous, on est pédagogue. On empêche les gens de rêver. Direct. On explique que l'on va faire tout est ce qui est humainement possible pour défendre les projets d'édition, que personne n'est à l'abri d'un succès d'estime, mais qu'il est raisonnable de s'attendre à une catastrophe. »
ON EST PÉDAGOGUE.
Toute l'essence de ces deux maisons d'édition tient dans ces trois mots. Et c'est pour cette raison qu'il est important de faire connaître le catalogue des Six brumes aux tripeux insatisfaits. Car ce n'est pas un secret, des ados qui aiment la science-fiction, l'horreur, le fantastique, il en pleut. Mais ces jeunes, qui n'ont rien à se mettre sous la dent, se détournent souvent de la lecture parce qu'on leur donne à lire que des romans qui en les intéressent pas.
Je profite donc de ce billet pour vous dire que les Six brumes sont présentement en campagne de sociofinancement en vue de publier leurs livres d'automne. À ce jour, c'est plus de 90% de la somme nécessaire qui a été amassée, ce qui signifie que les livres prévus pour l'automne verront le jour.

Dans le contexte actuel, où les ventes de livres baissent partout dans le monde, l'avenir appartient à ceux qui savent s'adapter, quitte à faire les choses autrement. 

Pour jeter un oeil à leur catalogue 2015, c'est ici: http://www.sixbrumes.com/legion/projects/catalogue2015/
La prévente se termine à la fin de la semaine prochaine.

Bonne lecture!

4 commentaires:

  1. Oh que j'aime ton billet! C'est une maison d'édition qui publie de supers bons livres, avec une telle qualité d'impression en plus! J'adore et je les encourage de plusieurs façons. Je leur souhaite longue vie!

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  2. C'est vraiment gentil de prendre le temps de dire un mot sur les Brumes! :) On est une gang à porter la maison d'édition à bout de bras, mais c'est vraiment dur de la faire sortir de l'ombre (ou du brouillard?). Avec la perte du distributeur, mettons que c'est vraiment un coup dur.

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  3. Merci de parler en bien de cette maison d'édition qui me tient à coeur.

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  4. J'ai acheté l'an passé pour la première fois lors de la prévente Six Brumes et j'ai pas regretté de l'avoir fait. Je suis heureuse d'avoir encore participé cet année :)

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