mercredi 28 janvier 2015

Des nouvelles de la sorcière

Un p’tit billet, ce matin, pour vous présenter une des principales raisons de mes rares présences sur ce blog au cours de la dernière année…

Tadam !  






Dans deux semaines, soit le 11 février prochain, le premier tome de ma nouvelle série arrivera en librairies. Après une longue absence de trois ans dans le merveilleux monde de la littérature fantasy, je suis de retour avec une histoire de trésors pirates, de mondes parallèles, d'hybrides capables de contrôler des espèces mythiques et surtout... des sorcières d'un genre bien particulier. ;)

Je vous laisse donc avec le résumé de la quatrième de couverture et je retourne à mon manuscrit du deuxième tome, prévu pour l'automne prochain ! 

Enfant, Sax devait être sacrifié pour protéger le passage entre son monde et un autre. Sauvé de la mort par une sorcière, il devient le pirate le plus recherché des mers d’Alstrass. Mais l’ampleur de ses pillages et la renommée qui l’accompagne ne suffisent pas à lui faire oublier son désir de vengeance. Pour l’assouvir, il dissimulera sept trésors et créera sa propre légende.

Près de trois siècles après la mort du pirate, en dépit d’une carte accessible à tous, les butins narguent toujours les chasseurs de trésors. Ils ne peuvent être retrouvés qu’avec l’aide de Kaléïdes, des humains nés d’hybrides et possédant le don de contrôler certaines espèces animales. Et ces êtres sont aussi rares que convoités.

Élevé loin de la civilisation, Maksim croit pourtant tout connaître des humains comme des hybrides. Téméraire, il n’a peur de rien et rêve d’être navigateur pour sillonner les océans à la recherche des trésors de Sax. Il est convaincu de réussir là où tous ont échoué.

Tiss craint sa propre mort, mais est fascinée par celle des autres. Elle vit en permanence avec, lovée dans son cou, une salamandre dressée pour tuer. Au contraire de Maksim, les trésors ne l’intéressent pas. Elle sait pourtant qu’un jour, on la traquera pour les retrouver.

Tous deux Kaléïdes, ils ont grandi sur des îles distinctes du plus vaste archipel d’Alstrass. Ils ne se sont jamais rencontrés et ignorent tout de leur existence mutuelle. C’est avant que Grévec, pirate obnubilé par la légende de Sax et capitaine de L’Hydre, débarque dans leurs vies… 

Pour les intéresssés, ma maison d'éditions offre le livre en prévente sur son site. Il vous sera livré le jour même de sa sortie, avec une belle dédicace en prime !  N'est-ce pas génial comme promo ? :)

Au plaisir de vous retrouver ici ou sur Facebook !


lundi 19 janvier 2015

Mon réviseur, mon ego et moi


Imaginez 300 pages de ce genre-là!

Pour certains auteurs, c'est lire le rapport de la direction littéraire qui est le plus difficile. Dans leur cas, ce que je décris dans ce billet s'applique au directeur littéraire.

Pour d'autres, comme moi, le plus dur consiste à passer au travers d'un manuscrit barbouillé d'un bout à l'autre de commentaires et de corrections, c'est-à-dire constater le travail que mon réviseur a fait sur mon roman.

Quand arrive ce passage obligé vers la publication de mon manuscrit, mon ego souffre.

Par bonheur, depuis que VLB éditeur est passé à l'ère du numérique, je n'ai plus à m'arracher les yeux pour déchiffrer ce qui est griffonné dans la marge. Jusqu'à Yukonnaise, chez mon éditeur, on travaillait sur papier, avec crayon de plomb et stylo rouge. Avec une correction au plomb, il y avait toujours moyen de moyenner. Avec le rouge, jamais.

Aujourd'hui, on travaille en «suivi des modifications» dans Word. Petit miracle de la technologie, cette fonction du logiciel permet d'écrire lisiblement des commentaires dans la marge et de corriger les erreurs directement dans le texte. Une belle avancée technologique.

C'est pas mieux pour l'ego, cependant.

Comme l'a dit un jour un éditeur de mes amis, matcher un auteur avec un réviseur relève d'une épreuve olympique. Quand on forme enfin un couple qui se comprend et qui s'aime (Oui, oui! C'est important l'amour, ici.), on fait le max pour que ces deux-là travaillent ensemble le plus longtemps possible.

Ça fait deux romans que je suis en amour avec mon réviseur, même si c'était pas le même réviseur pour les deux romans. Le bonheur, pour moi, consiste à lire les commentaires et à m'écrier :

— Ouiiiiiiiiiiii!!! Il a compris ce que je veux dire!

— Yéééééééééé!!! Il a compris comment j'écris!

Je me pâme comme ça pendant une semaine et j'accepte presque toutes les suggestions de mon réviseur.

Je n'ai toutefois pas toujours été aussi enthousiaste devant mes textes révisés. Il y a eu des romans dans ma vie où j'avais juste envie de me rouler en boule dans un coin pour pleurer en me répétant à quel point j'étais poche puisque mon réviseur avait écrit partout partout pis réécrit partout ailleurs comme si c'était encore possible d'en rajouter une couche.

Voyez-vous, mon ego, il est comme tous les ego. Il n'aime pas qu'on lui dise :

— Tu as fait une faute ici, une autre là, une troisième ici!
— T'as pas le droit d'écrire ça.
— Ce mot-là est un anglicisme. En français on dit...
— Cette formulation-là est calquée sur l'anglais, en français il faut écrire...
— Trop lourd. Reformuler.
— Confus. Reformuler.
— Se lit mieux de cette manière-ci.
— Se lit mieux de cette manière-là.
 Etc.

Mon ego, quand il ouvre le fichier de réviseur, il monte aux barricades. Dès la première correction, il fourbit ses armes en criant : T'as rien compris!

Mais voilà. Mon ego, c'est pas lui l'écrivain. Mon ego, c'est l'animal persuadé qu'il est bon, qu'il est fin et qu'il est capable tout seul. Et il est convaincu qu'il a raison pis que les autres sont dans le champ.

Comme écrivain à l'ego blessé, donc, j'ai longtemps pleuré en lisant les corrections de mon réviseur et je sais maintenant qu'il s'agissait de souffrance inutile pour deux raisons.

1. Souvent, le réviseur n'était pas fait pour moi. Vous savez, j'écris dans une langue très simple des textes qu'on peut lire à voix haute. J'insiste pour que le rythme respecte ma musique interne, celle qui hypnotise le lecteur. Si vous m'associez un réviseur un tantinet trop littéraire (ou persuadé qu'il aurait écrit ce roman mieux que moi), on ne s'entendra pas. 

2. J'ai compris que l'inspiration est peut-être divine, mais que le canal, lui, est faillible. (Je pense que c'est Victo Hugo qui a dit ça.)

Je sais jusque dans mes tripes que les histoires et les images qui naissent dans ma tête sont merveilleuses. Pour moi, elles sont claires, mais elles ne le sont pour personne d'autre parce qu'il n'y a pas de mots dessus. Il n'y a que l'esprit de l'image ou l'esprit de l'histoire. Pour les rendre accessibles aux autres, il faut les mettre en mots. Je deviens donc le canal par lequel ces images et ces histoires seront communiquées au Monde. Et là, mesdames et messieurs, il y a de l'obstruction. Il y a des parasites. Ça griche et ça distorsionne. Je suis faillible parce que je suis un être humain. Je n'ai pas tous les talents et j'ai des faiblesses à n'en plus finir.

L'expérience m'a rendue meilleure pour traduire sur papier ce qui s'agite dans ma tête. Je dis meilleure et non pas parfaite. Je ne pense pas qu'on puisse rendre à la perfection ce qui bouillonne dans l'esprit créateur. C'est insaisissable. Il y a trop de mouvements, et les angles sont arrondis au point qu'on ne sait par quel bout prendre l'idée.

Et mon ego, là-dedans? Ben j'ai appris au fil des ans à le faire taire en lui servant un argument béton:  Si mon réviseur n'a pas compris, mon lecteur ne comprendra pas non plus.

Bref, le travail du réviseur (et du directeur littéraire), c'est de rendre accessible au public visé les bijoux nés de l'imagination de l'artiste. Il n'est pas un ennemi et il n'est pas un supérieur. On travaille ensemble parce que deux cerveaux valent mieux qu'un dans ce domaine.

Quand chacun a saisi ça, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et moi, par la suite, au moment d'ouvrir des bulles, je ne le fais plus avec le soulagement qui suit un calvaire, mais avec la satisfaction du travail bien fait.


mardi 6 janvier 2015

Deux solitudes



Il y a plusieurs années, quand j'enseignais le français dans une école anglaise de Québec, j'ai fait l'expérience des deux solitudes canadiennes. À la télé, un soir de semaine, on présentait Marguerite Volant. (Wikipédia dit que c'était en 1996. Je le crois sur parole.)

Dans ma famille, dans ma belle famille et dans mon cercle d'amis, on regardait ça religieusement. Quand je rentrais au travail, cependant, quasiment personne ne savait de quoi il s'agissait. Seules les deux autres profs de français et une enseignante d'anglais francophile pouvaient en jaser avec moi. Quatre personnes sur quarante membres du personnel regardaient l'émission qui rivait le reste de la province à son petit écran. Ça, mesdames et messieurs, ça s'appelle sentir de près les deux solitudes. Mes Anglos et moi, on ne regardait pas les mêmes canaux à la télévision. On ne lisait pas les mêmes journaux. Et on n'écoutait pas les mêmes postes de radio.

J'ai revécu une expérience similaire avec Jian Gomeshy. Bon. Je ne jaserai pas ici de ses pratiques sexuelles et de leurs conséquences — Facebook l'a assez fait — sauf que l'automne dernier, les Québécois francophones ont découvert cet animateur de radio pourtant célèbre partout dans Canada anglais. Il est même venu à Québec il y a deux ou trois ans dans le cadre d'une tournée de promotion pour son dernier livre. Des amis y étaient. Des Anglos, évidemment.

Cette expérience des deux solitudes culturelles m'est revenue à l'esprit quand la Sorcière m'a envoyé ce lien du journal Le Devoir. Émilie Folie-Boivin, journaliste surtout littéraire, n'avait jamais entendu parler de Louise Tremblay-D'Essiambre. Une des auteures les plus lues au Québec en ce moment était passée sous le radar de quelqu'un qui se dit au fait de ce qui s'écrit au Québec. Mmm...

Le Devoir, pourtant, parle de Louise Tremblay-D'Essiambre chaque semaine... dans le petit carré réservé au palmarès Gaspard. Les romans de Louise s'y maintiennent depuis des années.  

Ça m'a rappelé un incident qui s'est produit au Salon international du livre de Québec en avril dernier. Un auteur littéraire essayait de me convaincre que Sam, de François Blais, publié à l'Instant même, était un gros vendeur au Québec. La suite de notre conversation:

Moi: Ça ne se compare quand même pas aux romans de Louise Tremblay-D'Essiambre!

Lui: C'est qui, celle-là?

Fin de la conversation.

Cette ignorance du monde du livre n'est pas à sens unique. En fin de semaine, la librairie Port de tête a publié sur internet la liste de ses meilleurs vendeurs pour 2014. Sur cinquante auteurs, je n'en connais que six. Et de nom seulement. C'est pas compliqué, je n'ai pas lu un seul des ouvrages sur cette liste. Et pourtant je lis! Et des écrivains, j'en connais! Ça fait douze ans que je suis dans le milieu. Je n'ai pas manqué un seul Salon du livre de Montréal. Et seulement un Salon du livre de Québec. J'ai été partout en région sauf à Rimouski. Des bières, des repas, des cafés avec des écrivains, j'en ai pris treize à la douzaine. Et pourtant, je ne connais pas 90 % des auteurs sur cette liste.

Le roman dit littéraire et le roman populaire occupent pourtant le même espace géographique. Comme les Anglos et les Francos. Sauf qu'entre les deux, il y a une différence culturelle qui ressemble à une épaisseur de glace.


Deux solitudes, je vous dis. 

jeudi 18 décembre 2014

Laska, viens mettre ta laisse, on va travailler!


Crédit photo: Sabrina Carrier


Comme je l'ai déjà dit sur ce blogue, si j'ai adopté sir Lancelot il y a douze ans, c'était que je trouvais difficile de me motiver pour sortir marcher l'hiver.  La marche est pourtant essentielle pour l'écrivain. Pour l'écrivaine que je suis, en tout cas! Je peux quitter la maison sans savoir sur quoi j'écrirai à mon retour, mais au fil des kilomètres les idées viennent. Et quand je rentre, je m'assois pour travailler trois ou quatre heures. Tout est là, né de la marche et du grand air.

Quand j'ai adopté Lancelot, j'avais choisi exprès un gros chien qui avait de l'énergie. Vous savez, quand le chien ne tient plus en place dans la maison, son maître (sa maîtresse, dans le cas présent) comprend qu'il faut sortir marcher.

Vous le savez sans doute, sir Lancelot est mort au début de septembre. Il a laissé dans ma vie un vide tellement grand qu'aucune activité n'arrivait le combler. Alors j'ai fouillé sur internet, j'ai fait des téléphones et puis... Voilà!

Princesse Laska est arrivée chez nous il y a un mois. Baptisée ainsi en l'honneur de la chienne de Lévine, mon personnage préféré dans Anna Karénine, Princesse Laska porte une robe particolore (noir, blanc, gris et un peu de brun). C'est un caniche royal qui a de l'énergie quelque chose de terrible. Elle devrait rejoindre Lancelot, côté poids, une fois adulte, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais par-dessus tout, elle est juste craquante. Tout le monde aime Laska. Les passants croisés dans la rue se penchent pour la caresser. Les automobilistes s'arrêtent pour me demander la race de mon chien. La visite ne tarit pas d'éloges, les voisins non plus.

Bon. Elle aime mâchouiller les chaussures et déchiqueter les papiers. Mais comme elle adore marcher, on lui pardonne ces deux petits défauts. (Comprendre ici qu'on range nos bottes dans le garde-robe et qu'on évite de laisser traîner le courrier.) 

Vous savez, Laska partait avec deux prises étant donné le lien extraordinaire que j'avais développé avec Lancelot. Elle a pourtant réussi à gagner mon affection en quelques jours. Je l'adore! Et mon chum n'en revient pas de voir que notre relation, pourtant toute nouvelle, se développe avec autant de complicité.  

C'est donc avec Laska que j'écrirai mes prochains romans. Je vous laisse nous imaginer, tapant à deux mains et deux pattes sur le clavier. (Parce que ça arrive pour de vrai!)

Je profite de ce dernier billet de l'année pour vous souhaiter, en mon nom et en celui de la Sorcière, un très joyeux Noël et une année 2015 remplie de lectures et d'écriture.

32 194 fois merci pour vos visites!


jeudi 20 novembre 2014

En fin de semaine, j'achète un livre de La courte échelle au Salon du livre de Montréal





Vous ne me verrez pas souvent relayer une info venue de l'Uneq puisque, comme chacun le sait, je ne suis plus membre.

De plus, vous ne me verrez pas souvent faire la promotion du magasinage de cadeaux de Noël parce que je suis contre.

Mais en fin de semaine, je vais m'arrêter au kiosque 279 du Salon du livre et je vais y acheter des livres publiés par La courte échelle pour donner en cadeaux de Noël. Pourquoi je ferai ça? Parce que les auteurs et illustrateurs de La courte échelle recevront leurs redevances sur les livres vendus pendant le Salon du livre de Montréal. Juste au Salon du livre de Montréal!

Si vous avez à coeur la rémunération des auteurs et des illustrateurs, v'là votre chance de poser un geste significatif.

N'hésitez donc pas à partager cette info. Je sais pas vous, mais moi, je trouve ça pas mal plus efficace que de cliquer J'aime sur une page Facebook.

Source: http://www.uneq.qc.ca/nouvelles-communiques/des-auteurs-et-illustrateurs-de-la-courte-echelle-seront-presents-au-salon-du-livre-de-montreal/

Des auteurs et illustrateurs de La courte échelle seront présents au Salon du livre de Montréal


Montréal, le 14 novembre 2014 - L’Union des écrivaines et des écrivains québécois lance une initiative, en partenariat avec Illustration Québec, pour soutenir les auteurs et les illustrateurs de La courte échelle durement éprouvés par la faillite de la maison d’édition. Des ouvrages publiés à La courte échelle seront disponibles à la vente qui se tiendra tambour battant au stand 279
.

Avec plus d’une centaine de milliers de visiteurs chaque année, le Salon du livre de Montréal qui s’ouvre dans quelques jours est une occasion inespérée pour démontrer notre solidarité à l’endroit de ces créateurs qui nous offrent une littérature de grande qualité et qui ont donné à La courte échelle l’essor extraordinaire qu’elle a connu. Nous tenons à souligner que les auteurs recevront leurs redevances pour chaque livre vendu.

C’est donc un rendez-vous au stand 279 pour le grand public et les lecteurs assidus désireux d’exprimer de vive voix leur appréciation pour cette fabuleuse aventure de La courte échelle.

Des séances de signature seront organisées. L’horaire de ces séances sera annoncé sur le site du Salon du livre de Montréal, de l’UNEQ et d’Illustration Québec, et sera relayé sur les réseaux sociaux.

Le stand 279 sera à coup sûr un incontournable du Salon du livre de Montréal cette année, l’épicentre d’un mouvement de sympathie que nous souhaitons à la mesure du talent que La courte échelle nous a donné le plaisir de découvrir.

mardi 14 octobre 2014

La lectrice de Twilight

·         C'est l'hygiéniste dentaire qui vous trouve une carie lors d'un détartrage et vous sauve une dent.
·         C'est la préposée aux bénéficiaires qui vous lave les fesses après une opération.
·         C'est l'infirmière qui vous soutient pendant que vous vomissez vos tripes après une anesthésie générale et qui vous masse ensuite la bedaine pour refaire fonctionner vos intestins parce que tant que ça ne marche pas, dans ce coin-là, vous ne pourrez pas quitter l'hôpital.
·         C'est la concierge qui ramasse sans chialer le vomi à vos pieds parce que vous n'avez pas réussi à vous rendre aux toilettes à temps. (Des fois, c'est autre chose qu'elle ramasse et elle le fait également sans chialer parce qu'elle sait que vous êtes malade et que vous ne l'avez pas fait exprès.)
·         C'est la technicienne de laboratoire qui analyse votre biopsie pour savoir si cette nouvelle bosse que vous avez dans le cou cancéreuse ou non.
·         C'est votre voisine, celle qui va appeler la police si des gens entrent par effraction dans votre domicile pendant votre absence.
·         C'est votre cousine, celle qui vous serrera dans ses bras aux funérailles de votre mère.
·         C'est la comptable qui vous fait économiser de l'impôt.
·         C'est votre femme de ménage, celle qui lave votre toilette, vide vos poubelles, frotte votre évier et votre baignoire pour que vous viviez dans un monde propre, propre, propre. 
·         C'est l'éducatrice spécialisée qui s'occupe de votre petit dernier, celui qui a un grave problème d'apprentissage.
·         C'est la femme qui sert le repas à votre mère au foyer pour personnes âgées où vous l'avez installée.  C'est aussi l'autre, celle qui lui change sa couche.
·         C'est l'étudiante en génie civil qui dessinera le futur pont Champlain.
·         C'est la prof du secondaire qui, contente de sa lecture et consciente que le roman est un véritable page turner, le prête à une élève qui déteste lire. (Oui, oui, j'ai déjà fait ce genre de choses avec un roman de Reynald Cantin, interdit à l'école où j'enseignais parce qu'il y avait une scène de viol dedans. Et de la drogue aussi.)
·         C'est l'ado qui déteste lire qui lit le roman au complet. (Parce que pour développer des compétences en lecture, faut lire. Quand la jeune est rendue à 16 ans et qu'elle n'a toujours pas lu un livre au complet, il faut lui donner à lire un roman qui va la toucher, d'une manière ou d'une autre.)
·         C'est aussi l'ado qui lit à reculons et en chialant que c'est jamais bon et qui, cette fois, a lu toute la série et cherche autre chose à se mettre sous la dent. (Parce que pour donner le goût de la lecture à quelqu'un qui ne l'a pas, il faut y aller avec ses goûts, pas avec les nôtres.)

On peut juger un livre sur la qualité de l'écriture et/ou sur le message qu'il véhicule et/ ou sur la présence d'un contenu. Ça dépend de nos goûts, de nos valeurs et de l'opinion qu'on a de nous même, de nos goûts et de nos valeurs. (v. billet précédent)

Mais on ne peut pas juger la personne qui lit ledit livre. Ça la regarde. Elle, et elle seule! Comme la personne avec qui elle couche. Comme ce qu'elle mange pour dîner. Comme le sport qu'elle fait ou pas. Et comme la religion qu'elle pratique ou pas.

Un ado, c'est aussi une personne, et la job du prof de secondaire, ce n'est pas de lui donner une culture classique. Sa job, c'est d'amener chaque jeune à lire et à comprendre ce qu'il lit et, si le prof est doué et chanceux, à lui faire aimer la lecture. Seul le prof peut juger de ce qu'il faut à sa classe.  Le prof d'une école privée ou d'une école favorisée peut aller bien plus loin que le prof d'une école en milieu défavorisé. Et encore là! Chaque classe est différente parce que chaque élève est différent.

Le temps de la mise à l'index est révolu.

P.-S.: J'ai lu Twilight  pendant mon premier hiver au Yukon. La serveuse du seul restaurant ouvert achevait sa lecture et m'a prêté son livre. Ben j'avais hâte de me coucher le soir pour lire parce que Stephenie Meyer sait raconter.  Je vais vous dire, le seul bout où j'ai pogné les nerfs, c'est quand Bella arrive chez son père et que là, le bonhomme s'écrase devant la TV pendant qu'elle va à l'épicerie, fait le souper, fait la vaisselle et le ménage. Pour sa relation avec un vampire, j'ai probablement dû lire pire (ou fait pire, c'est selon) alors je n'ai pas trouvé ça ben ben scandalisant. Mais c'est vrai que j'ai juste lu le premier tome. Peut-être que ça s'aggrave par la suite. Je ne le saurai jamais. Parce que si j'ai assez aimé l'histoire pour finir le tome 1, je ne l'ai pas assez aimée pour lire le tome2.

P.-P.-S.: La lectrice de Twilight, ça peut aussi être la lectrice de 50 nuances de Grey. Sauf que la prof, qui a du jugement, n'en doutez pas, ne prêterait pas ce livre à ses ados à cause de son contenu adulte (quoi que pas assez "adulte" à mon goût à moi. ;-) )

P.-P.-P.-S.: L'auteure que je suis s'incline bien bas devant l'auteure qui a réussi à susciter autant de passion (blogue 1 et blogue 2)  chez ses lectrices. Qu'on aime ou non, Stephenie Meyer a su toucher quelque chose qui nous reste inaccessible à nous, auteurs ordinaires. N'en déplaise à certains.

vendredi 10 octobre 2014

Le mépris des masses




Il existe des chroniqueurs et des écrivains qui ont le don de me faire grimper dans les rideaux. Il y a quelques semaines, c'était le cas de Mathieu Bock-Côté, avec cette chronique du Journal de Montréal. Pour convaincre les gens qu'ils devraient lire, il citait les grands et les plus grands pour montrer comment, lui, il avait lu et lisait encore et toujours et tout le temps. Et mon doux qu'il en avait, du temps pour lire! Se donner en exemple, dans ce cas-là, ma foi, c'était probablement la pire chose à faire pour inciter à lire quelqu'un qui ne lit pas. Quelques jours plus tard, c'était Catherine Mavrikakis, avec ce texte publié sur le site Cousins de personne. Elle y dénonçait, entre autres choses, le fait que les jeunes d'aujourd'hui ne lisent plus de classique.

Pourquoi je grimpe dans les rideaux? Parce que ces lettrés (et bien d'autres!) sont déconnectés de la réalité, qu'ils vivent dans une tour d'ivoire et pensent pouvoir servir des leçons au « pauv' p'tit peup' qui lit pas ou qui lit pas la bonne affaire ». Ils me font le même effet que ces libraires français qui ont refusé de vendre le livre de l'ex-copine du président français. 

Je l'ai déjà dit sur ce blogue, je viens d'un milieu où les gens lisaient peu. Je ne parle pas de chez nous, non! Ma mère, qui faisait figure d'exception dans sa famille, nous a mis des livres dans les mains bien avant de nous donner une brosse à dents. Mais dans l'ensemble, j'ai grandi dans un environnement où les livres étaient vus comme quelque chose d'élitiste.

Ma mère possédait un secondaire 2. Mon père, un secondaire 1. Mon beau-père est allé au cégep quand j'avais déjà 10 ans. Avant, ils avaient tous travaillé à la même usine. Au Québec, dans années 1960, la majorité des jeunes sortaient de l'école tôt pour aller travailler à l'usine. C'était de même. Seuls les riches — et les plus motivés — suivaient leur cours classique. Pour les autres, c'était le marché du travail. Par la suite, au mieux, on lisait le journal. Au pire, on ne lisait plus. Et on survivait très bien.

Je suis née après et j'ai fait mon secondaire à l'école publique au début des années 1980. J'y ai lu Alexandre Dumas et un peu de Nelligan. Ça s'arrêtait pas mal là.

Au cégep, on m'a fait lire des romans du terroir, des histoires que j'ai trouvées tellement plates que ça m'a écoeurée de la littérature québécoise pendant des années. Je préférais de loin les traductions américaines et les romans historiques venus de France. D'ailleurs, autour de moi, ceux qui lisaient lisaient la même chose que moi.  

Quand Noël Audet a publié son Écrire de la fiction au Québec, il a déclaré avec que la littérature québécoise ne rejoignait pas le public québécois. Mon doux que le milieu littéraire québécois était fâché d'entendre un des grands dire une chose pareille! N'empêche qu'il avait raison. Comme j'en ai déjà parlé sur ce blogue, en 1992 et avant, au Québec, on publiait surtout de la littérature « littéraire » pour un public constitué essentiellement de littéraires (ou autres membres de l'élite).

Les rares auteurs québécois qui rejoignaient les gens ordinaires, c'étaient les Arlette Cousture, Francine Ouellette, Yves Beauchemin et Noël Audet de ce monde. Ceux-là, en fait, que la télé nous avait fait connaître avec une série tirée d'un de leurs romans. Même Québec Loisirs boudait les auteurs d'ici (à part ceux que je viens de nommer pour la raison que je viens de donner).

Mais voilà qu'en 1997, le Ministère de l'Éducation a effectué une réforme en profondeur du programme de français. À partir de ce moment-là, les élèves du secondaire devaient lire quatre romans par année. On peut qualifier la décennie qui suivit d'âge d'or de la littérature jeunesse au Québec.

Aujourd'hui, un jeune de 17 ans aura lu une vingtaine de romans le jour de sa graduation. Attention, il ne s'agit pas ici de grands classiques. On parle de romans qui, si on est chanceux, lui auront donné le goût de lire et de continuer à lire. Si on est chanceux. Si le prof est conscient de la fragilité de ce qu'il a entre les mains. Et s'il est conscient que lire, pour la majorité des gens, demande un effort. Pour certains encore plus que pour d'autres.

Chose certaine, les élèves finissent aujourd'hui leur secondaire avec de meilleures aptitudes en lecture et une culture littéraire plus approfondie que les jeunes qui ont gradué avec moi en 1985.
La littératie québécoise se porte-t-elle mieux aujourd'hui qu'autrefois? Absolument. Peut-on faire mieux? Absolument aussi.

Je suis en train de devenir allergique à ces lettrés qui nous répètent ad nauseam comment c'était mieux, dans le temps. C'était quand, ce temps-là? Quand les femmes mettaient au monde des familles de dix ou douze enfants pis que seul celui qui allait devenir curé recevait une instruction sur le sens du monde?

J'adore Bryan Perro et Anne Robillard. Et je pense qu'on devrait les remercier collectivement d'avoir fait lire nos jeunes pour le plaisir. Ces deux auteurs ont prouvé aux ados de la fin des années 90 et des années 2000 que c'était possible de trouver un livre intéressant écrit dans la langue de chez nous (ce qui fait qu'on n'avait pas besoin d'un dictionnaire toutes les trois lignes.)

Pour ceux qui ne le savent pas, je vous annonce que devoir chercher dans le dictionnaire décourage les lecteurs les plus faibles. On aime ça, nous, les auteurs, montrer qu'on a du vocabulaire. On ne réalise pas à quel point on écoeure le lecteur. On se dit « Il n'a qu'à se forcer! ». On n'imagine pas un instant qu'il peut aussi bien refermer le livre et passer à autre chose. Ce qu'il fait souvent d'ailleurs sans même une hésitation.

Si la marche est haute, la mettre encore plus haute ne servira jamais de motivateur. Au contraire! C'est assez pour convaincre bien des gens de dépenser leur argent autrement et de faire autre chose de leur temps libre.

Note à ceux qui écrivent (quel que soit le médium): Rappelez-vous toujours que mépriser le peuple qui ne lit pas ne le fera pas lire. Au mieux, il vous ignorera et vous parlerez dans le vide. Au pire, il vous méprisera et, là, vos propos auront l'effet contraire.  

P.-S.: Au début de ma dernière année d'enseignement, j'avais commencé à donner en dictée un texte de Robert Soulières. Il s'agissait d'une nouvelle de six pages sous forme de lettres que le personnage principal, en fugue, écrivait à sa famille. Il y dressait la liste de ses doléances. Au lendemain de ma deuxième dictée, le directeur m'a convoquée dans son bureau. Un parent s'était plaint du genre de texte que je donnais en dictée à mes élèves (Je vous rappelle que c'était de Robert Soulières!!!). On m'a interdit de lire la suite en classe. J'ai eu beau expliquer quel le personnage, qu'on croyait adolescent, était en fait un vieillard tanné de vivre chez sa fille, ça n'a rien changé. L'école où j'enseignais avait pour devise Le parent a toujours raison, qu'il soit doté ou non de jugement. 

Douze ans plus tard, c'est encore comme ça à ben des places. Ce texte de Foglia est passé sous mon radar parce qu'il est paru pendant que j'étais au Yukon en mars dernier. Une maudite chance pour lui parce que je lui aurais dédié tout un billet! Si je viens juste de le lire, c'est que ce texte de Foglia a forcé le programme La culture à l'école à réévaluer la pertinence des livres qui font partie du programme. Le livre dénoncé? Un roman de chez Alire qu'on a imposé en lecture obligatoire en 4e secondaire. ALIRE!!! En QUATRIÈME SECONDAIRE. Faut être tata en maudit pour douter de la qualité d'un roman de chez Alire. Et faut avoir la tête dans le sable pour penser qu'un jeune de 16 ans n'a pas vu pire (dans les télé-séries américaines, par exemple). 

Lettrés vertueux amateurs de censure, vous n'aidez pas la cause de la lecture, loin de là!

Ajout: Comme si j'avais pas déjà de quoi m'indigner, v'là une autre lettrée qui en rajoute une couche avec ce texte sur le site de L'actualité. Extrait: «... aucun chemin ne mène de Twilight à Baudelaire… S’il existait un tel raccourci, le pauvre poète se retournerait dans sa tombe !» Que d'arrogance, quand même!