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mardi 18 juin 2013

Le sexe dans le roman 1Q84

Note : Il ne faudrait surtout pas penser que, parce que je m'apprête à me payer la tête de Haruki Murikami, je n'aime pas son roman. En fait, j'adore. 1Q84, c'est palpitant, bien mené et original. Mais Diable que l'auteur est dans le champ quand il s'agit du sexe! Mieux vaut en rire… avant d'en pleurer. (Ah, oui! Ce billet est un peu long parce que je tenais à vous mettre les extraits.)

Mieux vaut en rire…

Voici quelques extraits qui me portent à croire que l'auteur, tout artiste qu'il est, est un homme qui n'a pas réussi à se mettre dans la peau d'une femme. Du moins lorsqu'il est question de sexe.

Ici, Aomamé se souvient du corps d'une amie :
Elle se rappelait encore aujourd'hui, avec une netteté plutôt étrange, les mamelons ovales de Tamaki, sa légère toison pubienne, les jolies rondeurs de ses fesses, la forme de son clitoris. 

 Oui, oui! Elle se souvient, quinze ans plus tard, de la forme du clitoris de cette copine d'école avec qui elle a couché quand elle était ado.

Ici, Aomamé se regarde dans le miroir.
 Un ventre tout à fait plat, des muscles d'athlète. Une dissymétrie peu satisfaisante dans les seins, une toison pubienne qui évoquait un terrain de foot mal entretenu. 

J'aurais pu trouver la chose acceptable si l'auteur n'était pas revenu à la charge un peu plus loin.
Chaque jour, nue devant son miroir, elle se soumettait à un examen minutieux. Non pour s'admirer, bien au contraire. Ses seins n'étaient pas assez volumineux. Dissymétriques, en outre. Sa toison pubienne ressemblait à un champ piétiné par un bataillon d'infanterie après un défilé. 

J'aimerais rencontrer la femme qui songe aussi souvent à son pubis.

Mes deux scènes préférées, maintenant.

Ici, Aomamé est prise d'une brûlante envie de faire l'amour. Elle prend le métro et observe l'homme qui s'est assis en face.
Aomamé serait volontiers allée quelque part avec cet homme. Ils auraient fait l'amour violemment. Elle s'imaginait agripper son pénis durci. Elle le serrerait très fort, au point de bloquer la circulation du sang. Et, de l'autre main, elle lui masserait doucement les testicules. Elle en avait comme des démangeaisons dans les mains, posées sur ses genoux. Ses doigts s’ouvraient ou se refermaient à son insu. Elle respirait plus vite, ses épaules montaient et redescendaient. Elle se léchait lentement les lèvres du bout de la langue. 

Pis elle est descendue du métro sans rien faire, la tarte! Moi, je suis restée à rire un bon cinq minutes, le livre ouvert sur mes genoux. Quand une fille a envie de faire l'amour, je ne pense pas que son fantasme principal soit de cet ordre… Mais peut-être que je me trompe…

Et le bonbon :

Ici, Tengo  vient de recevoir chez lui sa petite amie plus âgée.
Ce jour-là aussi, elle portait de la lingerie noire. Elle lui avait fait une fellation consciencieuse. Ensuite, elle s'était régalée de la dureté de son pénis et de la douceur de ses testicules. Tengo pouvait voir ses seins emprisonnés dans son soutien-gorge en dentelle noire qui montaient et descendaient au rythme des mouvements de sa bouche. Afin d'éviter de jouir trop vite, il ferma les yeux et pensa au Ghiliak. 

Bon. Si le personnage était épais, on se dirait qu'il manque d'expérience. Il est persuadé que la fille a du plaisir, qu'elle jouit de lui faire une fellation. Il a 30 ans, joual vert! Ce n'est pas la première femme qu'il met dans son lit. Écrit comme c'est écrit, on se convainc très vite que c'est l'auteur qui pense que la femme veut que la fellation dure longtemps longtemps, longtemps. Chose certaine, ça ne donne pas envie de coucher avec lui parce que, comme l'a dit Jocelyne Robert sur son blogue, la femme ne possède pas de clitoris dans la gorge.

Ce qui m'agace (mdr), c'est qu'on dirait que le plaisir des personnages féminins se prend à travers celui des personnages masculins. Sont donc ben fines les Japonaises! Plus dévouée que ça, tu meurs!

Bon. Fini de rire. Les larmes — ou la colère — maintenant.

Ce passage-ci m'a fait dresser les cheveux sur la tête. S'il s'était s'agit d'un événement unique dans le livre, je veux dire, s'il n'y avait pas eu les incohérences dans les scènes de sexe, je serais arrivée à la conclusion qu'il s'agissait d'un problème de communication d'ordre culturel. Haruki Murakami est un Asiatique (Japon). Je suis une Occidentale (Canada). Il n'existe peut-être pas plus différent au monde. Mais voilà. Si on tient compte des scènes de sexe ridicules, une seule conclusion s'impose : l'auteur n'a pas de talent pour se mettre dans la peau d'une femme.

Voici la scène en question. Attachez votre tuque avec de la broche, c'est heavy.

Mise en situation : Aomamé est invitée chez une cliente, une dame très âgée, qui a recueilli une fillette de 10 ans traumatisée.
Celle-ci (la dame) expliqua sur un ton presque détaché : “Il y a des traces de viol évidentes. Et cet acte a été répété. L'appareil génital externe et le vagin ont été gravement atteints, ainsi que l'utérus. Dans ses parties intimes non encore complètement formées s'est introduit un sexe d'homme adulte. La zone où s'implantent les ovules en a été fortement endommagée. Le médecin a estimé qu'elle ne pourrait jamais être enceinte. 

Et plus loin :
Ce n'est pas tout, poursuivit calmement la vieille femme. Même si par miracle son utérus retrouvait ses fonctions, plus tard, elle ne voudrait sans doute avoir de relations sexuelles avec personne. Parce que, avec des lésions aussi considérables, la pénétration lui causera obligatoirement d'affreuses douleurs, qui se répéteront chaque fois. Le souvenir de cette souffrance ne s'effacera pas facilement. Vous comprenez, n'est-ce pas, ce que je veux dire… 
 Autrement dit, la zone où ses ovules, déjà prêts en elle, auraient dû s'implanter, a été endommagée. Cette fillette est… » La veille femme jeta un bref regard du côté de Tsubasa (la fillette), puis elle continua : « … d'ores et déjà stérile. 

À aucun moment les femmes qui se trouvent en présence de l'enfant violée ne parlent de l'horreur du viol — du viol à répétition, dois-je le préciser. Jamais on ne fait référence au traumatisme. Aucune de deux adultes ne s'imagine à la place de l'enfant, ne pense à la peur des hommes qui l'habitera le reste de ses jours, à la douleur qui l'habite encore puisqu'elle vient d'être soustraite à son agresseur. C'est pas compliqué, le drame le plus important, à leurs yeux, c'est que la petite fille est stérile. Non, mais pensez-y. C'est affreux! Bien plus affreux que ce qu'elle a subi. (Je suis sarcastique, ici, j'espère que vous aviez compris.)

Le pire, c'est que j'adore 1Q84 sous tous les autres aspects. C'est un très bon roman. Mais disons qu'on pourrait le soumettre au concours des pires scènes de sexe en littérature. (Bad Sex in Fiction Award) Il gagnerait probablement.

Il y a quand même des jours où  je me dis que s'il s'agit sûrement d'une différence culturelle. Ces jours-là, je suis bien contente d'être québécoise.

Comme je n'ai pas encore fini de lire la série (Il y a trois tomes), je continue chaque soir de lire un passage de ce genre à mon chum. Et chaque soir il me dit la même chose : « Un auteur ne devrait pas être aussi sûr de lui quand il parle de quelque chose qu'il ne connaît pas. » Je suis bien d'accord.