mardi 28 janvier 2014

L'art difficile de bien choisir son partenaire de vie quand on est écrivain

Cette semaine, je vous parle des difficultés conjugales de l'écrivain.

Tout d'abord, laissez-moi vous présenter cette caricature qui illustre assez bien les caractéristiques « universelles » de l'écrivain. C'est en anglais, je m'en excuse. Je n'ai pas trouvé de version française. Si vous en avez une, prière de me la faire parvenir par message privé.



Derrière chaque grand écrivain se trouve une conjointe négligée ou un conjoint négligé.

Comment faire autrement? On voit des choses qui ne sont pas là. On parle d'événements qui datent (quand ce n'est pas de quelque chose qui n'est jamais arrivé!). On parle de gens qui n'existent pas. Les rêves qu'on fait la nuit sont des matériaux de travail. Difficile de trouver plus excentrique et plus difficile à comprendre pour un esprit rationnel.

Il faudrait, au minimum, que nos conjoint(e)s réalisent que les idées sont comme les nuages. Imaginez! Par un bel après-midi d'été, vous vous allongez dans l'herbe avec votre douce moitié et vous regardez, à deux, les formes que créent les nuages dans le ciel. Un dragon, un crapaud, un château. Dès que vous vous levez pour continuer votre promenade, les images, pourtant si claires quelques minutes plus tôt, s'évanouissent d'un coup. Vous les oubliez. Totalement! On dirait même qu'elles n'ont jamais existé. Ben, les idées, c'est pareil!

Quand elle monte, l'idée est diffuse. On ne sait trop par quel bord la saisir, l'examiner. On ne sait pas non plus quelle conclusion en tirer. Mais on sent que c'est important. Il faut donc la laisser prendre toute la place, prendre en notes aussi les liens, c'est-à-dire les idées auxquelles elle nous conduit. On peut griffonner, se mettre à écrire des mots ou de longs paragraphes. Peu importe! Ce qu'il faut, c'est ne pas laisser l'idée s'évaporer comme les dessins des nuages.

Si votre conjoint(e) arrive à comprendre le concept et accepte qu'attablés tous les deux dans un café, il est possible qu'il (elle) doive passer le temps en lisant le journal parce qu'une idée a jailli en apercevant le crâne chauve de votre voisin de table, vous tenez la perle rare.

Si votre conjoint(e) exige de vous 100 % d'attention pendant ces sorties dans les cafés, restaurants ou autres lieux habituellement fréquentés par les amoureux, votre ménage est en péril. Ou bien votre écriture est en danger. Chose certaine, vous ne pouvez pas avoir l'esprit ici et ailleurs en même temps, à moins d'être doté de deux têtes. Vous pouvez avoir l'air présent, si vous êtes bon acteur. Mais je ne vois pas comment on peut conter fleurette à sa douce moitié et rédiger, en même temps, une scène torride avec un personnage inspiré du serveur. Au mieux, vous serez médiocre dans les deux rôles. Au pire... n'en parlons même pas.

Alors, la prochaine fois que vous allez souper en amoureux, si l'inspiration vous vient et qu'on vous reproche votre absence, parlez des nuages.


mercredi 22 janvier 2014

Maudite vie plate! Le XXIe siècle selon Anne Rice


Tout d'abord, chers fans de ce blogue, laissez-nous vous souhaiter une très belle année 2014. Si Blogger ne nous permet pas de savoir qui vous êtes, les statistiques nous prouvent en tout cas que vous êtes nombreux. Il y a eu 20 469 visites sur ce blogue en un an. De quoi ouvrir des bulles!

Venons-en maintenant au billet de cette semaine.

Au début de l'hiver, j'ai lu Le don du loup (The Wolf Gift) d'Anne Rice. Je vous en parle maintenant parce que je trouve qu'une réflexion de ce genre est bien à propos en ce début d'année.




















Parlons d'abord du roman. C'est l'histoire d'un gars qui, après avoir été mordu par un loup-garou, devient lui-même un loup-garou. On remarque ici la parenté avec les vampires. C'est pas innocent. On parle de l'auteure de Vampire Chronicles, quand même.

Reuben, c'est comme ça qu'il s'appelle, ne comprend pas les transformations qui se produisent dans son corps et dans sa tête. Il fait donc de la recherche. Même si la maison dont il vient d'hériter regorge de livres, Reuben, en digne jeune homme du XXIe siècle, utilise Google (pourquoi pas Wikipédia, tant qu'à y être?). Il regarde des films aussi. Ça l'aide à comprendre, vous comprenez. Comme ça, il peut départager le vrai du faux dans la culture populaire. C'est fou ce que ça l'aide à comprendre! (J'espère que vous saisissez le sarcasme.)

La nuit, il tue les méchants. Le jour, il prend ses courriels sur son ordi. Puis il prend ses courriels sur son iPatente. Puis il utilise encore le iPatente pour faire de la recherche. Puis il monte dans sa Porche, mais avant de partir, il prend les messages dans sa boîte vocale. Puis il s'engage dans le trafic. Ça lui prend souvent quatre heures pour faire deux cents kilomètres parce que la circulation à San Francisco, c'est pas du gâteau. Alors il prend ses courriels. On est chanceux, il ne semble pas avoir de page Facebook. Je n'ose imaginer ce que ce serait.


J'ai l'air de chialer et pourtant j'ai adoré le roman. Parce que, heureusement, les choses changent. Plus Ruben se transforme et plus il apprend à contrôler le processus de transformation, plus il s'ancre dans la vie, la vraie. La télé, les iPatentes et autres cossins prennent le bord. Il décroche complètement de la technologie pour vivre avec intensité sa nouvelle réalité. Et c'est vraiment beau à voir. Bon. C'est vrai qu'il égorge et éventre des animaux dans la forêt, mais on parle d'un loup-garou, ici. Pas d'un ange.

Ce qui m'a frappée, dans ce roman, c'est l'image que nous renvoie Anne Rice de notre vie moderne. Notre maudite vie plate, branchés que nous sommes en permanence sur un gadget ou un autre. Dès le début du roman, on a l'impression que même si Ruben est un gosse de riche et qu'il pourrait se taper toutes les aventures de la planète sans que son compte en banque en souffre, il passe son temps à vérifier si quelqu'un (sa mère, sa blonde, son père, son frère, son ami, son boss) essaie d'entrer en contact avec lui. Et au lieu de lire des livres pour s'informer, il google et butine d'une page web à l'autre en allant au plus sommaire. Il écoute la radio, regarde la télé, consulte ses courriels, ENCORE!

Dans ce roman, d'apparence fantastique, c'est toute une critique de notre société que présente Anne Rice. Elle nous montre à quel point nous vivons par procuration, en nous attardant aux contacts virtuels davantage qu'au contact humain. Si au moins ces contacts étaient significatifs! Combien de messages en valent la peine? Vous savez, un message qui contient le genre d'informations qu'on mettait autrefois dans une lettre? le genre d'information qui compte?

L'image ci-dessous circulait beaucoup sur Facebook il y quelque temps.



Quand je l'ai collée dans mon agenda, j'ai inscrit en dessous : « En nous créant une existence virtuelle, nous sommes devenus spectateurs de notre vie réelle. » C'était en février 2012. 

Je vais vous faire rigoler, mais il y a une chose dans le roman qui attire et garde Reuben dans la réalité tangible et loin des écrans de toutes sortes. C'est d'ailleurs un des gros déclencheurs de l'histoire. Il baise comme une bête (littéralement). Et ça, il le fait sans gadget. Encore heureux! Il paraît qu'il y en a qui ont besoin d'un écran pour ça aussi.

P.-S. J'ai lu dans le journal la semaine dernière que les jeunes commencent à décrocher de Facebook. Grand bien leur fasse! J'espère juste qu'ils n'iront pas se raccrocher à un autre leurre et qu'ils iront baiser en pleine forêt, comme Ruben. Ou sur la table de la salle à manger. Disons que la scène, dans le roman, fait beaucoup d'effet.


P.-S. La semaine dernière, aussi, je suis tombée sur cet article sur Internet. Comme ça, les cadres de Google envoient leurs enfants dans une école où on enseigne avec un tableau noir, de la craie, des cahiers et des crayons. Pas d'ordis, mais de vraies encyclopédies en papier. Il me semble que ça doit vouloir dire quelque chose.

jeudi 19 décembre 2013

La face cachée du «tout petit» délai de neuf mois

Le blogue fera relâche pendant le congé des fêtes. Avant de nous taire pour célébrer en famille, nous vous offrons un dernier billet cette année. Un très court billet. Enfin!

Dans la réglementation envisagée par le gouvernement du PQ, on prévoit qu'après un délai de neuf mois, les détaillants pourront faire un rabais supérieur à 10%. 

Pour comprendre l'impact de cette mesure, laissez-moi vous décrire le marché du livre best-sellers.

Tout d'abord, il faut que vous sachiez que la très grande majorité des livres qui se retrouvent chez Costco y arrivent en même temps qu'en librairie. Les livres y sont en vente pour une durée allant de trois semaines et trois mois. Rarement plus.  Après ça, les exemplaires invendus sont retournés au distributeur. Rares sont les auteurs assez chanceux pour avoir vu leur livre neuf mois chez Costco. Il y a peut-être Anne Robillard, parce qu'elle en avait toute une série. À part de ça? Il ne me vient aucun nom.

Quant à Walmart et aux pharmacies, les romans y sont trois mois, le temps qu'arrivent d'autres nouveautés qui prendront leurs places sur les tablettes. Là aussi, les livres invendus sont retournés au distributeur.

Qui tient donc en stock les best-sellers? Les libraires. Et nous leur en sommes reconnaissants et nous les aimons beaucoup. Sans eux, nos livres seraient introuvables trois mois après leur sortie.

Maintenant vous connaissez un peu mieux le marché, revenons à la loi. 

Pouvez-vous  me dire qui pourra appliquer une réduction supérieure à 10% sur les livres? 

Réponse: Les libraires, parce que ce sont les seuls à avoir encore en magasin des livres qui datent de neuf mois. Mais les libraires comptent justement sur le prix réglementé pour se refaire une santé financière. Auront-ils les reins assez solides pour gruger dans leur marge de profits comme le font en ce moment Costco et compagnie afin d'offrir des livres au rabais? Permettez-moi d'en douter.

J'ai bien peur qu'advenant la loi, il n'y aura plus de rabais supérieur à 10% sur les livres. À aucun moment. Ni chez Costco, ni chez Walmalt, ni en librairie. Le délai de neuf mois à lui seul va forcer le consommateur à toujours payer le plein prix. Moins 10% dans le meilleur des cas. 

Sur ce, nous vous souhaitons un très joyeux Noël et espérons vous retrouver en 2014.

La Doyenne, la Sorcière et le caniche

p.s. Si vous avez envie de voir à quel point l'information que vous recevez au sujet du prix réglementé est biaisée, allez sur Wikipédia et comparez l'article en anglais Fixed book price agreement (6 pages) avec l'article en français Prix unique du livre (4 pages).  Vous serez à même de constater que si l'article en anglais présente les deux côtés de la médaille, c.-à-d. les effets positifs d'une réglementation du prix du livre et ses effets négatifs, la version française, elle, ne présente que les aspects positifs. 

lundi 16 décembre 2013

Ces commerces qui auraient dû crever




Avant de vous parler de livres aujourd'hui, je voudrais d'abord vous présenter Jackie. Comme vous pouvez le voir juste en regardant la photo, Jackie est une artiste. C'est aussi une restauratrice. Je prends un moment pour vous parler de son commerce parce qu'il aurait dû disparaître il y a longtemps.

Le Café the Singing Goat a ouvert ses portes en 2010 à la limite de la partie pauvre du centre-ville et du quartier ouest (aussi pauvre), à Sherbrooke. À l'époque, c'était le seul restaurant végétarien en ville. Il était ouvert presque tous les jours et presque toute la journée. Il offrait une nourriture de grande qualité, mais opérait à perte.

Au fil des mois, la propriétaire a ajusté le tir. Elle a réduit ses heures d'ouverture en fonction de la clientèle. Elle a réduit aussi le nombre de plats au menu. Elle a maintenu la qualité cependant. Les clients savent, quand ils vont au Goat, que tout ce qui pouvait provenir de culture locale provient de culture locale et qu'une grande partie des aliments sont bio (dont le beurre). Jackie a aussi révisé ses prix à la hausse pour pouvoir continuer d'acheter la même qualité de produits sans descendre dans le rouge. Jackie a un charme fou et c'est une créatrice. Elle a donc développé son restaurant à son image. Le menu, écrit sur un tableau noir, comporte quelques fautes et quelques maladresses syntaxiques. Normal, Jackie est anglophone (née ici de parents nés ici).  C'est vrai qu'on paie plus cher pour dîner chez elle que dans bien des restaurants en ville. Et pourtant, les clients sont au rendez-vous. D'ailleurs, ne pensez pas avoir une table à midi si vous arrivez sans réservation. Tentez plutôt votre chance à 13h.


Je vous présente maintenant Sam, du Tassé, café de quartier.

Sam a ouvert ses portes un peu après Jackie, dans l'est de Sherbrooke, un quartier ouvrier où les gens ont l'habitude de fréquenter le Tim Hortons (qui se trouve à un pâté de maisons de là).

Son resto non plus n'aurait pas du survivre parce que Sam sert des assiettes soupe-panini-salade, des pâtisseries, du café et du chocolat chaud. Ses prix sont pas mal plus élevés que chez Tim Hortons. La raison de son succès est simple: Il utilise des produits de première qualité. Tout y est excellent, de la garniture des paninis au chocolat chaud fait avec du vrai chocolat noir en passant par ses grains de café, moulus sur place. Sa tarte aux pacanes et sucre d'érable et ses scones n'ont rien d'un beigne ou d'une brioche bon marché. Et Sam a aussi créé un restaurant à son image.

Le commerce de Sam est ouvert cinq jours semaine. Et il y a toujours du monde. Comme Jackie, Sam anime la place. Les étudiants viennent y faire leurs travaux, les nouvelles mamans s'y rencontrent avec leur bébé, les tricoteuses viennent y tricoter en jasant de tout et de rien. Et il y a même  une diseuse de bonne aventure le mercredi après-midi. Sam connaît ses clients par leur nom et, comme un barman d'expérience, il connaît les habitudes de chacun.

Pourquoi je vous parle de ça sur un blogue lié à l'écriture? Parce que Jackie et Sam opèrent des commerces qui auraient dû crever. En restauration, les investissements de départ sont astronomiques, les risques de se planter sont élevés, les pertes sont énormes et les marges de profits, minimes.

Qu'est-ce qui explique le succès du Café the Singing Goat et celui du Tassé, café de quartier? On y sert de la nourriture de qualité, en lien avec une certaine philosophie, mais en plus, les propriétaires ont fait d'une visite en ces lieux une expérience.

Vous me voyez venir?

Dans son édition d'octobre, la revue Books avait un encadré sur le regain de vitalité chez les libraires américains. Étant donné que la revue est difficile à trouver, je vous copie le passage ici.

« Le déclin accéléré du nombre de librairies indépendantes aux États-Unis s'est interrompu en 2010, année où la tendance a commencé à s'inverser. Le solde net des fermetures et créations est devenu positif : +9 en 2010, +163 en 2011, +77 en 2012. Dans la même veine, le chiffre d'affaires des  enseignes indépendantes a augmenté de 8 % en 2012. L'on voit à présent des magasins accroître la surface de leurs rayonnages, quand ils n'ajoutent pas un étage. Dans certaines villes, on ne trouve plus de succursale de grande chaîne, mais uniquement un libraire indépendant. Et l'on voit de plus en plus de jeunes choisir la profession. Parallèlement, la fermeture de la chaîne Borden a profité à Barnes and Nobles dont l'activité libraire est rentable et qui a annoncé l'ouverture de cinq nouveaux magasins en 2013.

Cette évolution positive traduit plusieurs phénomènes. Il y a le mouvement “buy local” qui concerne également d'autres produits que le livre. Mais, comme l'observe Daniel Raff, professeur de management à la Wharton Business School cité par le New Yorker, de nombreux acheteurs ont compris que le libraire vous aide mieux qu'Internet à découvrir des livres intéressants dont vous n'avez pas entendu parler. Une étude récente du Codex Group a d'ailleurs montré que se rendre dans une librairie reste le moyen habituel de trouver de nouveaux livres. Qui plus est, l'attachement au livre papier reste extrêmement fort, souligne la même étude : 97 % des Américains qui lisent des e-books disent tenir infiniment au papier et 3 % seulement des grands lecteurs utilisent uniquement une liseuse ou une tablette. D'autre part, quel que soit l'âge, les Américains préfèrent le papier à l'écran pour la lecture “sérieuse”. De fait, selon une autre étude, l'écran favorise un survol plus superficiel. Enfin, de nombreuses librairies indépendantes ont su diversifier leurs activités, en ouvrant un café, voire un restaurant, et vendent d'autres produits. Certains se sont mis à vendre des e-books et des liseuses. L’un d'entre eux est même devenu éditeur de science-fiction. »

Quand j'ai lu ça, j'ai pensé à la librairie L'Imaginaire, de Place Laurier, à Québec, un endroit spécialisé en science-fiction, fantasy, fantastique et bandes-dessinées. 

 J'aime entendre les gens raconter comment ils sont passés chez GGC, à Sherbrooke, qu'ils ont fouiné dans les livres et qu'ils ont trouvé le dernier Guillaume Musso, qu'ils se sont acheté, tant qu'à être là, des ciseaux neufs et un bel agenda, qu'ils ont aussi trouvé de beaux collants de scrapbooking et un casse-tête pour le p'tit neveu. 

Ou encore qu'ils sont allés boire un chocolat chaud chez Clément Morin, à Trois-Rivières, le samedi matin et en ont profité pour acheter et lire sur place le dernier d'Arlette Cousture parce qu'ils l'ont vu sur une table en entrant.

Ou qu'ils sont allés fouiller à la librairie Perro, à Shawinigan, en sachant que même si on y trouve toute sorte de livres, ils pourraient mettre la main sur des perles de science-fiction, de fantastique et des bandes dessinées, grâce à une association avec la librairie L'Imaginaire de Québec.

Imaginez une librairie où le libraire affiche sur sa page Facebook les nouveautés à mesure qu'elles arrivent. Imaginez un endroit spécialisé en SF ou en histoire ou en polar ou en littérature très pointue. Imaginez un libraire qui tisse des liens avec ses clients parce qu'il lit les mêmes livres qu'eux (la spécialisation facilite grandement les choses). Le client peut même jaser avec le libraire après sa lecture. Imaginer maintenant un libraire qui organise des rencontres entre lecteurs le samedi matin, qui fait venir des auteurs en lien avec la spécialisation de sa librairie et qui fait de la pub en conséquence (parce que les lecteurs ne sont pas télépathes). Imaginez qu'il y sert lui-même le café. 

Vous allez me dire que c'était comme ça dans le temps. Je vous dirai que, dans le temps, on ne trouvait pas de café en librairie et que le libraire n'avait pas besoin d'annoncer ses nouveautés étant donné qu'il tenait captifs tous les lecteurs de la ville. On y trouvait aussi toute sorte de livres, mais pas de collection exhaustive dans un aucun domaine. Et on n'y trouvait que des livres. Ces jours-là sont révolus. 

Vendredi dernier, René Hormier-Roy jasait livres avec Christiane Charette.(Vous pouvez écouter l'entrevue ICI. Cliquez sur Audio Fil) À 13:30, Hormier-Roy dit, en parlant des libraires:  «Je ne suis pas sûr que la nouvelle loi sur le prix du livre va régler leurs problèmes.» Non, une réglementation sur le prix du livre ne réglera pas les problèmes des libraires parce que leurs problèmes dépassent le prix des livres.

Se plaindre en espérant que les clients vont nous prendre en pitié n'est pas une stratégie gagnante en affaires. Il faut innover, se renouveler, se redéfinir si c'est nécessaire. Et c'est vrai qu'on doit donner les moyens aux libraires de se repositionner et de s'adapter au XXIe siècle. Le plus efficace, à mon avis, est une subvention directe. Ce sont d'ailleurs des subventions qui ont permis à Jackie et à Sam d'ouvrir leurs restaurants. 

Par la suite, cependant, le libraire doit trouver des moyens pour séduire ses clients, leur offrir plus que juste des livres parce que ça, Costco, Walmart et Amazon le font très bien et pour moins cher (Même advenant une réglementation, les livres y seront 10% moins chers.). On doit trouver une valeur ajoutée à la librairie, offrir quelque chose que le lecteur ne trouvera pas ailleurs: une expérience. 

Les restos de Jackie et de Sam prouvent que lorsque les gens sentent qu'ils en ont pour leur argent, ils ne rechignent pas à payer plus cher. 

Nous oublions trop souvent qu'un libraire est aussi un commerçant. Même que dans la chaîne du livre, c'est lui qui fait le plus gros pourcentage sur chaque livre vendu. (L'auteur reçoit 10 %, le distributeur 17 %, l'éditeur 33% et le libraire 40 %). Mais pour faire de l'argent, encore doit-il attirer ses clients dans son commerce. Et ça, ça dépend de sa créativité, de sa compréhension de la clientèle et de ses aptitudes en gestion. 

Comme le dit si bien Christine Ferrand, rédactrice en chef de Livres Hebdo, dans le numéro d'octobre de la revue Books, l'«avenir est à ceux qui se décarcassent pour aller au-devant du public, en organisant des rencontres, un coin café, un espace pour les enfants, un restaurant... voire en vendant de surcroît d'autres choses que des livres.»

Et vous, connaissez-vous des librairies dynamiques équipées pour affronter le XXIe siècle?



mardi 3 décembre 2013

C'est l'assemblée annuelle de l'Uneq en fin de semaine


Il y a trois ans, lors de l'assemblée annuelle de l'Uneq, la Doyenne s'était opposée à une motion qui réduisait le montant de la cotisation pour les membres de 65 ans et plus. On ne parlait pas ici de payer 5$ ou 10 $ de moins. La réduction était de 40$ sur 140$. Dans la salle, à part deux personnes (dont la Doyenne), il n'y avait que des baby-boomers. La motion est passée comme une lettre à la poste. C'était à prévoir; tout le monde aime se voter une diminution de cotisation ou une augmentation de salaire. Si au moins cette diminution de cotisation avait été basée sur le nombre d'années cotisées! Mais non! Stanley Péan avait fait valoir que même au cinéma, on offrait des rabais pour les personnes de 65 ans et plus. La Doyenne avait eu beau lui expliquer qu'une union n'était pas un commerce, qu'elle devait rendre les mêmes services à tous ses membres et que réduire la cotisation des membres les plus âgés sous le seul prétexte qu'ils sont nés avant était discriminatoire, ça n'a servi à rien. La Doyenne avait donc souligné que la grande majorité des membres de l'Uneq faisait partie de la même génération, les baby-boomers, et qu'ils profiteraient très vite de cette mesure tandis que les plus jeunes, trop peu nombreux et trop souvent absents pour contrebalancer le poids de leurs aïeuls seraient les seuls à payer le plein tarif. Dans ces conditions, l'Uneq deviendrait vite déficitaire puisqu'elle devait continuer de rendre les mêmes services à tout le monde. Réponse de Stanley Péan: « Quand on sera rendus là, on votera une augmentation de cotisation». Pensez-vous vraiment que les gens se votent une augmentation de cotisation aussi facilement qu'une diminution de cotisation?
Il y a deux ans, la Doyenne et moi étions présentes à Montréal pour l'assemblée annuelle de l'Uneq. Figurez-vous donc que lorsqu'il fut l'heure de l'assemblée, il n'y avait pas quorum. Il a fallu aller chercher des membres en taxi pour que l'assemblée ait lieu.
Pourtant, année après année, des écrivains chialent contre l'Uneq, répétant qu'elle ne les représente pas comme elle le devrait.
Pour éviter que d'autres événements de ce genre se reproduisent, ramenez vos fesses à Montréal en fin de semaine. Et dites à vos représentants ce que vous avez sur le cœur au lieu de ressasser vos frustrations via les blogs ou Facebook. La réunion est à 13h, ce samedi, à la Grande Bibliothèque. 
On sera là, la Doyenne et moi.
Au plaisir d'y discuter en personne.

vendredi 29 novembre 2013

La niaiserie d'un reportage de Radio-Canada

Radio-Canada a mis cette capsule en onde dimanche:  La précarité financière des auteurs québécois. 

J'ai un malaise avec ce qu'on dit ici du milieu littéraire. De toute évidence, ce journaliste ne sait pas de quoi il parle parce que si on est dans le milieu depuis le moindrement longtemps, on voit qu'il n'a pas approfondi son sujet avant de faire son reportage.

«Au-delà de l'aspect festif du Salon du livre de Montréal, il y a ces écrivains qui vendent mille, deux milles exemplaires de leur roman s'ils sont chanceux et qui reçoivent des redevances. Trop peu disent certains, mais c'est suffisant au niveau des redevances disent les éditeurs que nous avons rencontrés. Le débat est lancé!» Quelle niaiserie, quand même! Tout le monde se trouve toujours trop peu payé et trouve toujours qu'il paie trop. Cette vérité de La Palice ne s'applique pas qu'au monde du livre.

 «Considérant le nombre d'heures passées à écrire, la plupart des auteurs sont loin de gagner le salaire minimum.» J'espère bien! Si on payait les écrivains à l'heure, tout le monde prendrait vingt ans pour écrire un roman. Voyons donc! Le roman prend le temps qu'il prend. Ça diffère d'une personne à une autre, d'un livre à un autre. Il n'y a pas de standards du temps requis pour écrire.  

«Le Salon du livre nous montre des écrivains tout sourire, mais plusieurs en arrachent.» C'est vrai qu'il y a des écrivains pauvres, mais ils ne le sont pas pour les raisons présentées ici. Ils le sont, règle générale, parce que leurs livres se vendent peu. S'ils n'arrivent pas à joindre les deux bouts avec 10%, ils n'y arriveront pas davantage avec 12 ou 15%.  Il faut savoir qu'il y a trois facteurs qui influencent les redevances d'un écrivain. 1. Le pourcentage de redevances (habituellement 10% du prix du livre). 2. Le prix du livre lui-même (entre 20$ et 30$ pour un roman adulte). 3. Le nombre de livres vendus (la moyenne étant de 800 exemplaires par livre au Québec).

Le calcul est simple. Si la moyenne représentait un auteur réel, ça donnerait ceci:
 10% de 30$ (pour les romans les plus chers) X 800 livres vendus = 2400$.

Dans la réalité, il y a des auteurs qui vendent 80 livres et d'autre qui en vendent 50 000. La moyenne dont il est question dans ce reportage ne représente pas un auteur moyen. Il s'agit juste d'une vue de l'esprit.

De plus, en aucun cas il ne s'agit de salaire annuel parce que personne (à part peut-être ce journaliste) ne pense que l'auteur travaille 40 heures/semaine sur son roman pendant un an.

 «Le revenu annuel médian d'un écrivain québécois est de 2450$» S'il y avait vraiment des auteurs pour vivre avec 2450$ par année, je comprendrais qu'on dise ça, mais dans ce cas, c'est une grossière exagération.  Un écrivain qui reçoit si peu de droits d'auteur a une autre job et donc un autre salaire. Si ce n'est pas le cas, il a besoin de se faire soigner parce qu'il est suicidaire.

Comme le dit Michel Vézina, l'auteur a 10% de redevances parce qu'il y a une grosse machine derrière lui. S'il en veut davantage, il peut s'autopublier sur papier ou sur Internet. Dans le monde d'aujourd'hui, c'est plus facile que jamais. Sauf qu'il devra alors assumer les coûts de révision (s'il veut faire un bon travail), de production, de diffusion et de promotion. Et pour réussir à vendre des livres, qu'ils soient en papier ou numérique, il faudra mettre le paquet en promotion ce qui coûte beaucoup d'argent.

Avis aux intéressés: «Si on veut se mettre riche dans la vie, faut pas faire des livres.» dixit Michel Vézina. Je dis à peu près la même chose dans mes billets sur l'écrivain et l'argent quand j'explique que l'écrivain qui veut vivre de sa plume doit faire vœu de pauvreté. Après, quand l'argent rentre, on se trouve riche. Mais il faut avant tout savoir dans quoi on s'embarque. Et il faut en assumer les conséquences. La précarité financière qu'on dit si terrible, c'est le prix que l'écrivain paye pour avoir la liberté de créer. Point à la ligne. Et que je n'en voie pas un s'en plaindre. Faire pitié en affaire, c'est jamais winner.

p.s. Les éditeurs étaient bien furieux (on les comprend) de passer ici pour les méchants qui ne veulent pas payer les pauvres auteurs. Voici deux réactions sur le blogue de l'ANEL (Association nationale des éditeurs de livres)


2. Le rôle de l'éditeur.

Et vous, vous en avez pensé quoi de ce reportage?


mercredi 27 novembre 2013

Retour du Salon du livre de Montréal

Pour clore cette édition du Salon du livre de Montréal, nous avons pensé écrire chacune de notre côté nos impressions. 

Voici donc les impressions de la Doyenne:

Incidents rigolos et/ou positifs du SLM 2013:

1.      Jaser avec une lectrice et la voir déposer un roman sur ma table en me disant: «C'est grâce à vous si j'ai osé écrire et publier.» Ce roman, elle me l'offrait parce que c'était le sien. Toutes mes félicitations à Marie-Claude Guy pour son roman La baie des souvenirs. Je te souhaite la bienvenue dans le milieu.

2.      Se faire payer une bière par un auteur «littéraire» qui veut que je lui explique comment je fais pour écrire des livres qui se vendent et réaliser qu'il ne me croit pas quand je lui dis que je n'en ai aucune idée, que j'écris ce que j'aime avec ma plume à moi et qu'il n'y a pas d'autre truc. Oh que j'avais du fun!

3.      Entendre des auteurs répéter qu'ils suivent et aiment notre blogue et/ou la page Facebook Nouveautés québécoises.

4.      Être courtisée par un autre éditeur que le mien pendant une séance de signatures. C'est bon pour l'ego.

5.      Déjeuner pendant deux heures samedi matin avec une écrivaine qu'on connaît depuis longtemps et avec qui on se découvre plein de points communs. C'est le fun les Salons du livre!

6.      Être reçue à souper le samedi soir par une amie auteure de Montréal qui me sert du caviar à l'apéro, du foie gras en entrée, du confit de canard comme plat principal, des fromages, une tarte fraises et crème en dessert et revenir à l'hôtel ivre de bons vins à 1h30 du matin. C'est VRAIMENT le fun les Salons du livre.

7.      Avoir mon éditeur pour moi toute seule pendant deux heures d'affilée. Pincez-moi, je rêve.

Incidents déplaisants du SLM

1.      Être sollicitée par une auteure qui veut des conseils, mais qui exige que j'adapte mon horaire au sien. Mauvaise approche. Ne jamais oublier qui a besoin de qui.

2.      Jaser avec un auteur qui veut écrire des livres que les gens vont aimer et qui me dit, d'emblée, qu'il ne lit pas. Ça part ben mal.

3.      Ne pas réussir à me trouver un sandwich convenable de tout le SLM. Il me semble que servir des repas rapides et mangeables, dans un événement comme celui-là, avec tous ces gens qui n'ont qu'une heure ici et là pour manger, ce n'est pas un luxe.

4.      Je sais pas vous, mais il me semble qu'il y avait moins de monde que d'habitude au Salon du livre de Montréal. En tout cas, j'ai acheté plusieurs livres et je n'ai dû faire la file nulle part en trois jours.

5.      Avoir manqué le party Off-Salon à cause de l'incident positif numéro 5

Et voici les impressions de la Sorcière

     -Le bonheur : Jaser avec tous plein de collègues qu’on n’a pas vus depuis des mois parce qu’on était en période intense d'écriture. Souper ou prendre un verre avec certains pour partager anecdotes et fous rires, mais aussi pour discuter de l’univers bien particulier de la littérature. Faire la connaissance d’autres écrivains avec qui on se découvre beaucoup d’affinités. C'est pour ça que j'aime autant les Salons du livre!

     -La dédicace bizarre : J’ai signé directement sur la peau de quelqu’un pour la première fois de ma carrière. Je précise que c’était sur un bras pour ceux qui auraient l’imagination encore plus fertile que moi…


     -Le p’tit velours : Le fan qui fait le voyage depuis Québec pour venir me saluer. C’est pas pour rien que c’est un de mes chouchous!


    -La surprise : Vendre tout plein de Filles de Lune, mais surtout des tomes 1.  Presque 6 ans après la première apparition de la série sur les tablettes, ça se prend drôlement bien!



    -La raison la plus étrange pour ne pas acheter mon p’tit dernier :  «J’achète les Tabous dans l’ordre pis j’en suis rien qu’au 13e. . Y’en a encore 5 avant vous, madame… » J’avoue que je la ris encore.


    -Et la raison la plus évoquée : «Ah non, je ne veux pas un livre qui va me faire brailler… » Je vous comprends. Et pour ceux qui osent le lire quand même, merci de m’avouer que vous avez versé une larme (ou plusieurs). Ça veut dire que j’ai réussi à transmettre les émotions des personnages, à vous faire vivre l’histoire avec eux, à vous toucher. Pour l’auteure que je suis, c’est tout un compliment.


    -La tape dans le dos qui donne envie de continuer à écrire : Se faire demander non pas une, mais bien des dizaines de fois, quand est-ce que je vais écrire une nouvelle série de fantasy parce que vous avez vraiment hâte. Ne désespérez pas, ça s’en vient! :)

    -L’incompréhension : Faudra un jour qu’on m’explique pourquoi certaines personnes ont tant besoin de dire à un(e) écrivain(e) qu’elles n’ont pas aimé son livre. Après une trentaine de salons, j’avoue que c’est le genre de remarques qui ne m’affectent plus vraiment. (On s’habitue à peu près à tout). Par contre, j’ai vu de jeunes auteur(e)s qui l’ont pris durement. Un p’tit peu de diplomatie, ça serait apprécié.

    -La niaiserie que je n’aurais jamais crue possible : Un lecteur hésite avant de me présenter deux tomes de Filles de Lune qu’il a achetés d’occasion, s’excusant de ne pas avoir eu les moyens de tous les acheter neufs. Il me dit même que je peux refuser de les dédicacer si je veux. Devant ma surprise – parce que je ne vois vraiment pas pourquoi je ne voudrais pas signer ses livres–, le pauvre lecteur me raconte qu’il vient de se faire sermonner pendant de longues minutes par un auteur à qui il avait aussi présenté un livre acheté usagé. Ben voyons donc! Comme si un salon du livre était la place pour se lamenter sur le statut précaire des écrivains, pour faire la leçon sur les habitudes d’achat des gens ou que sais-je encore. Le lecteur vient te voir parce qu’il a aimé ton livre. Tu jases avec lui de sa lecture s’il le souhaite, tu signes le bouquin avec le sourire, pis tu le remercies aussi.  Parce qu’il t’a choisi parmi quelques 1500 auteurs présents, cibole!!!!!!! Trouve un autre moment pour chialer.

    -Rappel qu’il est difficile de «durer» dans ce milieu : L’an dernier, ma fille avait acheté les trois premiers tomes d’une série. Elle avait fait la file un long moment pour avoir ses dédicaces, les auteurs étant TRÈS en demande. Elle se présente cette année au kiosque de la maison d’édition pour le 4e tome et la personne responsable lui répond qu’elle ne connaît même pas la série. Il n’y a pas non plus un seul exemplaire des trois premiers tomes sur place. 

     Et vous, quels sont vos moments forts du dernier Salon du livre de Montréal?