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lundi 26 octobre 2015

Littéraire, populaire, les prix, les ventes et la voix (celle de l'auteur, pas l'émission de télé)

Elisabeth Tremblay (prix Suzanne Pouliot et Antoine Sirois) et Sarah Rocheville (prix Alfred-Desrochers)

Ce matin, j'ai envie de vous faire part d'une idée qui me trotte dans la tête depuis une semaine.

Sachez d'abord que pendant le dernier Salon du livre de l'Estrie, on a remis pour la première fois le Prix du roman jeunesse Suzanne Pouliot et Antoine Sirois à Elisabeth Tremblay pour son roman Tu vivras pour moi. Le même soir, on remettait le prix littéraire Alfred-Desrochers à Sarah Rocheville pour son roman Go West Gloria. Jusque-là, tout va bien.

Le lendemain, cependant, La Tribune publiait un article intitulé: Go West, Gloria récompensé (L'article est ici.)

...

Dimanche dernier avait lieu à la Maison bleue une petite cérémonie en l'honneur des lauréates. L'invitation envoyée aux membres de l'Association des auteures et auteurs de l'Estrie se lisait comme suit:

«C’est avec plaisir que nous invitons les lauréates des Prix littéraires de l’AAAE à venir faire leur « lancement », à la Maison bleue, pour le prochain Lancement-brunch! 

Madame Sarah Rocheville, récipiendaire du prestigieux prix Alfred-DesRochers, sera présente avec son œuvre : Go West, Gloria!

Elle sera accompagnée de Madame Élisabeth Tremblay, récipiendaire du nouveau prix Suzanne Pouliot-Antoine Sirois, avec son œuvre : Tu vivras pour moi! »

...

Si vous voyez ce qui cloche avec ces deux incidents, vous êtes probablement un(e) auteur(e) populaire. Si vous trouvez que tout semble normal pis que je m'excite le poil des jambes pour rien, vous êtes probablement un(e) auteur(e) littéraire.

C'est que ces deux manières de présenter l'événement manifestent une forme de mépris pour la gagnante du prix jeunesse. Comme si son livre avait moins de valeur que celui du prix Alfred-Desroches. Si vous trouvez que c'est effectivement le cas, vous êtes sans aucun doute un(e) auteur(e) littéraire. Et vous ne comprenez pas pourquoi ça me dérange autant. C'est une question de paradigme.

Car voyez-vous, cette forme de mépris, assez insidieuse et que seuls remarquent souvent les auteurs populaires, c'est un peu comme le sexisme ordinaire. Celui que seules remarquent les femmes (ou presque). Prenez par exemple le début du texte de La Tribune.

Après le triomphe de son partenaire de vie en 2014, c'est au tour de Sarah Rocheville, pour son premier roman Go West, Gloria, de remporter le Prix Alfred-DesRochers de l'Association des auteures et auteurs de l'Estrie remis dans le cadre du Salon du livre de l'Estrie.

 Aurait-on mentionné en début de texte le «triomphe de son partenaire de vie en 2014» si Sarah avait été un homme? Je ne pense pas. De la même manière, pendant le petit événement sympathique de dimanche, à la Maison bleue, si les deux lauréates avaient été des hommes, personne n'aurait pensé à leur demander comment elles conciliaient travail/famille/écriture. (Oui, on leur a posé cette question.)

La plupart des hommes diront que les femmes se plaignent pour rien si elles dénoncent ces deux incidents. Pour les femmes, cependant, il s'agit de sexisme discret et insidieux.
...

À un moment donné, pendant ce petit événement à la Maison bleue, un de mes amis a lancé: «Au fond, nous, les auteurs, on est tous jaloux. Ceux qui gagnent des prix voudraient vendre des livres et ceux qui vendent des livres voudraient gagner des prix. » Tout le monde a ri, moi aussi, mais cette phrase m'a trotté dans la tête toute la journée.

Je me disais: «Est-ce que c'est vrai? Est-ce que c'est vraiment ça que je veux, gagner des prix? Est-ce que c'est ça que veulent mes amis auteurs grand public? auteurs jeunesse? auteurs de romans de genre?

La réponse est non. Oh, c'est certain que c'est toujours plaisant de gagner un prix et de pouvoir écrire ça dans son CV. C'est certain aussi qu'il y a autant d'ego chez les auteurs populaires que chez les auteurs littéraires et qu'il y a partout des auteurs fâchés de ne pas gagner.

Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit, fondamentalement. L'important, pour moi et pour tout plein d'auteurs grand public, c'est pas de gagner le prix. L'important, c'est de faire cesser le mépris. Voir un de nos pairs remporter un prix (ou même être finaliste) traduit pour nous une ouverture. Le contraire est perçu comme une forme de mépris. Plate de même!

Mais voilà! Les prix littéraires sont, par leur nature même, biaisés en faveur du roman dit littéraire. Un peu comme, autrefois, quand seules les qualités des hommes étaient reconnues pour occuper certaines fonctions et qu'on se moquait des femmes qui osaient poser leur candidature.

Un livre que le grand public va aimer comporte des qualités dont ne tiennent pas compte les membres d'un jury littéraire. Et à l'inverse, ce qui fait la qualité d'un roman littéraire laisse totalement indifférent le grand public. 

Résultat: les romans littéraires sont écrits pour une élite intellectuelle qui reconnaît la valeur de ces romans. Qui dit élite dit public restreint. Comme tous les auteurs littéraires écrivent pour ce même public restreint, les ventes sont maigres. Imaginez une petite tarte qu'on couperait en plusieurs pointes. Ça fait de bien petites pointes.

À l'opposé, l'auteur grand public écrit pour la masse. Monsieur et Madame Tout-le-Monde cherchent dans un roman des qualités bien spécifiques, celles qui laissent indifférents les membres des jurys de prix littéraires. Nous sommes nombreux à écrire pour ce vaste public, c'est vrai, mais cette tarte-là est beaucoup plus grosse. D'où les ventes plus importantes.

Le pire, dans tout ça, c'est qu'on ne choisit pas. On écrit ce qui monte, et cette voix qui parle en nous est hors de notre contrôle. Comme me l'a dit un jour l'écrivain Jean Bédard, quand on écrit, c'est l'âme qui s'exprime. Et on ne choisit pas ce qu'elle dit. Ni comment elle le dit.

Je pense que nous, auteurs grand public, nous obstinons à défendre une cause pour le moment indéfendable. Mais je ne perds pas espoir. Un jour, peut-être même de mon vivant, quelqu'un dans une université fera une étude sur la valeur d'un livre qui fait lire le monde et qui remplit la fonction première de la littérature, c'est-à-dire d'aider à vivre. Et ce jour-là, la face du monde littéraire sera changée!

 ATTENTION: Je ne tolère pas le bitchage sur le dos des écrivains, peu importe le genre.  Tout commentaire déplacé sera effacé de cette page. 



lundi 17 mars 2014

Les écrivains et le casse-tête des impôts

À plusieurs reprises, dans les dernières semaines, des questions concernant les impôts ont été soulevées par des écrivains via les médias sociaux. Dans la plupart des cas, les auteurs s'interrogeaient sur les dépenses admissibles, les déductions auxquelles ils avaient droit, de même que les revenus qu'ils devaient déclarer. Je vous offre, ce matin, les réponses à ces trois questions:

Les dépenses admissibles
Pour chacune des dépenses énumérées plus bas, vous devez conserver les reçus de caisse, les factures, les relevés et autres documents qui prouvent que vous avez effectué cette dépense. Il peut être aussi utile de faire des photocopies de certains documents puisque certains types de papier comme certaines encres ne résistent pas au temps. N’oubliez pas que Revenu Québec et Revenu Canada peuvent revenir jusqu’à 5 ans en arrière lors d’une vérification; il faut donc que vos preuves «durent» jusque-là!

1- Les dépenses générales :

Cotisations syndicales et professionnelles (Ex : Uneq ou AEQJ)
Salaires et bénéfices marginaux versés
Honoraires professionnels versés
Frais juridiques pour établir un droit ou recouvrer une dette
Frais de comptabilité
Commission à un agent
Droits d’auteurs payés à un tiers
Papeteries et fournitures de bureau
Photocopies     
Timbres, expédition et livraison
Matériel d’artiste
Laboratoire et frais de traitement
Déplacement et transport en commun
Télécommunication (un maximum de 50% du téléphone personnel)
Intérêt sur l’argent emprunté aux fins de l’entreprise
Frais de lancement
Frais de publicité et cadeaux de ses livres
Photographies et curriculum vitae
Assurances de l’équipement
Entretien ou location d’équipement
Achat de livres et périodiques
Frais de voyage pour affaires

N.B. Contrairement à la croyance populaire, les vêtements ne sont pas des dépenses admissibles pour les écrivains à moins que l’on parle de vêtements de scène comme pour Géronimo Stilton ou encore  Nathalie Choquette lorsqu’elle se costume pour promouvoir son livre Mademoiselle Myrtille.

2-Les dépenses qui doivent être réparties sur plusieurs années :
L’achat de certains biens meubles (équipement, meuble, ordinateur) ne peut être admissible que s’il est amorti (étalé) sur plusieurs années. L’auteur doit alors utiliser la méthode de calcul dite «dégressive» pour calculer le montant de la déduction admissible. Qu'est-ce que ça veut dire? Que la portion que vous pouvez déduire sur votre rapport d'impôt sera calculée à un taux fixe sur la valeur non amortie de l’année précédente.
Les taux d’amortissement acceptés par l’impôt sont les suivants :
Mobiliers et agencements          20%
Livres et références                      20%
Outillages et instruments            20%
Automobile                                    30%
Systèmes informatiques               55% *
Logiciels                                          100%

 *Entre 2009 et 2012, les ordinateurs n'avaient pas besoin d'être amortis.

Voici un exemple : Vous achetez du mobilier de bureau d'une valeur de 1000$. Il sera déprécié de 20% par année, soit 200$ pour l’année en cours. L’année suivante, il faudra calculer l’amortissement sur 800$ (1000$ – 200$) toujours au taux de 20%, soit 160$ et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste rien.
L’auteur n’est pas tenu de réclamer la totalité du montant de DPA admissible pour une année.

Si l’auteur utilise un bien en partie pour affaires et en partie pour son usage personnel (par exemple une automobile), la DPA doit être calculée en proportion de chacun des usages.
Il n’est pas nécessaire d’amortir un équipement dont le coût est inférieur à 100$.

3-Frais d’automobile :

Les frais d’automobile sont déductibles au prorata de l’usage commercial par rapport à l’usage personnel. Vous devez donc calculer la proportion (%) de kilométrage faite pour le travail par rapport au kilométrage total effectué dans l’année.  Les dépenses suivantes sont admissibles :

Allocation du coût en capital si vous êtes propriétaires du véhicule (voir point 2)
Location ou frais de financement
Immatriculation, permis de conduire, assurance
Essence et entretien
Frais de stationnement, de péage et de traversiers
Frais de réparations suite à un accident survenu dans le cadre de vos activités professionnelles seulement.

4- Frais de bureau à domicile

L’auteur peut déduire des frais raisonnables d’un bureau à domicile à la condition que celui-ci soit son principal lieu de travail et que la pièce utilisée servent exclusivement à des fins d’entreprises. Ces frais seront une portion (%) de la superficie occupée par le bureau par rapport à l’ensemble du logement. Les frais admissibles sont les suivants :

Allocation du coût en capital (pour les propriétaires)
Coût du loyer ou des intérêts hypothécaires
Impôts fonciers
Assurances
Entretiens et réparations
Électricité et chauffage

Il est à noter que les frais de bureau à domicile ne peuvent pas causer ou augmenter une perte d’entreprise. Par exemple, si après avoir déduit tous vos autres frais, il ne vous reste qu’un profit de 200$, vous ne pourrez pas réclamer plus de 200$ même si vos frais s’élèvent à 500$. Le 300$ de différence peut toutefois être réclamé dans les années suivantes.

Pour le rapport d’impôt provincial, les frais de bureau à domicile doivent être réduits de 50%  sauf pour la partie chauffage et éclairage. Cette dernière partie demeure admissible au prorata de l’usage commercial et personnel.

5- Frais de repas et de divertissements

Les frais de repas et de divertissements sont soumis à la limite de 50% des frais réellement engagés. Ainsi, une facture de 200$ ne donnera droit qu’à une déduction de 100$.

Pour l’impôt québécois, ces frais déductibles à 50% sont aussi plafonnés comme suit :

Si votre chiffres d’affaires est de :        Le plafond est de :
32 500$ et moins                                        2 %
Entre 32 500$ et 52 000$                         650$
52 000$ et plus                                          1.25%


Et maintenant, les revenus qui doivent être déclarés :

Bourses et subventions de toutes provenances*
Per diem et kilométrage payé
Conférences, animations dans les écoles, tables rondes dans les salons du livre, etc.
Droits de prêt public (doit être comptabilisé comme des droits d’auteur)
Copibec (doit être comptabilisé comme des droits d’auteur)
Droits d’auteur              

*Les prix remis aux auteurs par leurs pairs ou par le public n'ont pas à être déclarés comme revenu.                              
Important : Si les droits d’auteur sont toujours imposables en entier au fédéral, il n’en est pas de même au provincial où c’est beaucoup plus compliqué. Au Québec, un artiste qui déclare des revenus de droits d’auteurs peut être admissible à une déduction maximale de 15 000$. Je vous explique :
-Si vos revenus de DROITS D’AUTEURS sont de 15 000$ ou moins, vous n’avez pas à payer d’impôt provincial sur cette portion de vos revenus.
-Si vos revenus de droits d’auteur se situent entre 15 000$ et 30 000$, vous avez droit à la déduction de 15 000$ et vous devrez payer l’impôt provincial sur la différence.
Ex: Pour 27 000$ de revenus de droits d’auteurs, vous devrez payer de l’impôt provincial sur 12 000$ (27 000$ (revenus de droits) - 15 000$ (déduction admissible) = 12 000$)
-Si vos revenus de droits d’auteurs se situent entre 30 000 $ et 60 000 $, vous perdez le droit à la déduction à raison de 0.50$ pour chaque dollar qui excède 30 000$. (Oui, c'est ici que ça devient compliqué!)
Ex : Pour 48 000$ de revenus de droits d’auteurs, vous devrez payer de l’impôt sur 42 000$.
   48 000$ (revenus de droits d’auteurs - 30 000$ (maximum permis avant de perdre la droit à la déduction) = 18 000$
   18 000$ (montant qui excèdent le maximum permis) x 0.50$ = 9 000$
   15 000$ (montant maximum de la déduction pour droits d’auteur)- 9000$ (montant que vous ne pouvez plus déduire) = 6000$ (déduction admissible)
    48 000$ (revenus de départ) - 6000$ (déduction admissible = 42 000$

- Au-delà de 60 000 $ de revenus de droits d’auteur, aucune déduction n’est admise.

Plusieurs organismes et maisons d’édition n’émettent aucun papier de style T-4 pour fins d’impôts. En tant qu’auteurs, vous devez prendre l’habitude de photocopier les chèques reçus ou conserver les talons de ces derniers comme preuve de vos revenus.
J'espère que c'est désormais plus clair pour vous! :)
Source: Guide de l'impôt de l'Uneq, site internet du gouvernement du Québec et site internet du gouvernement du Canada.

lundi 10 février 2014

Le roman historique au Québec

Même s'il y a quelques hommes dans le lot, la très grande majorité des auteurs et des lecteurs de romans historiques sont des femmes. Afin d'alléger le texte, j'utiliserai ici le féminin. Sentez-vous quand même inclus, messieurs.
Avertissement : Selon la sorcière, quand la diplomatie est passée, je n'étais pas née. Sans doute. Il me semble quand même qu'on se doit de jeter un regard lucide sur notre monde de temps en temps. Sachez donc à l'avance que, dans le texte qui suit, je dis les choses crûment.
La semaine dernière, je vous parlais d'un article dans La Presse qui dressait le portrait du roman historique au Québec. J'ai trouvé cette lecture rigolote parce que la journaliste découvrait tout juste un phénomène qui dure depuis vingt ans et qui, contrairement à ce qu'elle croit, n'en est pas du tout à son apogée.
Cette semaine, je vous explique pourquoi je pense que, si la tendance se maintient, le roman historique s'en ira sur son déclin. Et je trouve ça plate en titi.
Tout d'abord, rendez-vous dans n'importe quelle librairie et vous constaterez qu'il pleut des romans historiques au Québec. Ça dure depuis cinq ans. Depuis, en fait, que de nouvelles maisons d'édition se sont mises à publier des textes sans direction littéraire. Vous envoyez votre roman, on trouve qu'il a de l'allure, on le fait corriger et on l'imprime. Pas de réécriture, pas de remaniement du récit, pas de vérifications historiques. Qu'est-ce que ça donne? De la littérature destinée au pilon souvent moins d'un an après l'impression.
Il s'agit d'une attitude purement commerciale qui consiste à publier beaucoup et à coût dérisoire des manuscrits d'auteures peu ou pas expérimentées. On se fiche des conséquences puisqu'on en vendra juste assez pour couvrir nos frais. Mais ces conséquences, si elles ne dérangent pas l'éditeur, ont pourtant plusieurs effets néfastes sur le monde du livre.
Premièrement, ça produit des romans décevants. Les lectrices qui s'aperçoivent que le roman qu'elles lisent contient plusieurs erreurs historiques (internet leur fournira toute l'info nécessaire pour vérifier les détails) hésiteront ensuite à acheter un autre roman de cette auteure. L'effet est plus sournois encore chez celles qui ne s'en rendront pas compte parce que le roman véhicule ainsi de fausses informations historiques que les lectrices vont croire vraies.
Deuxièmement, l'auteure n'apprend pas. Ni à mieux écrire, ni à mieux raconter. Son deuxième roman contiendra les mêmes faiblesses que le premier. Idem pour les suivants. Pire, elle sera persuadée qu'elle est une bonne écrivaine parce qu'on la publie, alors qu'elle n'est qu'une machine à produire des textes qu'on va mettre à la poubelle au bout d'un an. Deux ans, si elle est chanceuse.
Si on m'avait dit que je travaillerais autant sur un roman qu'on pilonnerait au bout d'un an, je vous jure que je serais restée dans l'enseignement. Aucun écrivain ne souhaite produire une œuvre aussi éphémère. Je ne vous dis pas qu'on sera tous immortels, mais on espère au moins être lus et disponibles pendant quatre ou cinq ans. Plus, même, si l'œuvre continue d'intéresser les gens. Parce que dans ce cas, le livre est souvent réédité en format poche.
Ce n'est pas que ces auteures de livres jetables ne font pas de recherche (quoique ça arrive). Ce n'est pas non plus que leur récit soit invraisemblable (quoique ça arrive aussi). C'est juste que c'est mal écrit, mal raconté, mal édité finalement. Comme je le dis souvent : l'inspiration est peut-être divine, mais le canal, lui, est faillible. Il faut beaucoup de travail pour mettre convenablement par écrit l'idée de génie qui a jailli un matin au réveil. Croire qu'on peut se passer d'un regard éditorial tient de l'orgueil et/ou de la paresse. Si j'étais une auteure qui commence et que j'avais envie de faire une vraie carrière d'écrivain, je songerais à me trouver un éditeur qui fait du vrai travail éditorial.
Troisièmement, non seulement ces romans de mauvaise qualité ont peu d'espérance de vie, mais en plus, ils nuisent à l'ensemble de la production de romans historiques québécois. Comment distinguer justement les bons romans des mauvais? Les auteures qui font de la recherche des autres qui écrivent n'importe quoi ou qui arrangent l'Histoire au gré de leurs fantaisies? Comme on dit, chat échaudé craint l'eau froide.  La lectrice hésite. Et je la comprends!
Nous avons au Québec de bonnes maisons d'édition de romans historiques. Nous avons aussi de bonnes auteures à la plume soignée, qui épluchent les essais des historiens dans le but d'écrire le moins de niaiseries possible. Je ne dis pas qu'elles ne font jamais d'erreurs, mais ces auteures sérieuses vont chercher longtemps pour vérifier les détails de leur récit. Et si elles ne trouvent pas de réponse, elles sont bien capables de changer leur histoire pour éviter l'écueil plutôt que d'être prises en défaut.
Dans leur étude intitulée Du bon sauvage au beau sauvage, Un roman d'amour politically correct[1],  Julia Bettinotti et Chantal Savoie sont arrivées à la conclusion que ce qu'on appelle aux États-Unis l'Indian Romance «suit une des conventions ou un des contrats de lecture les plus stricts de la littérature de grande consommation. » Pour avoir écrit sept romans historiques moi-même et pour avoir longuement discuté avec mes lectrices au fil des ans, je peux vous assurer que cette conclusion s'applique également au roman historique québécois. Disons plutôt qu'elle s'appliquait. Jusqu'à il y a cinq ans.
Le déferlement de romans historiques dans les librairies et les grandes surfaces du Québec cause aussi un problème mathématique. Parce que si le nombre d'auteures a explosé depuis cinq ans, le lectorat, lui, est resté à peu près stable. Cela veut dire qu'on doit séparer la tarte en plusieurs morceaux. En beaucoup de morceaux. Beaucoup plus qu'au début des années 2000. Ça fait donc des pointes de tarte plus petites. Ça veut dire des revenus moins élevés pour chacune des auteures.
Tout le monde est touché. De la machine à produire des textes destinés au pilon jusqu'à l'auteure chevronnée, en passant par la nouvelle auteure qui a fait un travail remarquable et qui est publiée chez un éditeur qui a fait, lui aussi, un travail remarquable.
Certains pensent que cette baisse de revenus s'explique parce que les lectrices veulent juste lire du roman historique qui se passe au Québec. Je ne le crois pas. Les Québécoises ont lu en masse Jeanne Bourin et Maryse Rouy avec leurs histoires médiévales, Régines Desforges et ses romans de la Deuxième Guerre mondiale. Elles ont lu en grand nombre Diana Gabaldon qui parlait du 18e siècle en Écosse. Vrai qu'on aime lire sur notre propre histoire et que, pendant longtemps, on n'avait rien à se mettre sous la dent. Mais il ne faut pas se fier à ce qu'on voit dans les journaux. Les journalistes qui écrivent sur les romans populaires (historiques ou pas) n'en lisent pas.
Un bon roman, c'est un bon roman. Et le fait que les revenus des auteures de romans historiques diminuent n'a rien à voir avec la période ou le lieu de l'action. La faute en revient à cette production incontrôlée où le bon grain est mêlé à l'ivraie.
Comme le dit l'adage yukonnais:  Quand les journaux se mettent à parler du filon, il est déjà trop tard pour se prendre un claim. Quand c'est rendu qu'on étudie le phénomène du roman historique à l'université, c'est qu'il est trop tard pour en écrire.
Mes conseils aux auteurs en devenir :
1.     N'écrivez pas pour suivre la mode parce que quand votre roman sera prêt pour publication, la mode sera passée. (À moins que vous souhaitiez être publiés dans une de ces maisons d'édition productrices de livres jetables.) Suivez votre instinct. Écrivez ce que vous aimez lire, ce que vous avez profondément envie d'écrire. Faites preuve d'imagination. Pensez à Stephenie Meyer qui, s'installant dans le vide laissé par Anne Rice, a réinventé le roman de vampires. On peut aimer ou non la série Twilight, mais on est obligé de se montrer humble devant un tel succès.
2.     Si on publie votre texte sans vous demander de réécrire, de resserrer, de développer, si on ne relève pas d'incohérence, si on trouve vos personnages impeccables, si on vous dit que votre texte s'en va tout de suite en correction et qu'il sortira dans un délai très court (moins de six mois), posez-vous des questions. Voulez-vous vraiment une carrière de machine à écrire des romans destinés au pilon ou voulez-vous voir vos œuvres durer?
Un bon roman, c'est un livre écrit avec le cœur et retravaillé jusqu'à ce que l'auteure elle-même en ait la nausée. Un bon roman, ce n'est pas un roman à la mode.
Et pour ce qui est de l'argent, c'est comme en restauration. Ceux qui ont les reins solides vont pouvoir attendre que l'invasion finisse… si elle finit.



[1] Ce texte se retrouve dans le recueil Les hauts et les bas de l'univers western, publié chez Triptyque en 1997) Voici les deux places où j'ai trouvé ce livre de référence pour vous : 

mercredi 27 novembre 2013

Retour du Salon du livre de Montréal

Pour clore cette édition du Salon du livre de Montréal, nous avons pensé écrire chacune de notre côté nos impressions. 

Voici donc les impressions de la Doyenne:

Incidents rigolos et/ou positifs du SLM 2013:

1.      Jaser avec une lectrice et la voir déposer un roman sur ma table en me disant: «C'est grâce à vous si j'ai osé écrire et publier.» Ce roman, elle me l'offrait parce que c'était le sien. Toutes mes félicitations à Marie-Claude Guy pour son roman La baie des souvenirs. Je te souhaite la bienvenue dans le milieu.

2.      Se faire payer une bière par un auteur «littéraire» qui veut que je lui explique comment je fais pour écrire des livres qui se vendent et réaliser qu'il ne me croit pas quand je lui dis que je n'en ai aucune idée, que j'écris ce que j'aime avec ma plume à moi et qu'il n'y a pas d'autre truc. Oh que j'avais du fun!

3.      Entendre des auteurs répéter qu'ils suivent et aiment notre blogue et/ou la page Facebook Nouveautés québécoises.

4.      Être courtisée par un autre éditeur que le mien pendant une séance de signatures. C'est bon pour l'ego.

5.      Déjeuner pendant deux heures samedi matin avec une écrivaine qu'on connaît depuis longtemps et avec qui on se découvre plein de points communs. C'est le fun les Salons du livre!

6.      Être reçue à souper le samedi soir par une amie auteure de Montréal qui me sert du caviar à l'apéro, du foie gras en entrée, du confit de canard comme plat principal, des fromages, une tarte fraises et crème en dessert et revenir à l'hôtel ivre de bons vins à 1h30 du matin. C'est VRAIMENT le fun les Salons du livre.

7.      Avoir mon éditeur pour moi toute seule pendant deux heures d'affilée. Pincez-moi, je rêve.

Incidents déplaisants du SLM

1.      Être sollicitée par une auteure qui veut des conseils, mais qui exige que j'adapte mon horaire au sien. Mauvaise approche. Ne jamais oublier qui a besoin de qui.

2.      Jaser avec un auteur qui veut écrire des livres que les gens vont aimer et qui me dit, d'emblée, qu'il ne lit pas. Ça part ben mal.

3.      Ne pas réussir à me trouver un sandwich convenable de tout le SLM. Il me semble que servir des repas rapides et mangeables, dans un événement comme celui-là, avec tous ces gens qui n'ont qu'une heure ici et là pour manger, ce n'est pas un luxe.

4.      Je sais pas vous, mais il me semble qu'il y avait moins de monde que d'habitude au Salon du livre de Montréal. En tout cas, j'ai acheté plusieurs livres et je n'ai dû faire la file nulle part en trois jours.

5.      Avoir manqué le party Off-Salon à cause de l'incident positif numéro 5

Et voici les impressions de la Sorcière: 

     -Le bonheur : Jaser avec tous plein de collègues qu’on n’a pas vus depuis des mois parce qu’on était en période intense d'écriture. Souper ou prendre un verre avec certains pour partager anecdotes et fous rires, mais aussi pour discuter de l’univers bien particulier de la littérature. Faire la connaissance d’autres écrivains avec qui on se découvre beaucoup d’affinités. C'est pour ça que j'aime autant les Salons du livre!

     -La dédicace bizarre : J’ai signé directement sur la peau de quelqu’un pour la première fois de ma carrière. Je précise que c’était sur un bras pour ceux qui auraient l’imagination encore plus fertile que moi…


     -Le p’tit velours : Le fan qui fait le voyage depuis Québec pour venir me saluer. C’est pas pour rien que c’est un de mes chouchous!


    -La surprise : Vendre tout plein de Filles de Lune, mais surtout des tomes 1.  Presque 6 ans après la première apparition de la série sur les tablettes, ça se prend drôlement bien!



    -La raison la plus étrange pour ne pas acheter mon p’tit dernier :  «J’achète les Tabous dans l’ordre pis j’en suis rien qu’au 13e. . Y’en a encore 5 avant vous, madame… » J’avoue que je la ris encore.


    -Et la raison la plus évoquée : «Ah non, je ne veux pas un livre qui va me faire brailler… » Je vous comprends. Et pour ceux qui osent le lire quand même, merci de m’avouer que vous avez versé une larme (ou plusieurs). Ça veut dire que j’ai réussi à transmettre les émotions des personnages, à vous faire vivre l’histoire avec eux, à vous toucher. Pour l’auteure que je suis, c’est tout un compliment.


    -La tape dans le dos qui donne envie de continuer à écrire : Se faire demander non pas une, mais bien des dizaines de fois, quand est-ce que je vais écrire une nouvelle série de fantasy parce que vous avez vraiment hâte. Ne désespérez pas, ça s’en vient! :)

    -L’incompréhension : Faudra un jour qu’on m’explique pourquoi certaines personnes ont tant besoin de dire à un(e) écrivain(e) qu’elles n’ont pas aimé son livre. Après une trentaine de salons, j’avoue que c’est le genre de remarques qui ne m’affectent plus vraiment. (On s’habitue à peu près à tout). Par contre, j’ai vu de jeunes auteur(e)s qui l’ont pris durement. Un p’tit peu de diplomatie, ça serait apprécié.

    -La niaiserie que je n’aurais jamais crue possible : Un lecteur hésite avant de me présenter deux tomes de Filles de Lune qu’il a achetés d’occasion, s’excusant de ne pas avoir eu les moyens de tous les acheter neufs. Il me dit même que je peux refuser de les dédicacer si je veux. Devant ma surprise – parce que je ne vois vraiment pas pourquoi je ne voudrais pas signer ses livres–, le pauvre lecteur me raconte qu’il vient de se faire sermonner pendant de longues minutes par un auteur à qui il avait aussi présenté un livre acheté usagé. Ben voyons donc! Comme si un salon du livre était la place pour se lamenter sur le statut précaire des écrivains, pour faire la leçon sur les habitudes d’achat des gens ou que sais-je encore. Le lecteur vient te voir parce qu’il a aimé ton livre. Tu jases avec lui de sa lecture s’il le souhaite, tu signes le bouquin avec le sourire, pis tu le remercies aussi.  Parce qu’il t’a choisi parmi quelques 1500 auteurs présents, cibole!!!!!!! Trouve un autre moment pour chialer.

    -Rappel qu’il est difficile de «durer» dans ce milieu : L’an dernier, ma fille avait acheté les trois premiers tomes d’une série. Elle avait fait la file un long moment pour avoir ses dédicaces, les auteurs étant TRÈS en demande. Elle se présente cette année au kiosque de la maison d’édition pour le 4e tome et la personne responsable lui répond qu’elle ne connaît même pas la série. Il n’y a pas non plus un seul exemplaire des trois premiers tomes sur place. 

     Et vous, quels sont vos moments forts du dernier Salon du livre de Montréal? 

jeudi 14 novembre 2013

Nouveautés québécoises, la page Facebook



Étant donné le peu de visibilité qu'ont les livres dans les médias depuis un bout, la Sorcière et moi avons fondé la page Facebook Nouveautés québécoises.

Cette page rassemble en un seul endroit les nouveautés québécoises au fur et à mesure qu'elles arrivent en librairie. L'objectif est d'en faire un catalogue facile à consulter, mais surtout visible. Deux liens conduisent les lecteurs vers des librairies québécoises en ligne. Un autre mène à la page de l'Île, de l'Uneq, pour ceux qui désire en savoir plus sur les écrivains.

Nous espérons de cette façon tenir les lecteurs informés de ce qu'ils ont de nouveau à se mettre sous la dent sans avoir à attendre le catalogue des grosses librairies.

Si vous êtes un auteur québécois (ou son éditeur) et que votre livre vient de sortir, laissez un message privé sur la page Nouveauté québécoises. Il nous faut une photo de la couverture, le texte de la quatrième de couverture (en Word) de même qu'un extrait de 50 mots. Nous nous ferons un plaisir de diffuser l'information.

On commence avec les nouveautés de cet automne. On attend vos infos par m.p. sur la page Facebook!

Note: Il faut absolument que le livre soit arrivé en librairie au moment où vous nous faites parvenir l'information. Nous voulons éviter qu'un lecteur se déplace pour rien.

vendredi 8 novembre 2013

Qui renonce à sa part de profits quand les grandes surfaces vendent les livres au rabais?


Je me suis servi d’un commentaire ramassé sur FB et repris à quelques reprises comme point de départ pour mon billet d'aujourd'hui :

 « Scénario réel: Un éditeur calcule ses coûts, évalue sa marge de profit et son potentiel de vente et décide qu'un livre va se vendre 20 piastres. Costco ou Walmart arrive et dit: je t'en achète 2000, à condition que tu me fasses une remise de 5 piastres par tête de pipe. Costco préserve sa marge de profit en offrant pas vraiment le même service qu'une librairie, l'éditeur rogne un peu sa marge de profit à lui en échange d'une grosse vente d'une shotte. » dixit un écrivain de renom.

Premièrement, ce scénario est-il vraiment réaliste?

Il faut savoir qu'habituellement, la distribution des revenus d'un livre en librairie se fait comme suit: 

10 % pour l’auteur
17 % pour le distributeur
33 % pour l’éditeur
40 % pour le libraire

Sur un livre à 20$, l'argent se découpe donc comme ceci:

2.00 $ pour l'auteur
3.40 $ pour le distributeur
6.60 $ pour l'éditeur
8.00 $ pour le libraire

À la lumière de ces chiffres, on ne voit pas comment un éditeur accepterait de perdre 5$ alors que sa part de tarte n'est que de 6.60$. Avec ce 6.60$ par livre, ne l’oublions pas, l'éditeur doit également payer l’imprimeur, la direction littéraire, la révision linguistique, la correction d’épreuves, le graphiste, la promo et j’en passe. Une telle remise ne s’appellerait pas rogner un peu sa marge de profit, ça s’appellerait du suicide professionnel.

Puisque, dans mon dernier billet, j’ai expliqué que la majorité des auteurs ne voient pas leurs revenus fluctuer au gré des réductions, il est logique de se demander aujourd'hui qui, des autres maillons de la chaîne du livre, perd de l'argent quand le livre est offert à 25 % ou 30 % de moins que le prix de détail suggéré. Parce que c’est clair que quelqu’un, quelque part, sacrifie une part de ses profits.

J'ai donc mené ma petite enquête auprès d'éditeurs et de distributeurs et je suis arrivée aux conclusions suivantes:

— La plupart du temps, les grandes surfaces grugent dans leur propre marge de profits, misant sur la quantité de livres vendus plutôt que sur le pourcentage que leur rapporterait chaque vente, d’où leur préférence pour les best-sellers.

— Les grandes surfaces demandent parfois à l’éditeur de payer pour avoir l’exclusivité d’un bout d’allée ou d’un autre emplacement particulier dans le magasin.

— Les grandes surfaces demandent parfois à l’éditeur d’acheter une publicité dans une circulaire ou une revue distribuée par l’entreprise.

Même si on me confirme que les deux pratiques qui suivent existent, on a tenu à préciser qu'il s'agissait de pratiques très marginales.

— Il arrive que les grandes surfaces demandent au distributeur de céder un certain pourcentage de profit.

— Il arrive que les grandes surfaces demandent aussi à l’éditeur de céder un certain pourcentage de profit.

On m'a aussi expliqué que, contrairement à la croyance populaire, Costco achète très rarement des livres sans droit de retour. Il préfère, comme les librairies, pouvoir les retourner au distributeur s’ils ne se vendent pas. Il n’y a donc pas de rabais associé à l’achat massif. Walmart, par contre, utilise parfois cette méthode.


P.s. Dans un prochain billet, je vous expliquerai ce qu'il advient des redevances de l'écrivain dans le cas de liquidation.

mardi 5 novembre 2013

C'est une question de contrat et non une question de Costco

Depuis que le débat sur la nécessité – ou non – d’adopter une politique de prix unique pour les livres fait rage, il s’est écrit bien des commentaires sur les fils d’actualité Facebook, sur les sites des journaux, dans les blogues et ailleurs. Étant écrivaine de métier, je me fais un devoir de les lire en bonne partie, question de me tenir au courant de ce qui se passe dans «mon » univers. Je ne débattrai pas ce matin de ce qui concerne spécifiquement ladite politique de prix, mais plutôt d’un sujet qui la touche de près, soit la rémunération des écrivains quand leurs livres sont vendus dans les grandes surfaces. Parce qu’il semble que les grandes surfaces soient le « grand méchant loup » dans cette histoire. Un grand méchant loup sur le dos duquel on met même des « problèmes » qui ne le concernent pas. Je m’explique.

Depuis août dernier, j’ai lu des centaines de commentaires différents dont plusieurs répandaient des faussetés. J’en ai choisi deux pour bien illustrer la raison de ce billet:

- «Le prix unique du livre, ce n'est pas augmenter le prix du livre, c'est le garder plus longtemps sur les tablettes à son prix normal avant de le brader aux grandes chaînes... et appauvrir encore davantage les auteurs.» –Dixit une auteure évoluant dans le milieu depuis plusieurs années.

- «Autre ignoble fausseté qu'elle a proférée (lire ici Marie Laberge) comme parole d'Évangile: les auteurs perçoivent le même montant en droit (sic) peu importe le prix auquel le livre est détaillé. Peut-être quand on est une auteure de best-sellers qui dicte ses conditions, mais sûrement pas dans tous les cas.» – Dixit un auteur de renom.

Pour commencer, on va éliminer les grandes surfaces de la problématique parce qu’elles n’ont rien à voir dans la rémunération de l’auteur. Qu’elles vendent un bouquin 10%, 25% ou 30% moins cher que les librairies, ce ne sont pas elles qui décident du pourcentage qui ira à l’écrivain. Les grandes surfaces négocient avec l’éditeur – et parfois le distributeur – mais jamais avec l’auteur. Ce qui détermine la part de l’auteur, c’est ce qui est écrit en petits caractères dans la clause de son contrat d'édition portant sur les redevances. Point. Et cette clause est négociée entre l’auteur (ou son agent) et l’éditeur bien avant que le livre se retrouve dans les points de vente.

Mais qu’y a-t-il donc dans cette fameuse clause pour que certains auteurs se plaignent d’être sous-payés? Je connaissais déjà la réponse pour avoir discuté avec plusieurs de mes collègues et un certain nombre d’éditeurs importants, mais j’ai quand même fait un p’tit sondage maison et quelques recherches pour élargir mes horizons. Voici le résultat.

 -Pour environ 75% des écrivains, la clause de rémunération ressemble à ça :   

  1- L’éditeur paiera à l’auteur dix pour cent du prix de vente au détail suggéré pour tout exemplaire de l’ouvrage vendu au Canada… (bla bla bla)

Ou à ça :

2-L’éditeur paiera à l’auteur dix pour cent du prix de vente au détail pour tout exemplaire de l’ouvrage  vendu au Canada…

Qu’est-ce que ça veut dire concrètement? Qu'environ 75% des écrivains reçoivent une rémunération de 10% du prix de détail suggéré pour chaque livre vendu. Le prix de détail suggéré étant le prix régulier du livre, celui que l’éditeur choisit en fonction des coûts de production, du profit espéré et de la part qui ira à chacun des maillons de la chaîne. Par exemple, pour un Filles de Lune, le prix de vente au détail suggéré est de 24.95$. Ce prix est donc le prix repère pour la rémunération de l’auteur. Ainsi, que votre tante paie 24.95$, 18.71$ (rabais de 25% chez Walmart) ou 16.99$ (rabais de 30% chez Costco) pour un Filles de Lune ne changera rien à mes redevances. Je recevrai 2.50$. Sur mes relevés de ventes, il est inscrit un nombre X de livres multipliés par 2.50$ et le total au bout de la ligne. Simple et efficace.

–Pour environ 25% des écrivains, la clause de rémunération ressemble à ça :

3-L’éditeur paiera à l’auteur dix pour cent du prix de vente au détail pour tout exemplaire de l’ouvrage vendu au Canada… (Oui, oui, cette clause est écrite de manière identique à la précédente. J’y reviendrai plus bas.)

Ou à ça :

 4-L’éditeur paiera à l’auteur dix pour cent du prix de vente réel pour tout exemplaire de l’ouvrage vendu au Canada…

Qu’est-ce que ça veut dire concrètement? Qu'environ 25% des écrivains reçoivent une rémunération correspondant à 10% du prix de vente réel pour chaque livre vendu. Si je reprends mon exemple d’un Filles de Lune avec cette clause, je recevrais 2.50$ (10% de 24.95$ en librairie), 1.87$ (10% de 18.71$ chez Walmart) ou encore 1.70$ (10% de 16.99$ chez Costco) pour le même livre. Non seulement l’auteur dans cette situation est moins rémunéré, mais je vous laisse imaginer le bordel sur son relevé de ventes. Difficile d’être plus compliqué, voire plus confus.

Je reviens ici au fait que les clauses numéro 2 et numéro 3 sont identiques. Ne vous inquiétez pas, j’ai bien fait mes devoirs. Malgré une formulation pourtant en tout point identique, il s’avère que les auteurs avec une telle clause dans leur contrat ne sont pas tous rémunérés de la même façon. Certains éditeurs interprètent l’expression prix de vente au détail comme s'il s'agissait du prix de vente au détail suggéré, alors que d’autres éditeurs affirment qu’il s’agit du prix auquel le livre est réellement vendu. Qui a tort, qui a raison? Tout dépend de quel côté on se place.

Qu’en dit l’UNEQ?

Lorsque l’on devient membre de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), on reçoit un document appelé Contrat-type d’édition. Ce document se veut un modèle du meilleur contrat à signer pour un auteur au Québec. La clause des redevances qui nous préoccupe y est formulée comme suit :

En contrepartie de la licence qui lui est accordée, l’éditeur verse en monnaie canadienne, à l’auteur, les redevances (…) suivantes :

Pour la vente d’exemplaires au Canada, des redevances payables pour chaque vente d’exemplaires de l’œuvre, toute taxe applicable en sus, calculées sur le prix de vente au détail (insérer ici un chiffre référant à la note de bas de page dont je parle dans le prochain paragraphe), selon les taux convenus par l’auteur et l’éditeur (…), lesquels ne peuvent toutefois être inférieurs à dix pour cent (10%) par exemplaire pour tout type de format, sauf dans le cas des exemplaires en format poche (…).

Comme vous pouvez le constater, la formulation de la clause suggérée par l’UNEQ est la même que celle retrouvée dans les clauses 2 et 3 plus haut. Toutefois, une note de bas de page indique ceci :

Il importe que les redevances soient calculées sur le prix de vente au détail hors taxes en librairie. L’auteur ne doit pas accepter que le taux de redevances minimum soit appliqué sur des prix de vente inférieurs, tels le «prix de vente au catalogue» (…), le «prix de vente au libraire» (…) ou le «prix de distribution» (…). Cet élément est fondamental dans le calcul de la rétribution de l’auteur. A fortiori, l’auteur ne doit accepter que sa rémunération repose sur les «recettes nettes» de l’éditeur, car ce dernier est le seul qui contrôle les dépenses imputés à la confection et la promotion de l’ouvrage.

Bien sûr, l’UNEQ interprète le sens de prix de vente au détail à l’avantage de ses membres. Mais si l'UNEQ ressent le besoin de préciser avec une note de bas de page ce que signifie cette clause, cela ne confirme-t-il pas qu’il y a effectivement place à interprétation? Et comment savoir à l’avance si l’éditeur avec lequel un auteur signe un contrat d’édition interprétera ladite clause à l’avantage de l’auteur et non au sien? L’éditeur est-il censé avoir lu la note de bas de page?   

Contrairement à la croyance populaire, la rémunération au taux de 10% du prix de détail suggéré est rarement une clause négociée. Il s'agit plutôt d'une clause standard du contrat de base de plusieurs maisons d’édition québécoises. Il n’y a donc pas que les auteurs de best-sellers qui peuvent se targuer d’être rémunérés correctement, c’est la grande majorité des écrivains québécois.

Tout ça pour dire que Marie Laberge a peut-être exagéré un peu en disant que TOUS les auteurs recevaient les mêmes redevances peu importe le point de vente, mais c’est quand même une forte majorité. Si un auteur reçoit moins d’argent pour un livre vendu en grandes surfaces plutôt qu’en librairie, c’est un peu de sa faute. Il est de son devoir de négocier son contrat et non de blâmer Walmart ou Costco pour sa perte de revenus. 

mardi 21 mai 2013

Quand un projet sort des sentiers battus…


Depuis la fin de la série Filles de Lune, il ne se passe pas une semaine sans qu’on me demande si je reviendrai à Naïla et Alix un jour, si j’écrirai une suite à leur histoire. Plusieurs aimeraient savoir ce qui c’est passé «après», ce qu’il est advenu de la Terre des Anciens. Invariablement, je réponds que ce n’est pas dans mes projets immédiats, mais que je n’ai pas tiré un trait final sur cet univers, que j’avais surtout besoin d’une pause pour me consacrer à autre chose.  Quand on vit avec des personnages aussi longtemps que j’ai vécu avec ceux de Filles de Lune, on finit par avoir besoin de vacances… ;) Je m’étais toutefois promis que si j’avais une occasion spéciale ou que si un projet qui me tentait vraiment se présentait en rapport avec la série, je ne dirais pas non. La vie m’a prise au mot…

Pour ceux qui me suivaient du temps où je bloguais ici, vous vous souvenez peut-être que j’ai eu la chance d’assister, en novembre 2011, à la lecture publique d’une adaptation théâtrale du premier tome de FdeL. J’avais littéralement adoré l’expérience! Et trouvé dommage qu’il n’y ait que trois représentations, dans la région de Montréal uniquement. En début de semaine dernière, Isabelle Lavoie, à qui je dois ladite adaptation, m’a contacté pour me faire part d’un nouveau projet qui permettrait à la série de vivre encore un moment, de la faire connaître davantage, mais aussi d’éventuellement offrir de nouvelles représentations à plus grande échelle. Après quelques explications et une bonne heure de discussion, nous nous sommes mises d’accord sur les grandes lignes, mais surtout sur ma part un peu particulière du travail. Et c’est là que je me suis aperçue qu’il serait pas mal plus simple pour moi de demander l’avis des fans de la série que d’essayer de travailler en solitaire.

Au fil des ans, j’ai reçu de nombreux messages, surtout par courriel, me demandant pourquoi je n’avais pas donné plus de détails sur tel ou tel événement secondaire, pourquoi je n’avais pas développé davantage certains aspects de l’histoire, pourquoi je n’avais pas approfondi le passé d’un personnage en particulier. J’ai conservé quelques-uns de ces messages, mais vous comprendrez que la majorité n’est plus dans mes archives depuis un moment. Et c’est de ça que j’ai besoin comme base de travail : ce que les lecteurs et lectrices auraient aimé savoir et que je n’ai jamais raconté dans l’un des tomes de la série. Des exemples? Quelle est l’histoire de Zevin et de  Mélécis? Qu’est-ce que Naïla a fait avec les fioles remises par Wandéline lors de leur première rencontre? Comment Andréa et Kaïn se sont rencontrés? Ceci n’est qu’un échantillon, je suis certaine que ce n’est pas le choix qui manque!

Envoyez-moi vos demandes à fillesdelune@live.ca. Avec un peu de chance, je devrais pouvoir me pencher là-dessus dès le début de l’été…