lundi 6 juin 2016

Quand les médecins ont besoin d'un cours de littérature



Je vous ai déjà parlé ici d'idios kosmos et de koïnos kosmos. Vous vous rappelez, l'idios cosmos étant la réalité telle que conçue par un individu et le koïnos cosmos, la supposée réalité universelle qui, dans les faits, n'existe pas parce que nous n'avons pas accès à l'expérience de vie d'une autre personne et donc à son idios cosmos.

Dans mon idios cosmos à moi, les médecins, l'hôpital et la médecine en général, c'est sûrement très bon, mais c'est habituellement inaccessible ou ça exige d'une personne un effort démesuré.  

C'est l'expérience qui m'a appris ça. Ça fait que, il y a quelques années, j'ai fait une fausse couche chez moi. J'ai saigné comme on ne peut pas imaginer et j'avais tellement mal que j'ai pensé mourir couchée sur mon divan. Le lendemain, une amie m'a dit d'aller à la clinique de planning pour avoir un curetage. Ce que j'ai fait. Le médecin qui m'a reçue était scandalisé quand je lui ai raconté ce qui m'était arrivé. Il fallait vous rendre à l'urgence! qu'il s'est exclamé. Et moi, de lui répondre: Je n'étais pas en état d'aller attendre huit heures à l'urgence.

Dans ma vision du monde, vous le comprendrez, il faut être en forme pour se rendre à l'urgence. Et penser à se munir d'un minimum d'équipement. Par exemple, l'été passé, quand mon chum a eu son accident de vélo, c'est moi qui l'ai conduit à l'hôpital. Mais avant de l'installer dans l'auto, j'ai fait une razzia dans la maison et j'ai rempli un sac d'épicerie en coton avec des bouteilles d'eau, des barres tendres, deux chandails chauds ( un pour lui, l'autre pour moi), une couverture, deux livres. Pis mon téléphone, que je ne traîne jamais nulle part. 

Ce printemps, le docteur Vincent Demers a goûté à sa propre médecine. Son expérience, racontée dans un billet sur leHuffington Post, vaut la peine qu'on s'y attarde. C'est un bijou de candeur.

La découverte du docteur Demers, c'est ma vision de la médecine. Elle s'adresse aux gens ben patients, en forme, et aux survivalistes.

Quant aux rendez-vous chez le médecin (Je ne pense pas ici aux 25% de malchanceux d'entre nous qui n'ont pas de médecin de famille), obtenir un rendez-vous prend habituellement de quatre à six mois. Et à la clinique sans rendez-vous, pour laquelle il faut téléphoner à 7h du matin afin d'obtenir un rendez-vous le jour même, on est mieux d'avoir déjeuné avant parce que le système nous met dans une file d'attente téléphonique et on doit patienter, souvent pour se faire dire au bout de 45 minutes que l'horaire de la journée est désormais complet. Veuillez rappeler demain.

Cette situation digne de la scène où Astérix doit récupérer un document dans la maison qui rend fou explique peut-être pourquoi mon pharmacien vend des petites granules et de la poudre de perlimpinpin. Et peut-être aussi pourquoi il tient tout un assortiment de colliers et de bracelets en bois de noisetier. Quand on n'a pas accès à quelqu'un de qualifié, on se tourne vers les charlatans. Avec l'approbation des pharmaciens, apparemment.

Chez nous, on n'est pas encore tombé si bas. On a davantage tendance à se soigner avec un verre de vin. Ou deux. Si ça ne marche pas, on prend deux tylénols pis on va se coucher. D'habitude, tout finit par passer.  

Sauf que j'ai mal à un genou depuis l'automne. Avec l'hiver qu'on a eu, je pensais que c'était un problème causé par l'humidité. Sauf que l'été est arrivé et j'ai encore mal. Connaissant le système, je me suis dit que si je voulais qu'on me soigne avant que l'hiver revienne, j'étais aussi bien d'appeler tout de suite. La réceptionniste me propose mardi prochain. J'ai répondu par un immense éclat de rire. Comme elle pensait que je riais d'elle, il a fallu que je m'excuse, que j'explique que je m'attendrais à un délai plus long. Comme elle ne parlait pas, j'ai dit que je prenais le rendez-vous. Je l'ai remercié et j'ai raccroché, sous le choc.

Mon chum, à qui j'ai raconté cette « aventure » m'a rappelé que depuis le 1er juin, les médecins avaient cessé de faire des examens de routine pour avoir plus de temps à consacrer à ceux qui sont malades. Cette nouvelle a fait ma journée, et je me disais qu'il y avait peut-être enfin de l'espoir pour le système de santé québécois.

Voilà que samedi, je tombe sur une lettre dans la Presse où un médecin, sans doute bien fin, bien intelligent et qui sait écrire, se plaint de ne plus pouvoir faire d'examen de routine avec ses patients qui ne sont pas malade. Quand j'ai lu ça, je me suis dit que ce gars-là n'avait aucune idée de ce qui se passait dans le système de santé en dehors de sa clinique. Lui, il est furieux parce qu'on ne lui permettra plus de s'occuper des gens en bonne santé, parce qu'on va le forcer à soigner des malades. Fallait devenir banquier, monsieur, c'est dans cette profession-là qu'on s'occupe de ceux qui n'ont besoin de rien.

Mon ami le docteur et poète Jean Désy enseigne à l'Université Laval. Il y donne un cours de littérature. Vous savez, parce que la littérature, ça aide à vivre et ça permet de développer l'empathie chez le lecteur.  Un roman, c'est le seul moyen dont dispose l'humanité pour entrer dans la tête de quelqu'un d'autre, vivre avec lui, aimer avec lui, souffrir avec lui.


Je suis d'avis qu'on devrait inscrire le docteur Roy au cours de mon ami Jean. Il descendrait peut-être de son nuage pour voir à quel point les gens souffrent pendant que lui est payé pour piquer une jasette à des gens bien portants.

Ajout: La lettre qui m'a fait pogner les nerfs n'a pas été mise en ligne, mais je l'ai prise en photo. La voici. J'espère que vous pourrez la lire.






mardi 1 mars 2016

La bouffe de salon



Gens du livre, j'ai besoin d'aide.

À l'automne, après mes quatre salons du livre et ma série de trois conférences aux Îles-de-la-Madeleine (tout cela en 6 semaines!), il m'avait pris un vif dégoût pour la bouffe de restaurant. Tellement que mon chum et moi, on n'a pas fêté notre anniversaire de mariage, comme on aurait dû, à la fin de novembre. Je ne pouvais juste pas m'imaginer aller ENCORE au restaurant. Ce n'aurait pas été une célébration, mais une corvée. Alors on s'est dit qu'on attendrait après les fêtes parce que, avec les fêtes, on sait bien , on mange trop pis on mange souvent ailleurs que chez nous.

Ça fait qu'il y a deux semaines, on a dîné au Bouchon, un excellent restaurant du centre-ville de Sherbrooke. Jusque-là, ça allait pas si mal. Même que j'ai trouvé ça bon.

Puis est arrivé le Salon du livre de l'Outaouais.

Je suis partie vendredi matin avec la Sorcière et la p'tite jeune, Charlène, une auteure qu'on est en train de débaucher. C'était pas si mal en montant. On s'est arrêté au McDo de Casselman. Tsé, des fois, le McDo, c'est beau, bon, pas cher pis rapide. Quand il faut que tu sois en signatures à 15h pis que tu as cinq heures de route à faire, le McDo, ça fait la job. Et à Casselman, des fois, je rencontre d'autres auteurs. Parfois même des éditeurs. Mais cette fois, il n'y en avait pas.

Vendredi soir, il y a eu le souper au thaï, pas loin de l'hôtel. Le lendemain matin, le déjeuner à l'hôtel où il a fallu que j'argumente pour qu'on accepte de me servir à la carte. Le serveur n'arrêtait pas de me renvoyer au buffet, sauf que moi, je me sentais tout bonnement incapable d'entrer dans le racoin du buffet avec ses odeurs de saucisses et de fèves au lard. Je voulais des fruits frais, un bol de fromage cottage pis des toasts. À force d'insister, j'ai eu mon assiette.

 Je suis ensuite allée au musée voir l'exposition sur les Vikings (excellente exposition, soit dit en passant). Comme je signais à midi, je n'avais pas le temps de dîner, alors j'ai bu une bouteille d'Ensure.) J'en traîne depuis deux ans dans les salons. Ça m'évite de stresser quand mes séances de signatures sont trop rapprochées.)

Samedi soir, évidemment, je suis retournée souper au thaï avec des amies auteures. Pis le lendemain, j'ai déjeuné à l'hôtel où il a encore fallu que je m'obstine pour avoir mon déjeuner à la carte. Plus tard, je devais dîner avec une copine à la foire alimentaire, au rez-de-chaussée du Centre des congrès, sauf qu'en arrivant sur place, le mal de coeur m'a pris. J'ai balayé la salle des yeux pis j'ai ouvert ma deuxième bouteille d'Ensure.

À 15h, la Sorcière, la p'tite jeune pis moi, on a repris la route.

C'est en arrivant à Bromont que j'ai réalisé que j'avais atteint un seuil de non retour. On s'est assises toutes les trois au bar du East-Side Mario's. J'ai ouvert mon menu. Pis là, j'étais incapable de me décider. Tout  me levait le coeur. TOUT. Toutes les images, mais aussi tous les plats décrits. Si j'avais été plus proche de chez moi, j'aurais refermé le menu. Mais il était quasiment 19h et il nous restait encore une heure de route à faire. J'ai opté pour l'assiette qui me donnait le moins la nausée et j'en ai laissé presque la moitié.  

Là, j'en suis rendue à craindre Québec, mon prochain salon.  Parce que la semaine suivante, je m'en vais au Salon d'Edmundston. Comment est-ce que je vais faire?

Avez-vous des trucs?                                                         

lundi 22 février 2016

La réforme de l'orthographe, les ondes gravitationnelles, Jutra et Umberto Eco




"Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu'aujourd'hui ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel. C'est l'invasion des imbéciles". Umberto Eco

La mort d'Umberto Eco m'a rappelé cette citation qui avait créé bien des remous en 2007.  Et je me suis dit que ce grand homme n'avait jamais été aussi juste qu'en ce moment. 

J'en veux pour preuve la quantité de niaiseries qu'on a publiées depuis deux semaines. C'est à croire qu'on vit une contraction de l'espace-temps.( Je ne suis pas certaine qu'Einstein approuverait ma définition, mais je pense que s'il écoutait mon point de vue, il sentirait la vérité de mes propos.)

Avant ( je ne peux même plus vous dire quand, mais je me souviens que c'est pas si loin), quand il se passait quelque chose d'important dans le monde, on en jasait pendant un bon moment. De façon modérée. Un peu tous les deux jours, mettons. Pendant deux semaines, mettons.

Maintenant, on gobe du fast-food informatif. Un scandale n'attend pas l'autre. Et chacun exprime son opinion, chacun déchire sa chemise.  Puis on passe à la nouvelle suivante en oubliant de réparer ladite chemise. On vit encore deux ou trois jours ce nouveau drame, puis on passe au suivant. Puis au suivant. Facebook et Twiter marquent le rythme. Une cadence de plus en plus rapide, si vous voulez mon avis. Et ça me donne le vertige. 

Prenez les deux dernières semaines. On a commencé par lire des absurdités sur la réforme de l'orthographe (en application depuis 1990, je vous le signale)

Pour vous donner une idée du temps qu'il a fallu pour s'indigner, j'étais encore à l'université et ma fille n'était même pas née (elle va avoir 25 ans ce printemps!).

Ceux qui s'indignent ici me font penser à certains évangéliques qui croient que la Bible doit être lue de manière littérale. Ils n'ont, pour la plupart, jamais lu la Bible. S'ils le faisaient, ils verraient bien les contradictions, les incohérences et l'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons de croire que ces histoires sont arrivées telles que racontées.  

Pour déchirer sa chemise contre la réforme de l'orthographe, il faut ne pas avoir lu le détail de cette réforme. Vous le trouverez ici

Il faut aussi ignorer la principale caractéristique d'une langue qu'on continue de parler. C'est VIVANT. Vivant, veut dire que ça croît, que ça change, que ça s'adapte pour survivre. Le latin, par exemple, ne s'est jamais adapté. Voyez où il est, aujourd'hui. Même Umberto Eco, en écrivain conscient de son époque, a actualisé Le nom de la rose parce qu'il contenait tellement de latin que les générations actuelles (la mienne comprise!) ne pouvaient comprendre exactement ce qu'il voulait faire dire à son roman. ( Allez lire cet article sur la «réécriture du Nom de la rose par Umberto Eco. Ça vaut la peine. Réaction typique.) 

Bon, quand même, on s'est vite lassé de critiquer la réforme parce qu'une autre nouvelle nous a renversés. Les scientifiques ont perçu pour la première fois les ondes gravitationnelles prédites par Einstein. En soi, la nouvelle est exceptionnelle. On écrivait l'histoire. Et même ceux qui ne connaissaient rien à la physique devaient ressentir une petite excitation.  En tout cas, moi, j'ai trouvé ça génial que ça arrive de mon vivant (Dois-je vous rappeler que je suis entrée à l'université pour devenir ingénieure en électricité? )

On a abandonné les ondes gravitationnelles encore plus vite que la réforme de l'orthographe parce qu'un scandale venait d'éclater. La biographie de Claude Jutra, sortie mardi dernier, nous apprenait que le bonhomme était pédophile. Et là, mesdames et messieurs, Internet a capoté.

Je dis «capoté» parce que tout un chacun s'est mis à donner son opinion. Super vite. Sans réfléchir. Faut s'exprimer pendant que le fer est encore chaud. Vous dire les niaiseries que j'ai vues passer sur le sujet! Le texte le plus aberrant, selon moi, c'est celui de Lise Payette, mais il y en a eu tellement qu'il serait difficile de les mettre en ordre de bêtise pour dresser un palmarès parfait.

Je vais ajouter ici ma maigre contribution à ce débat (si on peut qualifier l'affaire de débat).

Ce que je pense de l'affaire Jutra? Rien du tout. Je n'ai pas d'opinion. Tout simplement parce qu'il y a un million de choses qu'on ne sait pas. Le bonhomme est mort il y a 30 ans. Comment voulez-vous lui faire un procès? On ne peut pas l'interroger? On ne peut même pas le condamner! Je compatis tout à fait avec les victimes, cependant. Elles ont vécu des événements terribles. Mais j'ai pas d'opinion sur le reste de l'affaire. Et puis, des opinions, on en compte treize à la douzaine sur Internet. Alors une de plus ou une de moins...  De toute façon, le temps que je publie ce billet, on aura trouvé un autre scandale, une autre nouvelle, une autre raison de s'indigner. Et on sera tout de suite ailleurs, oubliant pourquoi on avait déchiré notre chemise quelques jours plus tôt.

Mais je trouve extraordinaire la découverte des ondes gravitationnelles, sachez-le.

Et j'ai eu de la peine en apprenant la mort d'Umberto Eco, mais comme il avait déjà 84 ans, je me dis qu'il avait bien vécu. J'ai eu plus de peine quand Alan Rickman est mort en janvier parce qu'il n'avait que 69 ans. (Il y a vingt ans, j'aurais dit qu'il avait bien vécu. C'est vous dire à quel point les choses changent vite, dans notre monde. Même notre opinion sur la durée normale d'une vie.)


lundi 8 février 2016

Long Overdue



«Ton ménage de bureau est long overdue, Mylène»

C'est la phrase que mon chum m'a lâchée cet après-midi quand il m'a trouvée dans un plus grand bordel que d'habitude. Puis il m'a servi une bière. Paraît que j'en avais besoin.  Faut dire que du ménage dans mon bureau, j'en ai pas fait depuis... je me rappelle plus quand. Faut croire que ça paraissait que j'étais dépassée par la tâche à accomplir.

J'ai toutes les excuses du monde pour avoir tant tardé. Écrire et publier deux livres en 18 mois, ça hypothèque des habitudes. Adopter deux chiots en 14 mois aussi. Sans compter que je suis en train d'écrire le roman le plus exigeant de ma carrière. Il compte quatre histoires, et j'ai passé six mois à faire de la recherche, seulement pour la première histoire!

Vous me direz que j'ai pas de mesure, et vous avez raison. Quand j'entreprends quelque chose, je plonge dedans à 100%. L'écriture d'un roman occupe 1/3 de chaque journée. Le deuxième tiers est consacré aux chiens. Le troisième, à la cuisine. Mon chum dit maintenant qu'il est heureux qu'on dorme dans le même lit. 

 Et le pire, c'est que quand je suis en écriture, il n'y pas de samedi ni de dimanche ni de jour férié. (Demandez-le à la Sorcière qui passe son temps à me dire: c'est Pâques, dimanche, My. Ou c'est la fête des Patriotes. Ou autre chose du genre.)  Il faut dire que j'utilise un agenda Moleskine, ça ne m'aide pas pantoute à m'orienter avec le Monde.

Je pense l'avoir déjà écrit sur ce blogue, mon nouveau projet est construit un peu comme le roman The Man in the High Castle, de Philip K. Dick. Quatre histoires qui s'entrecoupent, aucun personnage n'est au courant des aventures des autres, seul le lecteur comprend ce qui est arrivé pour vrai.

Il s'avère que j'ai terminé dimanche soir la première des quatre histoires.  J'avais donc l'intention lundi matin de me mettre à la deuxième histoire. Je venais juste de finir mon café quand la Poste est arrivée. Et c'est là que j'ai compris à quel point j'ai vécu sur une autre planète ces 18 derniers mois.

Il y avait là une lettre d'un couple de Français très âgés, que j'ai rencontrés dans un parc quand j'ai fait la route de Compostelle en 2010. J'ai passé la moitié du lendemain chez eux, à boire du café. Et je suis repartie avec des tomates plein les poches. Si vous avez lu le roman que j'ai ramené de ce voyage, il s'agit de Guy et Marie.

Et Marie m'écrit que comme elle n'a pas eu de retour à sa dernière lettre, elle s'inquiétait pour ma santé.

Elle, qui a bien 93 ans, s'inquiétait pour ma santé. Ouf! Méchante douche froide.

J'ai donc entrepris de retrouver sa dernière lettre, qui devait, logiquement, se trouver dans mon bureau.

J'ai découvert une lettre qu'un autre ami âgé m'a écrite en janvier... de l'an dernier. L'enveloppe n'était même pas décachetée. J'ai découvert une carte de Noël que j'ai même pas vu arriver. J'ai trouvé un paquet de photos de plein de gens, empilées dans un panier. Des notes sur la correction du tome 1 d'Une deuxième vie (Je les avais cherchés partout!). Il y avait aussi une recette de pancakes au babeurre, écrite à la main par une dame âgée de l'église où va mon chum (À ce moment-ci, je me suis dit que, décidément, je négligeais les personnes âgées.)

J'ai trouvé aussi des lunettes depuis longtemps perdues, mais qui m'auraient été bien utiles cette semaine quand mon chiot a mangé la paire que j'utilise au quotidien. Et juste en dessous des lunettes, il y avait un chèque-cadeau de 40$ au restaurant l'Auberge North-Hatley... qui expirait le 31 février... 2015.

Je vous épargne le reste, c'était plus trivial encore que le bracelet de cette montre qui ne fonctionne plus, mais que je garde parce que je veux le mettre sur une montre neuve.

Cette exercice de ménage m'a permis de comprendre un aspect de moi-même que je ne connaissais pas:  je suis capable d'une grande concentration.

Eh, oui! Je n'ai pas vu l'état de mon bureau comme une catastrophe, mais plutôt comme quelque chose de lumineux. J'étais tellement prise dans mon histoire que j'ai été capable de faire abstraction du reste de ma vie pour la mener à terme... et en commencer une autre qui m'occupe et me passionne tout autant.

Dans un autre panier, j'ai trouvé deux photos d'Einstein, l'une quand il était jeune adulte, l'autre quand il était un savant reconnu. (Des souvenirs de mon voyage de noces en Suisse, il y a trois ans.) Ces photos m'ont rappelé la photo de son pupitre, prise le jour de sa mort. Et je me suis dit que je ne serais pas gênée de mourir et qu'on trouve mon bureau dans cet état.


Je profite de l'occasion pour faire une mise à jour: Le Prix estrien du roman de genre a été adopté lors de l'assemble générale de l'AAAE, à la mi-janvier. (Je venais tout juste d'adopter mon deuxième chiot alors j'ai eu trop de broue dans le toupet pour vous tenir au courant (même si c'est ça que j'avais dit que je ferais).)

p.s. Je n'ai jamais retrouvé la lettre de Marie, mais je vais quand même lui écrire demain. 

p.p.s. Pour éviter d'oublier de publier ce billet demain matin, je le publie tout de suite. J'espère juste qu'il n'y reste pas trop de fautes.


mardi 19 janvier 2016

Un prix pour la littérature de genre en Estrie





Ça y est! 

Après des années de chialage et de tergiversations, le monde littéraire estrien semble enfin avoir accepté qu'il n'existe pas qu'une seule littérature de valeur. 

En effet, samedi prochain, lors de son assemblée générale annuelle, l'Association des auteures et auteurs de l'Estrie (AAAE) devrait passer à l'histoire en adoptant une motion qui distinguera la littérature blanche de la littérature de genre, et ce, sans jugement de valeur.  (J'utilise le terme littérature blanche, alors qu'eux se contentent de distinguer la littérature de genre de l'autre littérature, mais on ne va couper les cheveux en quatre et faire du chichi si près du but.)

L'important, ce que l'époque où l'on remettait année après année le prix littéraire aux mêmes deux ou trois auteurs (alors qu'il y avait une trentaine de romans en compétition) est révolue. Désormais, si la proposition est adoptée, la littérature blanche et la littérature de genre seront jugées dans des catégories séparées. Un auteur aura donc le choix entre quatre prix littéraires.

·         Le Prix Alfred-Desrochers, qui récompense une oeuvre de création littéraire (roman, conte, nouvelles, poésie, théâtre et récit). (Ce qu'en dehors du milieu littéraire littéraire on appelle la littérature blanche.)

·         Le Prix Suzanne Pouliot-Antoine Sirois, qui récompense une oeuvre jeunesse pour les 6 à 16 ans.

·         Le prix Alphonse-Desjardins, qui récompense une oeuvre n'appartenant pas à la catégorie création littéraire (essai, biographie, autobiographie, mémoires).

·         Et désormais, le Prix estrien de la littérature de genre, qui récompensera une oeuvre de création littéraire s'adressant à un large public adulte et faisant partie d'un genre littéraire (historique, policier, érotique, fantastique, de science-fiction, de fantasy, de merveilleux, d'aventures d'amour et chick lit).
)
Un livre ne pourra être présenté à plus d'un prix littéraire de l'AAAE en même temps. Ce sera donc à l'auteur de décider où il pense avoir de meilleures chances. Dans tous les cas, le livre doit être publié soit par une maison d'édition, soit sur Internet ou à compte d'auteur, mais il doit être soumis sous forme de livre relié.

Ces prix, qui viennent chacun avec une bourse de 2000 $, seront remis aux deux ans (les années impaires). Ils s'adressent évidemment aux auteurs de l'Estrie membres de l'AAAE.

Je sais que bien des auteurs n'aiment pas l'appellation littérature de genre. Pas plus, sans doute, que d'autres n'aiment l'appellation littérature blanche. Sachez qu'il s'agit toujours d'une question de point de vue... et d'ego, naturellement.  

Je sais aussi qu'on aime bien dire qu'il n'existe qu'une seule littérature. Ça paraît bien. On a l'air égalitaire, quand on dit ça. On a l'air démocrate. Sauf qu'il faut admettre que lorsqu'on prétend qu'il n'y a qu'une seule littérature, on peut difficilement expliquer les résultats des prix du Gouverneur général. Les éditeurs, eux, savent bien que tous les livres ne sont pas jugés sur les mêmes critères. Pour preuve, ce ne sont pas tous les ouvrages qu'ils soumettent aux GG.

Avec ses quatre prix, l'AAAE admet qu'on ne juge pas un roman de science-fiction avec les mêmes critères qu'un roman d'autofiction. La virtuosité dont peut faire preuve un auteur en jouant avec les mots ne vaut pas moins qu'un récit mené tambour battant. L'efficacité d'un page-turner n'a pas à céder le pas devant la beauté des phrases d'un recueil de poésie.

Bien sûr, dans tous les cas, il faut savoir écrire. Et il faut avoir quelque chose à dire. Mais la distinction demeure: en littérature blanche, le contenant prime sur le contenu. En littérature de genre, c'est l'inverse. Admettre cette différence, ce n'est pas effectuer un jugement de valeur. C'est admettre qu'en littérature, il en faut pour tous les goûts. C'est valoriser la diversité. Et c'est célébrer le foisonnement d'idées et de talents estriens.  


mercredi 6 janvier 2016

Pour 2016, je vous souhaite un personnage...

Tyrion Lannister, créé par George R. R. Martin

Qu'ont en commun Maria Chapdelaine, Marguerite Volant, Émilie Bordeleau, Maude Graham? La même chose que Luke Skywalker, Miss Marple, D'Artagnan, Arsène Lupin, Sherlock Holmes, Ulysse, Astérix et le roi Arthur. Ce sont des personnages sortis de l'imagination d'un artiste. Ce sont des personnages qui ont pris, une fois leur existence publique, une dimension tellement importante dans l'imaginaire collectif qu'ils existent pour de vrai dans l'esprit des gens, indépendamment de leur auteur et parfois même à la place de l'auteur. Vous me direz qu'Émilie Bordeleau avait été inspirée par une femme de la Mauricie, et vous aurez raison. Mais ce n'est pas cette femme qui est passée à l'histoire, c'est le personnage créé par Arlette Cousture.

Plus important encore, cependant, qu'un personnage qui passe à l'histoire, c'est un personnage qui aide une vraie personne à vivre. Comme Tyrion Lannister. Car le génie de George R.R. Martin en créant Tyrion, ce n'était pas d'en faire un nain. Non, le génie de Martin, ce fut d'en faire un humain atteint de nanisme. Car Tyrion n'est pas une créature fantastique comme Bilbo ou Willow. C'est l'un de nous, né différent de nous. Et tout le monde sait quel sort l'humanité a réservé, de tout temps, à ses membres différents.

J'ai pris conscience de l'importance de ce personnage quand une amie a donné naissance, l'an dernier, à Francis, un enfant atteint de nanisme. Plus chanceux que ses pairs nés il y a vingt ans, Francis grandira avec un modèle fort, intelligent, courageux et admirable, pas avec l'idée qu'il est une créature de cirque ni qu'il est d'une autre espèce. Et ça, c'est une grande avancée pour l'humanité.  Car, ne l'oublions pas, il y a  deux types de personnes en ce moment sur la Terre: ceux qui aiment Tyrion Lannister et ceux qui n'écoutent pas Game of Thrones. 

Alors, chers collèges et amis écrivains, ce que je vous souhaite pour 2016, c'est le génie nécessaire pour créer un personnage qui non seulement transcendera la personne que vous êtes, mais qui aidera une autre personne à vivre sa vie.

































jeudi 10 décembre 2015

Prendre soin des auteurs qui commencent



Cette semaine, Anne Rice relayait sur Facebook cet article de The Independent. (L'article apparaît en cliquant sur le mot article. Fichu de blogue qui change tout le temps!)

Elle ajoutait, en introduction de l'article : « I well remember the Doubleday editor who told me that "Interview with the Vampire" lacked the plot, characters, or writing finesse necessary for a hardcover novel. Fortunately not everybody agreed with him. »

Anne Rice, comme JK. Rowling et George Orwell et combien d'autres, a reçu des lettres de refus.  J'ai déjà parlé des miennes sur ce blogue, photo à l'appui, mais aujourd'hui, ce dont je veux parler, et qui est aussi le sujet de l'article partagé par Anne Rice, c'est de la relation entre l'auteur débutant et son éditeur. Une relation que j'ai vue s'effriter au fil des ans.

Pour être précise, je devrais dire que ce qui m'intéresse, et que je vois en disparaître, c'est la relation entre un auteur qui commence dans le milieu et son directeur littéraire.  Dans certaines petites maisons, l'éditeur et le directeur littéraire sont une seule et même personne. Dans la majorité des maisons d'édition, cependant, il s'agit de deux postes différents occupés par des personnes différentes... quand le poste de directeur littéraire existe.

Je vais vous raconter comment c'était, dans le temps. (Dans le temps, ici, remonte à un peu plus de dix ans)

Quand mon manuscrit a été choisi pour le prix Robert-Cliche de 2002, Jean-Yves Soucy, le directeur littéraire de VLB éditeur à l'époque, avait demandé à me rencontrer pour qu'on discute du travail à faire sur mon texte. Je me suis rendue à Montréal, on s'est installé dans son bureau et il m'a remis le rapport de lecture, que j'ai lu du début à la fin en hochant la tête. Toutes les faiblesses que Jean-Yves avait relevées étaient justes. Alors j'ai dit : « Tu me donnes combien de temps pour faire ce travail? »

Là s'est terminée la négociation. Parce qu'il n'y avait rien à négocier; je commençais.

J'ai suivi tous les conseils et quand le livre est sorti, il a rejoint tout de suite un très vaste public. Certes, il a déplu à une certaine intelligentsia qui attendait du prix Cliche un roman plus littéraire. Mais pour les autres, pour ceux qui, souvent, ne lisent pas de livre primé, ils ont aimé. Aimé assez en tout cas pour lancer ma carrière. Et Jean-Yves était là, pour me dire quelles critiques écouter, lesquelles il fallait ignorer. Pour me donner les trucs nécessaires pour survivre à mon premier Salon du livre de Montréal, pour m'installer à côté de Pauline Gill, une doyenne, qui avait l'habitude du SLM.

Pendant l'année qui a suivi la publication du tome 1, Jean-Yves m'a appelée une fois par mois. Juste pour savoir où j'en étais dans l'écriture de la suite. Il voulait savoir si ça avançait à mon goût, si j'éprouvais des difficultés. Mais surtout, il voulait me montrer qu'il me soutenait afin que je garde suffisamment confiance en moi pour mener à terme mon deuxième roman.

Puis il a refusé mon deuxième roman. Bon, pas refusé complètement, mais il voyait que mon deuxième texte avait perdu ce qui faisait l'âme de mon premier. Alors il m'a souligné les bons points du premier en les mettant en contraste avec le tome 2.

On était au téléphone. Je pleurais comme un bébé. Puis je lui demandé, penaude : « Tu ne le veux pas? »

Sa réponse est venue tout de suite. « Évidemment que je le veux! Mais il faut le retravailler. »

Il m'a envoyé par courriel le rapport de lecture et, cette fois encore, j'ai suivi ses recommandations à la lettre. J'étais contente de voir que les faiblesses du premier tome, sur lesquelles j'avais beaucoup travaillé, n'étaient pas relevées dans le rapport sur le tome 2. Ça voulait dire que j'avais appris.

Le tome 2 est sorti et mon public s'est élargi.

Puis j'ai écrit le tome 3. Jean-Yves a espacé les téléphones en m'appelant un mois sur deux, toujours pour savoir comment ça allait. Cette fois, après avoir lu le manuscrit, il m'a simplement envoyé mon rapport de lecture avec un Bravo! écrit dans le haut. Pas de réécriture majeure. Tous les points faibles des tomes 1 et 2 avaient disparu, ce qui fait qu'on me faisait travailler sur autre chose. Pour que je m'améliore. Parce que ça n'aurait servi à rien de me faire travailler sur ces nouveaux points tant que je ne maîtrisais pas les premiers points.

J'ai ensuite écrit 1704. Encore là, un mois sur deux, je recevais un coup de fil de Jean-Yves qui, comme toujours, voulait savoir comment ça allait. Il était bien fier, à la fin, de m'envoyer simplement le rapport de lecture. Tout comme il était vraiment content du travail que j'ai fait sur le manuscrit avant de le lui renvoyer.

Et ainsi de suite jusqu'en quelque part dans le milieu de la série Lili Klondike, quand il est devenu éditeur et qu'il a laissé sa place de directeur littéraire à Marie-Pierre Barathon.  

C'est là que le jeu a changé pour moi. C'est là que mon travail d'écriture a commencé à se faire dans la solitude, sans support mensuel. Mais c'était OK. J'avais beaucoup appris et j'étais capable de voir les faiblesses de mon texte au fur et à mesure que je l'écrivais. Ce qui fait qu'après mes réécritures personnelles, je n'avais plus qu'à envoyer mon manuscrit à Marie-Pierre qui m'appelait pour me donner ses commentaires.

Je n'avais plus besoin de mentor, juste d'une directrice littéraire.

Aujourd'hui, je travaille avec Mélikah Abdelmoumen. Une perle! Et je ne l'échangerais pour rien au monde tellement on se comprend, elle et moi. On se jase seulement quand on travaille sur le manuscrit, mais je la porte dans mon coeur toute l'année. Des fois, en cours d'écriture, je l'entends me dire : « Je doute, ici! »

Depuis quelques années, le genre de mentorat que Jean-Yves m'a offert n'existe plus. Les auteurs qui commencent sont laissés à eux-mêmes pendant qu'ils écrivent leur deuxième et leur troisième roman. Certes, ils progressent grâce au travail de direction littéraire, mais pendant l'écriture, ils sont fin seuls avec leurs doutes et leurs angoisses. Et l'ensemble du métier d'écrivain leur demeure caché, comme un secret qu'il leur faut découvrir à force de se casser les dents ou d'avoir l'air niaiseux.

Dans certaines maisons d'édition, il n'y a même plus de direction littéraire! On reçoit le roman, on le corrige et on l'imprime.

Il y a des jours où je me dis que rendu là, un auteur est quasiment aussi bien de s'autoéditer. Tant qu'à n'être jamais vraiment reconnu par l'intelligentsia littéraire, aussi bien faire de l'argent.  

lundi 30 novembre 2015

Petite conversation autour du roman policier, par Benoît Bouthillette



Cette semaine, je partage avec vous une réflexion que Benoît Bouthillette a publiée dans l’Alinéa, Automne 2015. Avec la permission de Benoît, évidemment.

Lors d’un récent souper organisé par l’AAAE, je discutais avec l’ancienne présidente, Madame Ginette Bureau, qui me faisait part de sa réticence à lire du roman policier. Sa perception du côté malsain associé au genre était née d’une conférence donnée par un auteur, où ce dernier exposait la part d’ombre de l’humanité intrinsèque à cette littérature. Je tentai de la rassurer en lui disant que, justement, la littérature policière ne se complaisait pas dans la recherche de la part sombre de l’humain, mais qu’elle trouve au contraire son sens à la combattre.

À notre table était assis André Jacques, auteur de polars reconnu, auquel j’adressai cette question : « Cher André. Serais-tu d’accord pour dire que ce qui distingue le roman policier du roman classique, du moins dans sa forme actuelle, c’est que la littérature policière est une littérature du Nous ? Là où le roman traditionnel s’est lentement enlisé vers une littérature du Moi, où le monde est souvent réduit au champ de plus en plus restreint de l’écrivain, le roman policier cherche encore à parler d’enjeux de société ? »

Et sa réponse fut : « Oui, c’est une littérature globale qui embrasse les côtés sombres de l’humain. non pas par simple voyeurisme, mais pour les illustrer et les dénoncer. C’est aussi, à mes yeux, la littérature qui, de nos jours, remplace le mieux la littérature réaliste et sociale des siècles précédents. C’est elle qui plonge le mieux dans la partie cachée et parfois immonde de nos sociétés modernes. Si le Zola de La Bête humaine, le Hugo des Misérables ou le Dostoïevski de Crime et Châtiment ré- écrivaient aujourd’hui leurs œuvres, je crois qu’ils opteraient pour une forme qui s’approcherait beaucoup du polar. »

(Lors d’une rencontre avec Mylène Gilbert-Dumas, nous avions justement évoqué la vidéo de Marguerite Yourcenar où elle traite du paradoxe de l’écrivain en ces termes : « C’est que deux choses à la fois sont vraies et contradictoires. L’une est que l’écrivain doit être profondément soi-même. Il doit avoir un apport personnel à donner. L’autre, c’est qu’il doit s’oublier soi-même, sortir de soi-même, faire table rase de soi-même. »

La littérature de plus en plus autoréférentielle s’éloignerait donc de cet idéal. Lorsque Victor Hugo dit « Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous » en préface à ses Contemplations, il nous avise que le deuil dont témoignera son recueil est celui de tout père à la perte de son enfant et de tout homme contemplant la mort.

Mais si le cortège funèbre de Hugo a été suivi par des millions de Parisiens, c’est qu’il écrivait une littérature populaire où l’auteur s’effaçait derrière ses personnages, personnages en lesquels se reconnaissait le peuple.)

Mais cette part sombre de l’humain qu’André Jacques évoquait et dont témoigne le roman policier, ce dernier contribue-t-il justement à la pourfendre en faisant part d’une lutte à la combattre ? Car, là où la littérature dite classique se contenterait d’exposer les noirceurs de l’âme (nommer le mal, en dé- tailler les symptômes, c’est bien, mais c’est se contenter du diagnostic. C’est la première étape vers la guérison, mais aucun remède ni traitement n’a été prescrit), le roman policier contribue peut-être à s’y objecter en exposant une manière de l’affronter ?

En effet, si le roman policier est actuellement si populaire, peut-être est-ce en raison de la recherche de sens qui structure l’enquête, cette volonté d’évincer le mal dans nos sociétés où la perte de repères accompagnant le rejet de la morale a entraîné un désarroi éthique ? (Même si, ultimement, le roman policier n’est qu’une fable où l’humain donne un sens à sa tentative de dominer la mort…) au-delà de l’anecdote, les enjeux exposés dans le roman policier ne sont-ils pas toujours l’affrontement du bien et du mal, la quête de justice pour pourfendre l’injustice — humaine et divine —, des thèmes ancrés dans l’imaginaire collectif depuis Homère ?

Lors d’une récente conversation avec Norbert Spehner, critique émérite, nous en étions arrivés à nommer le roman policier « une littérature de l’évasion » (le clin d’œil carcéral ne nous échappant pas) et, par extension, toute forme de littérature de genre ou populaire faisant explicitement référence à sa capacité à emmener le lecteur dans des univers nouveaux.

Lorsque je lis James Lee Burke, par exemple, ce sont tous les codes moraux de La Louisiane et de l’Amérique, ses blessures et ses tentatives de rédemption, qui me happent et m’entraînent dans des contrées inconnues. En nous parlant du pays où il est né, en faisant en sorte que ses personnages incarnent ses propres tribulations, en nous faisant part de leurs espoirs et de leur soif de justice, et en variant ainsi les points de vue, Burke accomplit ce que la littérature réussit le mieux : susciter l’empathie, créer une ouverture sur le monde.


Benoît Bouthillette publie cet automne L’heure sans ombre aux Éditions Druide. Il s’agit du nouveau volet des enquêtes de l’inspecteur Benjamin Sioui.

_____________________________________________________

Mot de la Doyenne: Si vous ne l'avez jamais écouté, je vous recommande fortement ce vidéo de Marguerite Yourcenar sur le métier d'écrivain.


lundi 23 novembre 2015

Comme un attentat au Salon du livre de Montréal

Photo piquée sur la page Facebook du  Salon du livre de Montréal 2015


Si vous étiez au Salon du livre de Montréal samedi matin, un peu avant midi, vous avez vécu un événement exceptionnel.

Il était, il me semble, passé 11 h 30 quand a retenti dans le salon du bruit de pétarade semblable à celui d'une mitraillette. Trente secondes, c'est tout ce que ç'a duré, et le temps s'est arrêté.

Nous étions cinq ou six mille. On aurait pourtant entendu une mouche voler. Un silence lourd d'appréhension écrasait la grande salle du salon comme une chape de plomb. En attente, chacun cherchait sous le ronronnement de la ventilation un indice qui aurait trahi la présence d'une Kalachnikov, peut-être au premier étage...

Et tout le monde, sans exception, pensait à Paris.

Pendant une minute, une minute et demie, la perspective d'un attentat a habité tous les esprits, a fait s'emballer toutes les imaginations. Et Dieu sait qu'il y en avait, de l'imagination, dans ce salon du livre! Nous n'étions plus des auteurs, des éditeurs, des lecteurs ou des commis de kiosque. Nous étions des êtres humains pétrifiés.

Comme le silence s'est poursuivi, l'activité a repris, tout doucement. Ici et là, on entendait des soupirs de soulagement et des rires nerveux. Puis les conversations ont effacé toute trace de la menace.

On n'a jamais su ce que s'était passé. Un marteau-piqueur, une perceuse. Qu'importe! Pendant ce court moment, nous avons tous pris conscience de la précarité de la vie. Et nous avons senti dans nos tripes à quel point personne n'est à l'abri.   Ni ici, ni ailleurs, à Paris, Beyrouth, Damas, Bamako, New York ou dans n'importe quel autre ville rendue tristement célèbre depuis quinze ans.

Évidemment, une heure après l'incident, tout le monde l'avait oublié. La peur avait fait place à la frénésie des rencontres entre les lecteurs et les auteurs, entre des auteurs et d'autres auteurs, et entre des auteurs et des éditeurs.

Oui, depuis, la vie a repris son cours. Mais pour moi, rien ne pourra effacer le fait que samedi, un peu avant midi, pendant une minute, une minute et demie, cinq ou six mille Québécois ont communié avec le reste de l'humanité. 

jeudi 12 novembre 2015

Les idios kosmos et la littérature

Je vous demande aujourd'hui de lire ce texte avec ouverture, mais aussi de faire preuve d'indulgence envers moi et envers vous-même si vous ne comprenez pas tout de suite où je veux en venir.  Je m'en vais quelque part, faites-moi confiance.


Tout d'abord, laissez-moi vous expliquer le sens du titre que j'ai choisi pour ce billet.

L'idios kosmos, c'est la vision personnelle que chacun de nous a de l'univers dans lequel nous vivions. C'est l'image de la réalité qu'on a dans notre tête, résultat de l'interprétation par nos sens de notre expérience de la vie et de ce qu'on nous en a dit. C'est subjectif au possible. (Idios kosmos sur Wikipédia (désolée, il n'y en a pas en français.))

L'opposé d'idios kosmos, c'est koinos kosmos, l'univers objectif, la réalité sur laquelle tout le monde s'entend.

Vous vous rappelez vos maths de primaire, quand on explorait la théorie des ensembles? Ben c'est drette ça. Imaginez deux ensembles, la vision du monde d'Alice et la vision du monde de Béatrice. La zone commune, c'est le koinos kosmos. (en rose dans la figure ci-dessous)



Mais voilà! Quand il s'agit de l'univers ou de la réalité, le koinos kosmos n'existe pas.

Pour reprendre les mots d'Emmanuel Carrère, dans Je suis vivant et vous êtes morts, sa biographie de Philip K. Dick, le réel est impossible à appréhender directement, puisque filtré par la subjectivité de chacun. Cela signifie que le consensus à son sujet est une tromperie. 

Autrement dit, ce qu'on pense être la réalité est une convention, purement et simplement. Mais c'est aussi une illusion parce que je ne peux jamais être dans la tête de mon voisin pour percevoir exactement sa vision du monde.

Pourquoi je vous parle de ça? Parce que cette semaine, une amie m'a fait parvenir un texte du Guardian intitulé: Middlebrow? What's so shameful about writing abook and hoping it sells? 

Le terme middlebrow n'a pas d'équivalent en français si ce n'est lecteur moyen. À une certaine époque, on qualifiait de middlebrow ceux qui lisaient les livres qu'il fallait pour bien paraître dans une certaine société. On les mettait en opposition avec les autres, les intellectuels qui, eux, lisaient par goût ce qu'ils avaient envie de lire. Et ça adonnait qu'ils aimaient lire ce qu'on appelle aujourd'hui de la littérature littéraire.

De nos jours, on associe le terme middlebrow à une littérature qui explore l'émotion et les sentiments plutôt que l'écriture académique et l'innovation. C'est une autre façon de distinguer le populaire du littéraire.

L'auteure du texte du Guardian est justement une de ces «middlebrows», c'est-à-dire une lectrice moyenne, de la classe moyenne et âgée entre 40 et 65 ans (le middle age, en anglais).

Et je vous jure qu'elle n'était pas de bonne humeur, la madame. Au point de prendre la plume pour écrire un texte d'opinion et l'envoyer au Guardian. En gros, elle dénonçait le fait qu'on méprise ce qu'elle lit et que, par la bande, on la méprise elle pour oser lire ce qu'elle aime lire.

Ses propos me rappelaient des conversations que j'ai eues avec des auteurs dits littéraires, mais aussi certains commentaires reçus sur ce blogue. En lisant son texte, la conclusion m'a sauté aux yeux.

Parce que nous sommes tous prisonniers de notre idios kosmos, incapables de saisir la réalité telle qu'elle est ni de percevoir la réalité telle que perçue par les autres, nous entretenons, dans le milieu littéraire, un dialogue de sourds.

Depuis que je suis devenue écrivaine, le milieu essaie de m'imposer une vision centriste de la littérature. On met la littérature dite littéraire au centre du monde, avec l'étiquette Littérature consacrée, un peu comme on plaçait la Terre au centre de l'Univers autrefois.



Cette vision du monde nous permet de conclure que c'est cette littérature littéraire qu'on doit enseigner, que c'est elle et elle seule qui a de la valeur dans notre société et que c'est à elle seule qu'on doit remettre des prix. Toutes les autres littératures lui sont extérieures et inférieures et constituent ce qu'on appelle la paralittérature. 

Quels sont les principaux critères pour regarder de haut la paralittérature? Elle s'adresse en général au lecteur moyen (l'accent est donc mis sur l'histoire et non sur l'écriture elle-même) et elle se vend assez bien (en tout cas beaucoup mieux que la littérature dite littéraire).

Et comme les planètes dans le système planétaire d'avant Copernic, ces paralittératures gravitent à l'extérieur de la littérature dite littéraire.  Tellement à l'extérieur qu'Emmanuel Carrère a écrit au sujet de Philip K. Dick:  «Il s'était fait à l'idée qu'un obstacle à la fois incompréhensible et infranchissable, comme un champ magnétique, le séparait de cette terre promise, la littérature respectable. »

Alors, après y avoir réfléchi et avoir confronté mes idées à celles d'auteurs qui ne les partagent pas le moins du monde, j'ai une alternative à proposer pour remplacer la  convention littéraire actuelle, que je trouve dépassée.

Premièrement, au lieu de dire littérature littéraire, ou littérature consacrée, ou littérature respectable, ou what ever autre dénomination élitiste, on pourrait faire comme en Europe et l'appeler littérature blanche. (Je ne sais pas à quoi se réfère le qualificatif blanche, mais je soupçonne que c'est en lien avec la sobriété des couvertures).

Au lieu d'en faire le centre du monde littéraire, on n'a qu'à la considérer comme un genre à part entière. Cette littérature blanche a un public bien précis avec une écriture bien précise. Comme n'importe quelle littérature de genre. 

À côté de la littérature policière, de la littérature de science-fiction, etc., il y aurait désormais la littérature blanche. Point à la ligne. Ce n'est pas une question de jugement de valeurs, mais de genre littéraire. 

Ce nouveau paysage littéraire ressemblerait à ceci:


Certains ensembles se recoupent, d'autres se recouvrent complètement, d'autres sont en quelque sorte isolés parce que totalement différents. Aucun ne se trouve au centre de l'univers. Aucun n'est meilleur, ils sont tous différents ou semblables, selon le penchant de l'auteur et les intérêts des lecteurs.

Évidemment, pour arriver à cette vision du monde de la littérature, il est nécessaire de modifier la convention. Ce n'est pas une chose si difficile à faire quand on réalise que cette convention fait partie du koinos kosmos et que ce koinos kosmos n'est qu'une illusion. 

Comme le disait à peu près Héraclite, celui qui croit dur comme fer que sa vision du monde (son idios kosmos) est la réalité dort au gaz. Seul celui qui doute est éveillé.


lundi 26 octobre 2015

Littéraire, populaire, les prix, les ventes et la voix (celle de l'auteur, pas l'émission de télé)

Elisabeth Tremblay (prix Suzanne Pouliot et Antoine Sirois) et Sarah Rocheville (prix Alfred-Desrochers)

Ce matin, j'ai envie de vous faire part d'une idée qui me trotte dans la tête depuis une semaine.

Sachez d'abord que pendant le dernier Salon du livre de l'Estrie, on a remis pour la première fois le Prix du roman jeunesse Suzanne Pouliot et Antoine Sirois à Elisabeth Tremblay pour son roman Tu vivras pour moi. Le même soir, on remettait le prix littéraire Alfred-Desrochers à Sarah Rocheville pour son roman Go West Gloria. Jusque-là, tout va bien.

Le lendemain, cependant, La Tribune publiait un article intitulé: Go West, Gloria récompensé (L'article est ici.)

...

Dimanche dernier avait lieu à la Maison bleue une petite cérémonie en l'honneur des lauréates. L'invitation envoyée aux membres de l'Association des auteures et auteurs de l'Estrie se lisait comme suit:

«C’est avec plaisir que nous invitons les lauréates des Prix littéraires de l’AAAE à venir faire leur « lancement », à la Maison bleue, pour le prochain Lancement-brunch! 

Madame Sarah Rocheville, récipiendaire du prestigieux prix Alfred-DesRochers, sera présente avec son œuvre : Go West, Gloria!

Elle sera accompagnée de Madame Élisabeth Tremblay, récipiendaire du nouveau prix Suzanne Pouliot-Antoine Sirois, avec son œuvre : Tu vivras pour moi! »

...

Si vous voyez ce qui cloche avec ces deux incidents, vous êtes probablement un(e) auteur(e) populaire. Si vous trouvez que tout semble normal pis que je m'excite le poil des jambes pour rien, vous êtes probablement un(e) auteur(e) littéraire.

C'est que ces deux manières de présenter l'événement manifestent une forme de mépris pour la gagnante du prix jeunesse. Comme si son livre avait moins de valeur que celui du prix Alfred-Desroches. Si vous trouvez que c'est effectivement le cas, vous êtes sans aucun doute un(e) auteur(e) littéraire. Et vous ne comprenez pas pourquoi ça me dérange autant. C'est une question de paradigme.

Car voyez-vous, cette forme de mépris, assez insidieuse et que seuls remarquent souvent les auteurs populaires, c'est un peu comme le sexisme ordinaire. Celui que seules remarquent les femmes (ou presque). Prenez par exemple le début du texte de La Tribune.

Après le triomphe de son partenaire de vie en 2014, c'est au tour de Sarah Rocheville, pour son premier roman Go West, Gloria, de remporter le Prix Alfred-DesRochers de l'Association des auteures et auteurs de l'Estrie remis dans le cadre du Salon du livre de l'Estrie.

 Aurait-on mentionné en début de texte le «triomphe de son partenaire de vie en 2014» si Sarah avait été un homme? Je ne pense pas. De la même manière, pendant le petit événement sympathique de dimanche, à la Maison bleue, si les deux lauréates avaient été des hommes, personne n'aurait pensé à leur demander comment elles conciliaient travail/famille/écriture. (Oui, on leur a posé cette question.)

La plupart des hommes diront que les femmes se plaignent pour rien si elles dénoncent ces deux incidents. Pour les femmes, cependant, il s'agit de sexisme discret et insidieux.
...

À un moment donné, pendant ce petit événement à la Maison bleue, un de mes amis a lancé: «Au fond, nous, les auteurs, on est tous jaloux. Ceux qui gagnent des prix voudraient vendre des livres et ceux qui vendent des livres voudraient gagner des prix. » Tout le monde a ri, moi aussi, mais cette phrase m'a trotté dans la tête toute la journée.

Je me disais: «Est-ce que c'est vrai? Est-ce que c'est vraiment ça que je veux, gagner des prix? Est-ce que c'est ça que veulent mes amis auteurs grand public? auteurs jeunesse? auteurs de romans de genre?

La réponse est non. Oh, c'est certain que c'est toujours plaisant de gagner un prix et de pouvoir écrire ça dans son CV. C'est certain aussi qu'il y a autant d'ego chez les auteurs populaires que chez les auteurs littéraires et qu'il y a partout des auteurs fâchés de ne pas gagner.

Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit, fondamentalement. L'important, pour moi et pour tout plein d'auteurs grand public, c'est pas de gagner le prix. L'important, c'est de faire cesser le mépris. Voir un de nos pairs remporter un prix (ou même être finaliste) traduit pour nous une ouverture. Le contraire est perçu comme une forme de mépris. Plate de même!

Mais voilà! Les prix littéraires sont, par leur nature même, biaisés en faveur du roman dit littéraire. Un peu comme, autrefois, quand seules les qualités des hommes étaient reconnues pour occuper certaines fonctions et qu'on se moquait des femmes qui osaient poser leur candidature.

Un livre que le grand public va aimer comporte des qualités dont ne tiennent pas compte les membres d'un jury littéraire. Et à l'inverse, ce qui fait la qualité d'un roman littéraire laisse totalement indifférent le grand public. 

Résultat: les romans littéraires sont écrits pour une élite intellectuelle qui reconnaît la valeur de ces romans. Qui dit élite dit public restreint. Comme tous les auteurs littéraires écrivent pour ce même public restreint, les ventes sont maigres. Imaginez une petite tarte qu'on couperait en plusieurs pointes. Ça fait de bien petites pointes.

À l'opposé, l'auteur grand public écrit pour la masse. Monsieur et Madame Tout-le-Monde cherchent dans un roman des qualités bien spécifiques, celles qui laissent indifférents les membres des jurys de prix littéraires. Nous sommes nombreux à écrire pour ce vaste public, c'est vrai, mais cette tarte-là est beaucoup plus grosse. D'où les ventes plus importantes.

Le pire, dans tout ça, c'est qu'on ne choisit pas. On écrit ce qui monte, et cette voix qui parle en nous est hors de notre contrôle. Comme me l'a dit un jour l'écrivain Jean Bédard, quand on écrit, c'est l'âme qui s'exprime. Et on ne choisit pas ce qu'elle dit. Ni comment elle le dit.

Je pense que nous, auteurs grand public, nous obstinons à défendre une cause pour le moment indéfendable. Mais je ne perds pas espoir. Un jour, peut-être même de mon vivant, quelqu'un dans une université fera une étude sur la valeur d'un livre qui fait lire le monde et qui remplit la fonction première de la littérature, c'est-à-dire d'aider à vivre. Et ce jour-là, la face du monde littéraire sera changée!

 ATTENTION: Je ne tolère pas le bitchage sur le dos des écrivains, peu importe le genre.  Tout commentaire déplacé sera effacé de cette page. 



mercredi 14 octobre 2015

Ce que tout auteur devrait savoir sur le Salon du livre de la Péninsule acadienne

Île Miscou en automne

J'ai souvent entendu parler du Salon du livre de la Péninsule acadienne depuis le début de ma carrière. Toujours en bien. Toujours pour dire que c'est un party perpétuel, que les auteurs y sont traités comme des rois, que les gens sont chaleureux, que l'endroit est magnifique. Tous ceux qui m'en parlaient ainsi insistaient sur le fait qu'ils y retourneraient demain si on le leur proposait.

Ben laissez-moi vous dire que je fais désormais partie de cette gang-là. La gang des auteurs chez qui le Salon du livre de la Péninsule acadienne a laissé un souvenir indélébile, un souvenir de chaleur, de rire, d'accent mélodieux, de bonne bouffe, de fête et de générosité.

Parce que si je devais choisir un seul mot pour décrire l'équipe qui m'a reçue la fin de semaine dernière, ce serait GÉNÉROSITÉ.  Et chaleur, évidemment! Et gentillesse! Et amabilité! Bref, il me faudrait beaucoup de mots tant l'émotion qui m'habite encore est multidimensionnelle.

Laissez-moi vous décrire comment ça se passe.

Tout d'abord, à moins qu'un auteur choisisse délibérément de faire la route en voiture, la plupart d'entre nous sommes aéroportés de Montréal à Bathurst, puis conduits en voiture (si nous ne sommes que deux) ou en autobus jusque dans les environs de Shippagan.

Si vous êtes une vedette (Je m'excuse, Laurence, si tu me lis, mais il faut appeler un chat un chat), si vous êtes une vedette, donc, on vous logera dans un chic hôtel à Caraquet. Si vous êtes un simple auteur comme moi, on vous logera dans une auberge plus modeste, la mienne s'appelle Janine du Havre et était située à Savoy Landing de l'autre côté de la baie, juste en face de Shippagan.  Comme le salon du livre a lieu à Shippagan, il est de loin préférable d'être logé dans une modeste auberge du coin. Mettons qu'on veuille se reposer entre deux séances de signatures, on appelle notre chauffeur, il nous conduit à l'auberge et il vient nous y chercher quand on veut retourner au salon. De toute façon, on passe bien peu de temps dans notre chambre. On quitte les lieux avant 10 h le matin, heure d'ouverture du salon,  et on y revient à 23 h, après le party.  Parce que, oui, il y a des partys. TOUS les soirs. (Je vous en parle plus loin)

Un autre avantage à l'auberge du coin (avantage qu'il ne faut absolument pas négliger), c'est qu'après le party, ça prend trois minutes pour rentrer à l'hôtel. Caraquet est à 30 minutes. Méchante différence quand on est fatigué et/ou qu'on a un peu trop bu.

Mon séjour s'est déroulé comme ceci:

Arrivée en avion à Bathurst jeudi après-midi, puis arrivée à Shippagan à 17 h. Rénald, mon chauffeur, m'a laissée me laver et me reposer une heure dans ma chambre, puis il m'a conduite au Salon pour la cérémonie d'ouverture. J'ai jamais vu de ma vie autant de monde à la cérémonie d'ouverture d'un salon du livre. Ça s'entassait de l'autre côté du cordon pour écouter les dignitaires faire leur laïus. Quand on a retiré les cordons, la foule a déferlé sur les kiosques. Moment fort émouvant.

Après la fermeture, jeudi soir, j'ai participé à un cocktail... bar ouvert avec bouchées de fruits de mer. 

Vendredi après-midi, parce que j'avais un trou dans mon horaire, la responsable des communications m'a conduite sur l'île Miscou pour que je voie les tourbières rougies par l'automne. C'était éblouissant. 
Après la fermeture, vendredi soir, j'ai participé à une série d'entrevues au centre de congrès où les spectateurs payaient 15 $ pour venir nous écouter, Nathalie Roy, Laurence Jalbert, Herménégide Chiasson et moi. Et on nous payait! Tous les quatre!

Samedi matin, je donnais une conférence à l'université. Samedi après-midi, j'étais interviewée sur une scène du salon. Samedi soir, j'étais au banquet de fruits de mer, bar ouvert, animé d'abord par un duo qui jouait de la musique acadienne, puis par des auteurs/ éditeurs/ représentants qui, en hommes prévoyants, avaient apporté leurs instruments de musique. Un GROS party comme je les aime!

Au travers de ces multiples activités, j'ai signé des livres, fait des rencontres géniales. Plus de gens sont entrés dans ma vie en ces quatre jours que pendant six mois chez nous. Ulysse, Rénald, Odette, Ginette, Mylène, Anne, Nathalie, Marie, Marie-Claude, Marie-Lou, Marie-Joëlle, Rhéa, Lili, Éliane, Laurence et Louise, ce fut un réel plaisir de faire votre connaissance. Martine, Sergine, Cindy, Jean-Marc, Roger, Lucie et Nathalie, c'était un grand bonheur de vous revoir!


C'est riche de toutes ces rencontres que dimanche matin, après ma séance de dédicaces, j'ai pris le bus pour Bathurst, puis l'avion pour Montréal. Je suis arrivée chez moi dimanche soir, épuisée, mais ravie, avec la certitude que si jamais on me réinvite en Acadie, je sauterai sur l'occasion à pieds joints.