lundi 4 février 2013

Lire ou ne pas lire les critiques, telle est la question


La semaine dernière, une écrivaine a causé tout un esclandre en laissant un commentaire sur le blogue où on avait critiqué son roman. (Elle en a rajouté depuis.) Comme il ne s'agissait pas de mon roman, j'ai d'abord lu les échanges avec détachement. Puis, comme la dispute avait lieu sur un blogue que j'aime suivre et que l'auteure en question est une amie, j'ai fini par me sentir concernée. Et ça m'a confortée dans la résolution que j'ai prise il y a quelques années de ne jamais lire les critiques de mes livres.

Comprenez-moi bien. J'aime les fleurs autant que tout le monde (pas les vraies, j'y suis allergique.) Mais les fleurs, comme le pot, peuvent avoir un effet négatif, voire catastrophique, sur l'écrivain en création.


Commençons par l'évidence : la critique négative. La critique négative provoque deux réactions chez l'écrivain. En premier lieu, elle le met en colère. L'écrivain accuse alors le critique de ne pas avoir compris son roman. Voyez-vous, quand il écrit, ce sont ses tripes que l'écrivain met sur la table. Et quand on critique son oeuvre, ce sont ses tripes qui réagissent, pas son cerveau. Vient ensuite un effet imprévisible : l'écrivain se met à douter. Du coup, il n'écrit plus, de peur de décevoir un futur lecteur. Le nouveau projet est mis sur la glace le temps que l'écrivain retrouve sa confiance en lui.

La critique mitigée a à peu près le même effet que la critique négative en ce sens que l'auteur ne voit que les mots qui condamnent son roman. Il est incapable de voir les compliments quand on les enrobe de défauts. Il réagit donc aussi négativement que si on avait démoli son livre.


Mais là où les effets de la critique sont le plus pervers à mon avis, c'est lorsqu'il s'agit d'une critique positive. Quel bonheur de voir son livre encensé! On s'excite, on se vante, on fait lire le texte à tous ceux qui passent la porte. Et après, on s'installe à l'ordinateur et… plus rien ne vient. Doucement, la peur de décevoir en écrivant quelque chose qui sera moins bon que le roman encensé s'est immiscée dans l'esprit de l'écrivain et lui fige les doigts sur le clavier.


Finalement, les seules critiques dont l'écrivain doit tenir compte sont celles de son éditeur, de son directeur littéraire et de son premier lecteur. Tout le reste n'est que bla-bla bon pour l'ego dans le meilleur des cas, mais destructeur pour l'écriture en tant qu'acte de création.


L'idéal, c'est d'avoir une personne fiable à portée de la main. On lui imprime les critiques et on lui demande de les lire. Si cette personne juge qu'un texte est flatteur, on colle le lien sur Facebook sans plus y penser. Et surtout, on ne perd jamais de vue que la lecture dépend en grande partie de l'état d'esprit dans lequel on est quand on lit. En ce sens, la lecture est un acte subjectif. Comme l'écriture d'ailleurs.

14 commentaires:

  1. Tout à fait ça. J'ajouterais que tout dépend de l'état d'esprit également dans lequel l'auteur lit la critique. Si, en partant, il doutait un peu ou si c'est l'accumulation de reproches, un rien peut le faire déborder. Si en partant, l'auteur est enthousiaste, fort de lui, il ne verra pas les petits défauts qu'on peut lui avoir reprochés à la fin des fleurs offertes. Le syndrome du verre à moitié plein à moitié vide.
    Ce qui est dommage dans ce cas précis, c'est que les deux se sont égratignées et les deux en sortent perdantes. Dommage.

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  2. Sages conseils que cela, chère doyenne! Je vais tâcher de m'en rappeler... ;)

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  3. Je crois que c'est très sage en effet lorsqu'il s'agit d'un auteur aguerri, mais qu'en est-il d'un auteur débutant, qui doit se bâtir un lectorat par la publicité? Dans ce cas-là, il est difficile de ne pas sauter sur toutes les occasions de mousser les ventes. Pensez-vous réagir différemment que lors de vos débuts? Moi, je me demande si je serais capable de résister à passer l'information positive, mais la négative pourrait démolir, c'est certain.

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  4. Je suis encore naïve je crois, car je lis encore les critiques. Et dans le cas des critiques négatives, j'essaie de voir quelle est la part de vérité et dans quelle mesure je pense que ce point de mon écriture devrait être amélioré.

    Je me suis d'ailleurs fait remarquer pour avoir remercier des critiques assez tièdes merci! :p

    Par contre, comme dernièrement j'ai un peu sauté un plomb à cause d'une critique négative que je croyais imméritée (et qui, après confrontation des faits avec la critique s'est effectivement révélée une inattention de lecture de sa part), j'pense que je vais commencer à arrêter de les lire. Sinon j'vais finir par passer pour une diva! :p

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  5. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  6. Gen: La diva, c'est la personne qui oublie que la lecture est aussi subjective que l'écriture. C'est aussi la personne qui pense que ce qu'il y a dans sa tête au moment de l'écriture est exactement ce qui se retrouve sur le papier (où à l'écran). Des fois, je me dis que mes romans seraient tellement meilleurs si je pouvais vous montrer un DVD de ce que je vois dans ma tête.

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  7. Hélène: Ça fait plus de dix ans que je publie. Mon 13e livre sortira au début d'avril. C'est d'expérience que je ne lis plus les critiques et exactement pour les raisons mentionnées ci-haut. Au début, le high qui suivait une critique positive n'avait d'égal que le down qui suivait une critique négative. Si on n'est pas en écriture, c'est tel que tel. On a le temps de se raisonner. On est mieux blindé aussi. Mais comme je commence un nouveau projet dès que j'en termine un, je suis toujours en création, donc toujours dans un état de vulnérabilité. C'était masochiste de continuer à lire ce que les critiques pensaient de mes romans parce que ces gens-là n'étaient pas nécessairement mon public. J'ai préféré me fier aux chiffres de vente et au courrier de lecteurs. Quand j'ai un down, maintenant, j'ouvre mon dossier de fan mail. Ça me fait juste assez de bien pour reprendre le clavier, mais pas trop de bien au point de m'enfler la tête.

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  8. Le (a) critique littéraire est une seule personne qui donne son point de vue. Pas plus que cela. Je l'ai dit souvent à des auteurs fâchés lorsque j'étais moi-même critique.
    Mais il faut faire son travail avec rigueur et avoir de bons arguments quand on descend un livre. Personnellement les blogeur qui n'ont personne pour les relire ou les encadrer ne m'impressionnent pas. La majorité ne passerait pas le test dans un quotidien et pourtant ils occupent un immense espace médiatique.

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  9. Excusez-moi il manque un s à blogeurs. C'est ce qui arrive quand il n'y a pas de chef de pupitre pour nous corriger

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  10. Marie-Paule: C'est vrai qu'il y a des blogueurs qui se prennent très au sérieux et qui pensent qu'ils doivent absolument exprimer leur opinion sans quoi le monde ne survivrait pas. Mais ce n'est heureusement pas le cas de tous. Vrai aussi que les blogueurs ne sont pas des critiques littéraires. Ceux qui en sont conscients font une meilleure job que les autres. Il faut cependant admettre qu'avec le peu d'espace réservé à la littérature dans les médias en ce moment, les blogues sont devenus un moyen efficace pour faire la promotion du livre. Même que certains blogues sont consacrés uniquement à la littérature québécoise.

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  11. D'accord pour le peu d'espace consacré à la littérature d'ici au Québec.

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  12. Dans le cas présent (je viens de lire l'échange en question - aoutch!), ce n'est pas tellement l'aveuglement volontaire des critiques - qui est certainement une façon valable de protéger son espace créatif - qui est en cause. Il importe peu pour le lectorat que l'auteur se discipline à lire ou non les points de vue de "vrais" critiques ou de "critiques amateurs", les opinions de ceux-ci sur l'oeuvre restent toujours subjectives et vascillent invariablement entre la lapidation et l'ensensement. L'auteur doit s'en accomoder. Le public, aussi, sait faire la part des choses habituellement. Un auteur publié, comme tout artiste d'ailleurs, doit s'attendre à en voir de toutes les couleurs et de ne pas faire l'unanimité des critiques.

    Le problème ici, à mon avis, c'est le gachis de relations publiques - par ses sorties discutables - dans lequel s'est empêtrée l'auteure, que j'avoue ne pas connaître ni n'avoir jamais lue. Sauf qu'aujourd'hui, je n'en ai nullement envie pour l'avenir. Ah! La fameuse première impression!

    À mon avis, toute personnalité publique doit savoir se taire et encaisser les critiques (pour ce qu'elles valent) avec philosophie, humilité et classe, qu'elles soient bonnes ou non. Ça n'a définitivement pas été le cas ici et c'est dommage.

    Comme lectrice, je peux pardonner facilement à un auteur que j'aime un de ses ouvrages qui me plait moins. J'aurai encore envie de le lire. Mais si l'auteur (ou l'acteur, ou le chanteur), aussi talentueux qu'il soit ou qu'il croit être, ME SEMBLE (encore subjectif) prétentieux ou antipathique, je n'aurai envie de le suivre dans aucune de ses aventures.

    Et on aura beau dénigrer la valeur des blogues et blogueurs, ils sont là, ils sont lus et appréciés d'une génération qui ne lit pas nécessairement "les vrais critiques des journaux", ils font le tour du web via les médias sociaux, et toute personne avec un quelconque sens du marketing devrait capitaliser sur cette vitrine - gratuite de surcroit - plutôt que de l'utiliser pour se peinturer dans un coin.

    C'est quoi le dicton? Le silence est d'or...

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  13. Dionra: Je ne dénigre pas la valeur des blogues, loin de là. Ils ont leur raison d'être et remplacent souvent avantageusement les critiques dans les journaux parce qu'ils ciblent beaucoup mieux leur public. Mais il s'agit quand même de lecteurs, pas de critiques professionnels. Cela dit, je suis bien d'accord avec vous. En tant que lectrice (je suis écrivaine, mais je suis aussi une lectrice), ce que dégage l'auteur en personne ou par écrit m'influence beaucoup. Il aura beau être adulé, si je le trouve détestable, je n'aurai plus envie de le lire. Ça s'arrête là, et c'est le droit de tout lecteur de lire qui il a envie de lire. Mon billet voulait surtout expliquer l'absence de couenne chez les écrivains. Pour écrire, il faut retirer l'armure. Ça nous laisse vulnérables.

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  14. Très intéressant échange ici.

    Comme je suis directement concernée, je vais oser laisser mon commentaire. Cet accroc entre la blogueuse (moi) et l'auteure (Marie-Paule Villeneuve) est le premier en bientôt six ans au Passe-Mot ... et heureusement ! Sinon, bien évidemment, j'arrêterais de consacrer la majorité de mes heures de loisir à ces partages publics de mes lectures. Étant donné qu'au moins 50% des auteurs m'en remercient directement, bonne ou mauvaise critique, comme 90% des maisons d'édition me courent après, et que les lecteurs me lisent (300 par jour), et de plus en plus, mes recensement doivent bien avoir un quelconque intérêt.

    Un moment donné, la pratique dépasse la théorie. Ces dernières décennies ont vu une démocratisation de la critique. Quand une blogueuse fait son travail, le moindrement consciencieusement, les maisons d'édition lui envoient des services de presse. C'est qu'il y a un vide à combler, un besoin. Le jour où les journalistes critiques de formation seront lus et appréciés, on révisera la situation. Je (re)deviendrais certainement une lectrice assidue, ce qui est ma première qualité.

    * * *
    Chère Doyenne, si un jour, je publie, je serai absolument incapable de ne pas lire ce qu'on dit et pense de ma publication. Impossible pour moi. Ce serait l'équivalent de me boucher les oreilles quand on parle de moi, en privé ou en public. Ça m'intéressera toujours. Par contre, à moi ensuite, de faire appel à mon équilibre émotif pour faire la part des choses. Tu vas me dire, chère Doyenne, que je parle peut-être ainsi parce que je n'ai jamais publié.

    Je crois qu'en cette matière, il n'y a pas de règle, c'est cas par cas, il faut y aller avec ce que l'on connait de soi. Aussi je fais plus que respecter ta décision de lire les critiques par personne interposée, puisque le plus important pour moi reste de continuer à te lire.

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